PLIÉ EN QUATRE

Au rayon des licences surexploitées, celle de SPIDER-MAN se pose un peu là : pas moins de quatre jeux estampillés Next-Gen, et on ne parle même pas des déclinaisons pour la DS et des nombreuses versions qui ont vu le jour sur la génération précédente. Et bien évidemment, rares sont les adaptations qui ont réussi à retranscrire le personnage phare de la Marvel. Avec sa logique de gameplay 4 en 1 et sa volonté de casser le moule pas très abouti des jeux « bac à sable » pour se concentrer sur l’essence de Spidey, par le biais de ses différentes (et inégales) incarnations, SPIDER-MAN – DIMENSIONS avait de quoi intriguer le fan de base. Malheureusement, le jeu développé par Beenox ne semble pas vraiment s’adresser aux fans…

En partant du principe que le jeu vidéo, par défaut, facilite le processus d’identification en proposant aux joueurs de se fondre dans la peau d’un personnage projeté dans une aventure narrative, on peut clairement affirmer que Spider-Man n’a pas encore connu les honneurs d’une véritable adaptation vidéoludique fidèle, y compris lors des plus récentes transpositions. Au delà des problématiques esthétiques (ULTIMATE SPIDER-MAN et son cell-shading baveux), des défauts d’écriture qui se plaquent sur un cahier des charges incohérent (LE RÈGNE DES OMBRES et son trop plein de super-vilains, qui en plus ont tous un rapport avec le symbiote) et des approches familiales complètement à côté de la plaque (SPIDER-MAN : ALLIÉ OU ENNEMI et ses méchants compatissants), c’est bel et bien dans son essence super-héroïque que ce bon vieux Spidey n’a pas été respecté, puisque les sensations acrobatiques et vertigineuses cèdent rapidement la place à un gameplay foutraque, dans lequel les combos à gogo et les caméras ingérables se donnent le mot pour rendre l’expérience bordélique au possible. Même s’il abandonne le principe de jeu « bac à sable », adopté – et foiré – depuis quelques années par les développeurs, au profit d’un concept réunissant les différentes incarnations de Spidey, SPIDER-MAN – DIMENSIONS ne rehausse malheureusement pas le niveau. Derrière le concept de SPIDER-MAN – DIMENSIONS, on retrouve la volonté évidente de Marvel de populariser toutes les versions de Spider-Man, y compris la plus récente comme Spider-Man Noir, auprès des jeunes ados. Soit. Le problème d’un tel concept n’est pas qu’il tienne sur une seule ligne (la tablette « de l’ordre et du chaos » a été détruite en plusieurs fragments lors d’un combat entre Spider-Man et Mysterio, créant des problèmes à régler dans les diverses dimensions dans lesquelles Spidey évolue), mais bel et bien qu’il favorise une écriture paresseuse qui n’hésite pas à sortir la carte du post-modernisme et du second degré pour combler le vide. Une telle surconscience du matériau d’origine pousse les auteurs à développer le personnage principal sous le seul prisme de la punchline à outrance, et en le confrontant finalement à une série de boss qu’il faudra vaincre trois fois chacun avant de passer au niveau suivant. Quelque soit la dimension, les enjeux sont donc invariablement les mêmes (retrouver un fragment de la tablette en combattant le super-vilain qui est parvenu à s’en emparer), faute d’une quelconque écriture, et le joueur ne pourra que se raccrocher à ses personnages favoris (on compte une quinzaine de super-vilains environ, de Kraven à Electro, en passant par Doc Ock) pour marquer la progression narrative de l’intrigue. Mais là encore, le second degré remplace une mise en condition du danger, si bien que les super-vilains perdent leur fonction menaçante et n’existent que pour grogner face aux vannes d’un Spidey tête à claque…

De la même manière que le jeu, comme ses prédécesseurs d’ailleurs, ne prend jamais l’alter-ego Peter Parker en compte, il ne fait donc pas la différence entre les diverses incarnations de Spider-Man, y compris en matière de gameplay. Si les niveaux varient un minimum, c’est bel et bien par leur esthétique propre (plutôt sobre et élégante dans le cas de Spider-Man Noir, et carrément dégoulinante quand on joue Spider-Man 2099), même si chaque variante a le droit à sa petite spécificité, ici et là (les chutes dans le vide pour Spidey 2099, l’infiltration pour Spider-Man Noir). La construction des chapitres (qui comptent chacun un boss) force donc la répétition, d’autant que la linéarité de l’ensemble pousse le joueur à utiliser le personnage de façon monotone, voir totalement basique. Sauf cas exceptionnel (des rares évènements scriptés en fait), Spidey n’est donc pas amené à swinguer sur sa toile ou à marcher sur les murs pour surprendre ses ennemis, le comble étant atteint quand les développeurs préfèrentexploiter une vue à la première personne lors de certains combats contre les boss, histoire d’en rajouter dans la confusion du gameplay d’un jeu à la troisième personne (qui souffre d’ailleurs des scories habituelles de caméra bordélique) et dans le contresens d’une adaptation qui bouffe à tous les râteliers pour séduire le plus grand nombre, y compris à travers une pirouette finale qui fait apparaître… Spider-Ham ! Tout ce dont on avait besoin ! Même s’il se plait par moments à le croire (en offrant notamment un rôle de narrateur à Stan Lee), SPIDER-MAN – DIMENSIONS n’est donc pas un jeu sur Spidey, mais avec Spidey. Et une fois de plus, faute de traiter le matériau d’origine avec déférence, l’adaptation fidèle n’est pas au rendez-vous… Les ventes relativement décevantes du jeu vont-elles permettre à l’éditeur et à Marvel de se remettre en question ? Espérons-le, car n’est pas ARKHAM ASYLUM qui veut…

4 Commentaires

  1. Mezko

    Raaaahhhhh, dommage ! Spider-Man 2099 quoi !
    Quand je vois ce qu’ils ont fait avec Batman, je me demande pourquoi il n’y a pas eu encore de jeu Spider-Man qui mette tout le monde d’accord…

    « SPIDER-MAN – DIMENSIONS n’est donc pas un jeu sur Spidey, mais avec Spidey »
    Merci, une phrase qui exprime clairement ce que j’ai toujours eu du mal à dire sur les différentes adaptations de Batman (la série animée et Arkham Asylum mis à part).

  2. Fest

    Papier un peu dur avec les adaptations de type « bac à sable »…

    Spider-man 2, sorti sur PS2 et X-Box, procurait pourtant au joueur de vraies sensations durant les phases de voltige. On avait vraiment l’impression de tisser sa toile librement, en choisissant son itinéraire en fonction de la taille des buildings (le moteur physique était pas mal fichu du tout). Signe qui ne trompe pas : en me baladant en ville (dans la vraie vie), j’avais pris l’habitude de lever la tête et de regarder les toits pour évaluer à quelle distance je pouvais me balancer !

  3. La dernière image est super laide ! O_O

  4. David

    Non Thomas … elle est post Moderne 😉

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