PRENDS LA POSE

La sortie récente de 22 JUMP STREET en DVD et Blu-Ray nous permet de revenir sur cette adaptation tellement libre de la série télé qui a révélé Johnny Depp, qu’on se demande s’il était vraiment judicieux de reprendre le même titre, même si c’est pour mieux le détourner…

Personne sur ce site ne viendra défendre une série aussi datée et conventionnelle que 21 JUMP STREET. Mais il convient tout de même de reconnaître que si le titre perdure encore, au point de justifier une adaptation cinématographique aux yeux des comptables du studio Sony, c’est qu’il existe encore une forme d’intérêt pour cette création opportuniste vieille de plus de 25 ans. Autrement dit, 21 JUMP STREET a encore quelques fans, aussi dingue que cela puisse paraître pour une série à ce point conçue dans l’air du temps. Et on imagine bien les groupies de Johnny Depp s’étouffer dans leur popcorn en voyant leur idole de jeunesse se prendre une balle perdue, histoire de s’assurer que son personnage, Tom Hanson (qu’il a tant détesté interpréter à l’époque), ne refera plus jamais surface. Car c’est précisément ce que représente le film 21 JUMP STREET : l’enterrement cynique d’une série qui a fait son temps, une œuvre bien décidée à ensevelir la nostalgie induite par le projet sous une tonne de blagues « méta », histoire de bien signifier que l’intérêt d’adapter un tel matériau aujourd’hui est particulièrement restreint. En d’autres termes, 21 JUMP STREET (le film) est adapté de 21 JUMP STREET (la série) mais personne n’est dupe, et certainement pas les deux réalisateurs Phil Lord et Chris Miller. On pourra arguer qu’il y a peut-être mieux à faire que de jouer le jeu des studios si on veut absolument se démarquer du matériau d’origine (créer quelque chose de neuf par exemple ?) mais à quoi bon ? En effet, leur démarche est non seulement plébiscitée par le public qui se rue en masse pour voir le film, mais également saluée par la critique américaine qui y voit une critique « intelligente » de la problématique de franchise gangrénant Hollywood actuellement. Pour notre part, le problème n’est pas dans l’approche, mais dans le résultat et malheureusement, la « réinvention » orchestrée par Lord et Miller ne débouche sur aucune reconstruction pour autant. En l’état, 21 JUMP STREET n’est qu’une succession de blagues déconnectées sur fond de « bromance » (le thème habituel de la clique formée par Judd Apatow, dont Jonah Hill fait partie), qui débouche sur cette volonté finale de détruire le matériau d’origine. Carton assuré auprès de la jeune génération qui se tape la cuisse en six secondes sur les Vines du moment.

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Maintenant que le personnage de Johnny Depp est canné, et que le film a cartonné sur les campus américains, la suite s’impose. Et en quelques minutes, 22 JUMP STREET nous confirme que les deux réalisateurs n’ont rien de plus à raconter, puisque l’intrigue n’est même pas lancée que le montage s’offre déjà un petit intermède improvisé durant lequel Jonah Hill et Channing Tatum prennent une succession de poses badass forcées (donc ridicules) pour amuser la galerie. Or ce petit passage est très représentatif du film : de la même façon que les deux personnages bombent le torse et se prennent pour des caïds qui cumulent pourtant les pires conneries (mais triomphent malgré tout par la force de leur amour fraternel… oui on spoile, mais ô surprise, il s’agit encore d’une « bromance » !), les deux réalisateurs mettent le paquet sur les références « méta » pour donner l’impression qu’ils ont bel et bien quelque chose à revendiquer. L’une des scènes qui va suivre confronte les deux protagonistes principaux à leur supérieur, qui leur somme de refaire exactement la même chose, la discussion prenant volontairement un double sens par l’emploi de mots clés comme « reboot » ou « budget », en lançant même une petite pique au passage à WHITE HOUSE DOWN, quand le personnage de Channing Tatum précise qu’il préférerait intégrer les services secrets pour protéger la Maison Blanche plutôt que de refaire une fois encore la même chose. Le message est clair, et 22 JUMP STREET se repose donc sur la même formule, dévoilant ainsi une posture qui tente d’avoir le beurre et l’argent du beurre, en crachant dans la soupe sans changer la recette pour autant. Mais ce type de séquences (il y en a quelques autres dans la même logique) ont tapé dans l’œil de la critique américaine, qui voit dans le film une véritable démarche critique vis-à-vis du système des suites, sans jamais remettre en question la démarche du film qui consiste pourtant à suivre à la lettre les exigences du studio. Conçu dans l’improvisation, en cumulant une multitude de séquences qui ne font absolument rien pour faire avancer une intrigue rachitique, 22 JUMP STREET n’affiche aucune autre ambition que celle de faire rire son public, mais pas plus de six secondes à la fois. En soi, il n’y a rien de déshonorant à cela, et il arrive même que certaines improvisations (comme celle où l’excellent Rob Riggle se paye la tronche de Jonah Hill) fassent mouche. Mais c’est bien dans son discours à deux vitesses que 22 JUMP STREET devient vraiment antipathique, avec ce besoin constant de flatter le public cible en surlignant chaque trait d’humour par des coups de coudes, comme une manière maladroite de cacher le statut de simple produit de consommation courante du film, ce qu’il est indéniablement. À ce petit jeu, le générique de fin, qui cumule plus d’une vingtaine de propositions de suites « pour rire » du type 26 JUMP STREET : ART SCHOOL ou 31 JUMP STREET : NINJA ACADEMY pourrait effectivement être marrant, si on ne craignait pas que Sony ne les mettent rapidement en chantier. Après tout, il a récemment été révélé que le studio aimerait croiser la franchise avec celle de MEN IN BLACK, donc il est permis de craindre le pire !

TITRE ORIGINAL 22 Jump Street
RÉALISATION Chris Miller & Phil Lord
SCÉNARIO Michael Bacall, Oren Uziel, Rodney Rothman & Jonah Hill
CHEF OPÉRATEUR Barry Peterson
MUSIQUE Mark Mothersbaugh
PRODUCTION Neal H. Moritz, Jonah Hill & Channing Tatum
AVEC Jonah Hill, Channing Tatum, Peter Stormare, Wyatt Russell, Amber Stevens, Ice Cube, Jillian Bell, Nick Offerman…
DURÉE 112 min
ÉDITEUR SPHE
DATE DE SORTIE 27 août 2014 (en salles) 07 janvier 2015 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
« Le binôme de réalisateurs parfait »
« Vive la fac »
« Janning et Chonah »
« De nouvelles recrues »
« La réplique parfaite »
« Ne coupez pas encore »
« Blagues en folie »
« Line-O-Ramas »
« L’interprétation dramatique de 22 Jump Streeté
« Zook et McQuaid recrutent »
« Le grand écart de Jenko »
Commentaire audio
Scènes supplémentaires et étendues
Films-annonces

7 Commentaires

  1. Fest

    Nette préférence quand même pour le premier film qui m’a nettement plus fait marrer (encore un Rob Riggle énorme)… Après ouais c’est clairement cynique comme démarche.

  2. Moonchild

    Et bien si, je défends tout à fait la série originelle qui n’a absolument pas vieilli et qui est d’un anticonformisme rare …

    J’avais préféré le premier volet mais cette suite m’a plutôt contenté ; je n’adhère pas au procès en quasi cynisme qu’on lui fait, certes elle surfe sur les attentes d’un certain public « geek », les clins d’oeil sont parfois appuyés, faciles (mais on en a vu d’autres, et pas que des mauvais films, les Indiana Jones 2 et 3 ou Hellboy 2 eux aussi appliquant des recettes à leur manière …).

    Pour moi, 22 Jump street est un film gonzo (au même titre que Halloween 2 de Rob Zombie ou Wolf creek 2, dans un autre genre) : pour le meilleur, il joue et réussit des scènes à fond, comme la séquence d’ouverture qui m’a fait songer à une adaptation possible de l’excellent comics Tony Chu, et parfois pour le pire, blagues ratées, dialogues poussifs, situations qui tombent à plat.

    PS : je blaguais pour la série 21 Jump street, en même temps qui l’a vraiment regardée à l’époque et quelqu’un aurait-il envie de se la taper aujourd’hui pour se faire une véritable opinion ?

    • ginger

      Désolé mais depuis ton message ou tu criais sur les toits ta propension à être hors de la marge, j’ai un peu du mal à lire tes messages autrement qu’avec l’idée que tu es un incorrigible égocentrique qui clame « Moi, Moi, moi ».

      D’ailleurs, j’ai noté 7 « moi », « je » et autre renvoi à ta personne.

      Ca vas, j’ai vu pire.

  3. Moonchild

    Et s’il y avait un procès en opportunisme, racolage et peut-être cynisme, je le ferais plutôt volontiers à leur insupportable et bétifiant La grande aventure Lego ; rarement un film ne m’est autant sorti par les yeux lors d’une séance …

  4. Fest

    Je cherche encore le rapport avec Indy 2 et Hellboy 2 Moonchild…

    • Moonchild

      Des suites (parfois excellentes comme Indy 2 et Hellboy 2, il y a beaucoup d’autres exemples possibles) qui capitalisent, qui surfent sur ce qui a fonctionné dans le premier volet, rien de bien grave au demeurant ; chacun y verra ce qu’il veut, une continuité cohérente artistiquement parlant ou bien un calcul commercial, et peut-être les deux en même temps, le cinoch c’est de l’art et du cochon, pardon du business … n’y voyez aucune allégeance au capitalisme, je fais partie des 12 communistes encore en vie dans ce pays …
      J’espère avoir répondu à tes attentes Fest, sur ce bon Mardi gras à tout le monde …

      • ginger

        @Moonchild :

        Depuis ton dernier message ou tu te vantais d’être la brebis galeuse au milieu de la masse, j’ai du mal à prendre autrement tes messages que comme l’expression d’un égocentrisme particulièrement mal placé et qui prends lieu et place au dépends de toute argumentation.

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