NOUS SERONS SOLDATS

DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ : derrière ce titre à rallonge se cache le plus gros succès australien de l’année 2010, un film de guerre réalisé par Stuart Beattie, et interprété par de jeunes inconnus. Et on insiste sur le mot « jeunes » !

Ne vous laissez pas avoir par son statut de DTV chez nous : DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ est un projet d’envergure, ne serait-ce que parce qu’il s’agit du premier long-métrage réalisé par Stuart Beattie, scénariste de gros succès populaires tels que PIRATES DES CARAÏBES et COLLATERAL. Accessoirement, le bonhomme est également responsable des scénarios perforés de DÉRAPAGE, AUSTRALIA ou encore G.I. JOE – LE RÉVEIL DU COBRA, ce qui n’est pas fait pour rassurer. Adapté d’un best-seller de John Marsden, DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ raconte comment une bande de jeunes adultes australiens insouciants deviennent des résistants farouches quand leur pays est envahi par l’ennemi. Le pitch vous fait penser à L’AUBE ROUGE de John Milius ? Ce n’est rien de le dire ! Comme cela arrive parfois, le sujet du film de Milius suscite un nouvel intérêt, et a été remis au goût du jour dans un jeu vidéo (HOMEFRONT, également écrit par… John Milius) et même un remake qui sort ces jours-ci aux États-Unis (et qui n’a pas bonne réputation, par ailleurs). Mais dans le cas de DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ, Stuart Beattie se concentre plus volontiers sur la perte d’innocence de ses jeunes protagonistes, plutôt que sur le contexte belliqueux, prétendant faire une « étude de caractère » comme il le souligne dans les bonus de l’édition française qui sort chez Metropolitan. Son credo est d’ailleurs si bien tenu qu’il évite sciemment de dévoiler la nationalité de l’ennemi (on mise sur la Corée du Nord, mais ce n’est pas spécifié) pour se concentrer sur le ressenti de ses sept personnages principaux.

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Ici et là, DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ propose donc quelques séquences de tension et une ou deux scènes d’action totalement inoffensives, tant celles-ci sont diluées dans l’ambiance « jeuniste » de l’ensemble. Certains auront vite faire de taxer DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ de « TWILIGHT du film de guerre », ce qui n’est pas tout à fait faux puisque le film de Stuart Beattie a un je-ne-sais-quoi d’irritant dans sa façon de passer systématiquement à côté de son sujet, préférant le vider de sa substance politique évidente pour ne pas choquer sa cible de (jeunes) spectateurs. Rapidement, DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ devient donc une œuvre générationnelle, à la mode et avare en sensations fortes. De fait, elle ne risque pas de soutenir l’épreuve du temps. C’était également le cas de L’AUBE ROUGE, qui avait au moins pour lui d’assumer totalement son parti-pris anti-rouge, également bien ancré dans son époque. Mais dans le cadre de DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ, mieux vaut avoir un faible pour les petites amourettes adolescentes contrariées (qui semblent plus préoccuper les protagonistes que le fait de ne pas retrouver leurs parents, par exemple) et les trajectoires de personnages taillés à la serpe (y compris pour la jeune béni-oui-oui qui finit par accepter de sortir les armes pour sauver les copains). Car même si sa facture reste relativement correcte pour un premier film, de scénariste qui plus est, DEMAIN, QUAND LA GUERRE A COMMENCÉ a vraiment du mal à rendre son propos crédible auprès des spectateurs qui ont déjà vu plus de deux films d’action et demi. Et ce, y compris dans son plan final supposément iconique, qui montre tous les protagonistes du film (qui viennent tout juste de passer le bac, rappelons-le) assumer leur statut de résistants en serrant des mâchoires, comme s’ils étaient le dernier rempart contre l’invasion étrangère, ce que suggère le film tout du long (la fin alternative, disponible en bonus, est déjà plus sobre). Interdit aux plus de 18 ans donc.

TITRE ORIGINAL Tomorrow, when the war began
RÉALISATION Stuart Beattie
SCÉNARIO Stuart Beattie
PRODUCTION Andrew Mason & Michael Boughen
CHEF OPÉRATEUR Ben Nott
MUSIQUE Reinhold Heil & Johnny Klimek
AVEC Caitlin Stasey, Rachel Hurd-Wood, Lincoln Lewis & Deniz Akdeniz…
DURÉE 103 mn
ÉDITEUR Metropolitan
DATE DE SORTIE le 19 novembre 2012
BONUS
Making of
Interviews
Commentaire audio du réalisateur et scénariste Stuart Beattie (en vo uniquement)
Commentaire audio des producteurs Andrew Mason et Michael Boughen (en vo uniquement)
Commentaire audio de l’auteur du roman John Mardsen (en vo uniquement)
Les effets spéciaux
Fin alternative
Bêtisier
Interview de John Mardsen
Lecture de 3 passages du livre par John Mardsen
Bandes-annonces

4 Commentaires

  1. Djibou

    Je tiens à dire bravo et à te filer une médaille de la bravoure et du courage pour cette chronique,car il en faut pour nous chroniquer celui ci,au nom de l’information et du respect de vos lecteurs.
    Bravo

  2. Corenaïr

    Dammit. J’aimais beaucoup la série de romans pour jeune que le film adapte. Et adapte mal, visiblement.

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Si ça peut te rassurer, l’auteur est très satisfait de l’adaptation, comme il le dit dans les bonus du DVD.

  3. Corenaïr

    C’est gentil, mais je soupçonne qu’il s’agisse plus d’une approbation de rigueur, parce que le souvenir que j’ai des romans de base n’était pas vraiment jeuniste. C’était plutôt âpre, sale et sans concession. *sigh*.

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