PIXEL (NON) ART

En 1982, la NASA envoie une capsule dans l’espace contenant des archives culturelles (de Madonna aux images de jeux vidéo) dans le but de provoquer une rencontre amicale avec une race extra-terrestre. Plus de trente ans après, les aliens répondent à ce message par une déclaration de guerre, reprenant toutes les figures classiques des jeux de notre enfance pour annihiler la race humaine. C’est le point de départ de PIXELS, le nouveau projet d’Adam Sandler, dans nos salles depuis mercredi dernier.

En adaptant le court-métrage français PIXELS pour en tirer un long-métrage susceptible de raconter un semblant d’histoire, Chris Columbus pioche un peu dans ARMAGEDDON, beaucoup dans SOS FANTÔMES, s’inspire d’une certaine histoire du jeu vidéo (notamment dans la caractérisation de certains de ses protagonistes humains) mais se repose avant tout sur les formules habituelles et répétitives des productions Happy Madison pour assurer le reste. Certes, PIXELS n’affiche pas la forme assez repoussante d’une œuvre de Dennis Dugan ou de Steven Brill (ce qui n’empêche pas certains de leurs films de bien nous faire marrer hein) mais au delà de ce détail cosmétique qui n’a jamais empêché les productions d’Adam Sandler de cartonner, on ne peut pas vraiment dire que la présence de Chris Columbus derrière la caméra change grand-chose à l’affaire. Tout au plus, PIXELS s’offre effectivement une patine de blockbuster estival bourré d’effets spéciaux mais ceux qui connaissent bien la carrière de Sandler seront tout de même en terrain familier, et le terme n’est pas anodin puisque le comédien rassemble une fois de plus sa famille cinématographique (sans parler de la présence de Kevin James, on compte des caméos de Nick Swardson, Robert Smigel, Dan Aykroyd, Lainie Kazan ou encore sa femme Jackie Sandler).

Le court-métrage PIXELS de Patrick Jean.

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Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent que nous vouons un certain culte à Adam Sandler (LITTLE NICKY quoi !), donc loin de nous l’idée de tirer sur l’ambulance – ce qui semble être un loisir commun pour la plupart des médias culturels américains qui se plaisent à en faire leur tête de turc du moment. Il faut dire que le statut de star toute puissante d’Adam Sandler commence doucement à vaciller, puisque ses films ne rapportent pas tous autant d’argent qu’avant (pourtant, JACK & JULIE et même le récent FAMILLE RECOMPOSÉE restent des affaires lucratives et seuls FUNNY PEOPLE et CRAZY DAD peuvent compter comme des véritables bides ces dernières années) et il n’en faut pas plus pour que certains de ses distributeurs le lâchent (THE COBBLER sort sur un tout petit circuit de salles, un an après avoir été complété) et que le comédien lui-même décide de se retrancher sur un deal particulièrement avantageux de quatre films avec Netflix. Mais justement, est-ce que le problème d’Adam Sandler réside vraiment dans son humour régressif et pas sophistiqué pour un sou ? À vrai dire, il faut plutôt croire que c’est surtout le fait que cet humour n’a pas évolué d’un iota qui pose un certain souci, surtout à une époque où nos mœurs de consommateurs évoluent à une vitesse exponentielle dans une société de plus en plus sujette au paraître. Et finalement, à ce stade de sa carrière, il n’y a rien d’étonnant à voir Adam Sandler jouer à ce point la carte de la sureté avec PIXELS, ce qui est probablement le plus gros souci du film.

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Car si le potentiel du concept de PIXELS semble évident, c’est bel et bien son exécution qui nous semble particulièrement timorée. Ici, l’inventivité du film se résume principalement à enchaîner les apparitions de figures classiques du jeu vidéo (du Paperboy à Q-Bert en passant par Mario) et de dupliquer les notions de gameplay de ces jeux vidéo old school (qu’une race extra-terrestre interprète comme un acte de guerre) pour les rendre praticables sur la terre ferme. Ainsi, les fantômes de PAC-MAN deviennent des petites voitures envoyant des ondes électromagnétiques et il suffit de suivre les patterns de CENTIPEDE pour parvenir à vaincre le jeu. En soit, l’idée en vaut une autre et à ce compte-là, PIXELS s’en tire mieux en picorant les différents jeux suivant les séquences qu’en adaptant un seul produit à la façon du très très con BATTLESHIP (qui n’avait même pas le bon goût d’être une comédie lui). Le souci, c’est qu’il s’agit en tout et pour tout de trois ou quatre séquences relativement amusantes (DONKEY KONG et ARKANOID sont également cités), mais le reste des effets comiques reposent sur la personnalité des comédiens employés, interprétant tous des purs nerds de cinéma, bien trop charismatiques pour forcer l’identification avec le spectateur (l’un est une bête de scène et l’autre est carrément devenu Président des Etats-Unis !). Alors certes, on peut comprendre qu’Adam Sandler préfère mettre ses blagues les plus graveleuses en sourdine (il reste bien une ou deux petites scènes un peu WTF, mais rien de bien méchant) pour ne pas sortir de sa zone de confort et jouer à fond la caisse sur son image de bon américain moyen susceptible de rassurer son public habituel. Malheureusement, une chouette idée comme celle de PIXELS méritait d’être un peu plus développée, à condition d’accepter une certaine prise de risque susceptible de déboucher sur des séquences véritablement survoltées (l’exemple de SCOTT PILGRIM vient en tête) pour donner lieu à un film fun et inventif qui ne se repose pas uniquement sur des formules éprouvées auprès du grand public.

TITRE ORIGINAL Pixels
RÉALISATION Chris Columbus
SCÉNARIO Tim Herlihy & Timothy Dowling
CHEF OPÉRATEUR Amir Mokri
MUSIQUE Henry Jackman
PRODUCTION Michael Barnathan, Chris Columbus, Allen Covert, Mark Radcliffe & Adam Sandler
AVEC Adam Sandler, Michelle Monaghan, Kevin James, Peter Dinklage, Josh Gad, Sean Bean, Ashley Benson…
DURÉE 106 mn
DISTRIBUTEUR Sony Pictures Releasing France
DATE DE SORTIE 22 Juillet 2015

2 Commentaires

  1. Perso j’ai bien aimé, que les interprètes des nerds soient trop charismatiques n’est pas un point noir selon moi, ils sont tous sympas et assez hilarants (mention spéciale au Peter Dinklage ado au début, j’étais mort de rire tout seul…), et le film globalement se tient, c’est pile dans le côté nostalgique et quadras sur le retour où excelle Sandler dont on reconnaît bien les thèmes, et le film dégage un potentiel de sympathie certain, même Chris Colombus n’arrive pas à gâcher la fête (les scènes d’action sont quand même sympa dans l’ensemble), bref si on n’attend pas le film du siècle et qu’on a grandi dans les années 80 on s’éclate bien, les autres peuvent venir aussi…

  2. Dredd

    Pourtant Columbus avait fais du bon boulot sur Harry Potter, mais là il se plante royalement. L’humour est aux ras des pâquerettes ( la scène du discours militaire par un geek est complétement foiré ).

    Vraiment mauvais, mieux vaux se mater le court de Mr Jean, c’est mieux et moins long ! Et surtout moins con !

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