POURQUOI J’AI PAS MANGÉ MON PÈRE

« Le film dans lequel Arnold joue ». Une fois de plus, MAGGIE tente de nous vendre l’idée que le spectateur va avoir le droit à une nouvelle facette d’Arnold Schwarzenegger, et ce n’est pas vraiment le cas. Sauf si vous avez toujours voulu voir un Arnold en retrait et dépressif, même dans le cadre d’une timide apocalypse zombie !

À bientôt 68 ans, Arnold Schwarzenegger a totalement raté son come-back, amorcé il y a presque trois ans, avec la sortie conjointe de EXPENDABLES 2 et LE DERNIER REMPART. Si les chiffres de TERMINATOR GENYSIS se font encore attendre (il y a tout de même peu de chances que le film fasse des étincelles au box-office américain), il faut surtout reconnaître que la star n’a plus grand-chose à proposer, développant des suites redoutées (CONAN, JUMEAUX) mais cumulant surtout des projets ringards et mal foutus (ÉVASION et SABOTAGE en tête). Contrairement à ce qu’on tente de nous faire croire, c’est également le cas avec MAGGIE. Au premier abord, il semblerait que le rôle de Wade représente un challenge pour Arnold : dans un monde frappé par une épidémie de zombies, il s’agit pour lui de jouer un père de famille meurtri, qui refuse de livrer sa fille aux autorités, alors que celle-ci a été mordue et risque de devenir une menace quand le virus se sera totalement emparé d’elle. Admettons un instant que ce bon vieil Arnold ait vraiment été épaté par l’écriture anémique du scénario de MAGGIE au point de ne pas lâcher le rôle et même de faire l’impasse sur son salaire pour que le film puisse se tourner. Admettons même que ce dernier ne se contente pas de l’un des très rares rôles différents qu’on lui propose, faute de mieux. Dans ce cas, que vaut sa performance ? Et bien, même si celle-ci est vantée comme l’une des grandes qualités du film, elle est particulièrement représentative de l’approche tout en évitement du réalisateur Henry Hobson.

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Car en effet, Arnold Schwarzenegger a probablement moins d’émotions à jouer dans MAGGIE que dans un quelconque COMMANDO et si la star s’avère relativement crédible dans le rôle de Wade, c’est probablement car on lui demande constamment de tempérer cette personnalité cinématographique si reconnaissable. Ici, Arnold surveille son accent, sa gestuelle, son regard pour ne pas en faire trop, quitte à ne jamais en faire assez, même lorsqu’il s’agit de lâcher une petite larme. Dans ce cadre très restrictif, la direction d’acteurs de Hobson n’a donc aucun mérite, étant donné que le charisme et la prestance de la star assurent le minimum syndical. En somme, Arnold ne sert pas vraiment MAGGIE puisque n’importe quel autre acteur aurait pu interpréter ce rôle, mais l’inverse est tout aussi vrai : la présence de la star aurait pu tirer le film vers un genre en particulier, mais il semblerait que la toile de fond « zombiesque » ne soit finalement qu’un argument de vente mensonger pour le réalisateur, qui ne cherche jamais à sortir du simple drame consensuel et austère. On se doute bien que l’équation « Arnold Schwarzenegger + zombies » fait fantasmer les distributeurs du monde entier mais même en sachant que MAGGIE ne sort pas du cadre de la relation entre un père et sa fille, il faut reconnaître que le réalisateur ne se donne jamais les moyens de produire un tant soit peu d’empathie pour ses personnages. Déjà, l’écriture de MAGGIE brasse du vent, dilatant des séquences qui répètent sans cesse les mêmes enjeux émotionnels (est-ce que la jeune Maggie doit être mise en quarantaine ?) sans jamais rien y ajouter de substantiel, le film se transformant même en petite romance adolescente éthérée le temps de quelques séquences. Mais surtout, Henry Hobson recule face à l’inévitable, préférant ainsi boucler son film en évitant sciemment de confronter l’aspect fondamentalement tragique de la relation entre Wade et sa fille. Il ne reste plus rien de ce moment de basculement tant redouté, d’autant que le réalisateur refuse au personnage de Wade la possibilité de faire ce choix dramatique (faut-il tuer Maggie ou pas ?), qui constitue tout de même l’enjeu principal du film. À ce stade, on ne peut plus parler de parcours pour le personnage, et même si le film se concentre avant tout sur la souffrance de Maggie, les deux protagonistes perdent totalement ce qui aurait pu les définir dans ce climax pauvrement amené et exécuté. Ainsi, MAGGIE rate définitivement l’occasion d’être le film d’horreur émouvant auquel il aurait pu prétendre pour aller braconner sur le terrain du cinéma de Sofia Coppola, et autant dire que la carrière d’Arnold n’avait pas vraiment besoin de ça.

TITRE ORIGINAL Maggie
RÉALISATION Henry Hobson
SCÉNARIO John Scott 3
CHEF OPÉRATEUR Lukas Ettlin
MUSIQUE David Wingo
PRODUCTION Pierre-Ange Le Pogam, Arnold Schwarzenegger, Matthew Baer & Colin Bates
AVEC Abigail Breslin, Arnold Schwarzenegger, Joely Richardson, Laura Cayouette, Denise Williamson, Raeden Greer, Christine Tonry, Amy Brassette…
DURÉE 95 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 27 mai 2015

6 Commentaires

  1. Piccolo

    Vous êtes de mauvaise foi, comme d’habitude hein.

    • ginger

      Mais z’encore ?

  2. Ixnay

    Très bonne critique, ayant vu le film je ne peux que vous rejoindre. Je comprend pas comment un mec comme Arnold, qui de part son parcours connait très bien le cinéma, peut jouer dans autant de mauvais film d’un coup. Il sait reconnaître un mauvais script et une mauvaise réal pourtant ? Dans Maggie tout fait faux, opportuniste et racoleur. Mais bordel c’est Arnold Scharzenegger ; je comprend pas… C’est quoi le but flinguer l’amour qu’on a pour ce mythe du cinéma ? . Et le pire du pire et à venir avec un Terminator pg-13….. Franchement ça me fait mal au cœur.

  3. Un Peu dommage ce lynchage en règle non ?
    Je vous trouve dur pour ce premier film à 4millions qui même s’il reste dans des sentiers balisés à le mérite de proposer une histoire plutôt touchante.
    Et c’est Henry Hobson, le cinéaste et non Dobson. Écrivez au moins son nom correctement par pitié.

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Merci JustQuentin, c’est corrigé pour le nom du réalisateur, la fatigue surement.

      Pour le reste, on maintient ce qu’on pense (et on reste même assez poli finalement)

  4. FelixT

    Pour être moins poli c’est encore plus vide et chiant que le milieu d’un épisode de Walking dead.
    Ce qui a peut-être poussé Schwarzie à accepter un tel rôle est peut-être qu’il a conscience qu’il enchaine les mauvais choix.
    Il a dû se demander ce qui marchait en ce moment dans la culture populaire : Les films de zombies.
    Et comme il commence à avoir du mal à arquer, il a pu se dire qu’il pouvait prouver ses talents dramatiques dans un film « d’auteur » tout en faisant plaisir à ses fans en restant dans le cinéma de genre.
    Ni fait, ni à faire. Et triste.

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