PILOTAGE AUTOMATIQUE

GOOD KILL marque-t-il le retour d’Andrew Niccol, ancien espoir du cinéma du milieu (budget moyens et sujets adultes) désormais réduit à adapter les romans les moins populaires de l’auteur de TWILIGHT ? Oui par le sujet, non par le traitement. Explications.

Scénariste de talent (TRUMAN SHOW) et réalisateur intrigant mais pas toujours à même d’exploiter le potentiel abrasif de ses projets (l’excellent LORD OF WAR aurait vraiment pu aller encore plus loin), Andrew Niccol s’est quelque peu perdu ses dernières années, notamment en faisant un détour par la fiction pour jeunes adultes avec LES ÂMES VAGABONDES en 2013. Avec GOOD KILL, Niccol aborde un tout autre registre et décide de traiter le film de guerre sous l’angle sociétale qui le caractérise habituellement. Il faut dire que son sujet le lui permet, puisque GOOD KILL s’inspire de faits réels et traite notamment de l’emploi des drones et des conséquences sur les pilotes qui les mènent au combat, à des milliers de kilomètres de leurs cibles. La toile de fond a effectivement le mérite d’être originale, y compris dans le cadre d’un film de guerre actuel. Malheureusement, le traitement l’est beaucoup moins. S’appuyant notamment sur la performance taciturne de son acteur fétiche (Ethan Hawke, qu’il retrouve ici après BIENVENUE À GATTACA et LORD OF WAR, ses deux meilleurs films), Andrew Niccol pêche une fois de plus en sous-exploitant le potentiel de sa thématique, préférant ainsi proposer une énième variante intimiste sur les répercussions du syndrome de stress post-traumatique.

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Soit. Mais le problème de GOOD KILL provient malheureusement de son écriture, ce qui peut paraître assez étonnant de la part de Niccol. Et pourtant, c’est comme si l’originalité du sujet empêchait le scénariste / réalisateur de s’autoriser un quelconque décalage avec les archétypes habituels du film de guerre, de peur de faire un film véritablement unique et actuel. Nous avons donc le droit à la co-pilote idéaliste, au patriote sans états d’âme, au supérieur à la fois compréhensif, sévère et juste et enfin à la mère de famille esseulée qui constate que son soldat de mari est encore en pleine guerre dans sa tête, même quand il rentre tous les soirs à la maison. Il faut au moins s’appeler Clint Eastwood dans le contexte cinématographique actuel pour pouvoir transcender ce type de caractérisation et en tirer quelque chose de substantiel à l’écran. Mais dans ce cas précis, c’est tout le problème d’Andrew Niccol qui privilégie le discours de chaque personnage, plutôt que son parcours émotionnel, afin de tirer une sorte d’argumentaire plutôt convenu sur le caractère injuste d’une guerre technologique qui désensibilise ceux qui la font et les transforment en fonctionnaires du carnage à grande échelle. Ici et là dans certaines images-clés (dont un rêve éveillé situé dans un jet de combat), on sent bien la volonté d’Andrew Niccol de livrer une sorte d’anti-TOP GUN dépressif et loin des pilotes machos et des carlingues rutilantes de Tony Scott et Don Simpson. Mais à force d’enfoncer des portes ouvertes et d’user de ficelles scénaristiques assez grossières (le trauma du personnage principal se règle quand il emploie le drone pour rétablir une certaine « justice »), il n’est pas vraiment pas dit que GOOD KILL marque son époque de la même manière. Dommage car le potentiel est là et il y avait vraiment quelque chose de passionnant (et relativement inédit) à tirer avec un sujet aussi contemporain.

TITRE ORIGINAL Good Kill
RÉALISATION Andrew Niccol
SCÉNARIO Andrew Niccol
CHEF OPÉRATEUR Amir Mokri
MUSIQUE Christophe Beck
PRODUCTION Mark Amin, Nicolas Chartier & Zev Foreman
AVEC Ethan Hawke, Zoë Kravitz, January Jones, Jake Abel, Peter Coyote, Bruce Greenwood…
DURÉE 102 mn
DISTRIBUTEUR La Belle Company
DATE DE SORTIE 22 avril 2015

1 Commentaire

  1. JBA

    C’est dommage, le sujet mérite pourtant qu’on s’y intéresse;
    pour un thème similaire, lire Théorie du Drone, de Grégoire Chamayou (éditions La Fabrique, 2013).

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