NOUS AVONS PERDU CE SOIR

Que reste-t-il de MATCH RETOUR sans son concept d’origine, visant à opposer Rocky Balboa et Jake LaMotta, des années après leurs faits de gloire ? Pas grand-chose à vrai dire, d’autant que la comédie de Peter Segal ressemble plus volontiers à une sinistre parodie de ROCKY BALBOA qu’à la rencontre tant attendue de deux légendes de la boxe au cinéma.

On sait très bien que Robert De Niro et Sylvester Stallone sont capables de faire les zouaves avec leur propre légende dans des projets souvent improbables, ou même au détour d’une petite séquence ici ou là. On peut sourire gentiment quand Ray Tango lance « Rambo, c’est une pédale ! » à son interlocuteur dans TANGO & CASH, mais c’est déjà moins marrant de le voir détourner des punchlines entières dans EXPENDABLES 2, surtout quand tout le film fonctionne sur le même procédé sans rien proposer de plus. Même chose pour Robert De Niro : l’extraordinaire comédien de CASINO et TAXI DRIVER a-t-il vraiment besoin de parodier son célèbre « You talkin’ to me ? » à tout va dans des sombres merdes comme LES AVENTURES DE ROCKY & BULLWINKLE ? Une petite relecture amusée de ses grands personnages de mafieux avec le sympathique (mais limité) MAFIA BLUES n’est-elle pas suffisante ? Il n’est donc pas étonnant que les deux vedettes aient accepté la proposition de Peter Segal pour MATCH RETOUR, vu que le concept du film repose intégralement sur leur présence, et qu’il n’y aurait aucun intérêt à raconter une telle histoire sans leur aval, du moins d’un pur point de vue commercial.

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Toujours est-il que les carrières respectives des deux stars parlent pour elles-mêmes, et qu’on peut se demander d’où vient ce besoin compulsif de parodier, voire même de détruire ce qu’ils ont créé par le passé, d’autant que c’est la raison pour laquelle ils ont été célébrés à leurs débuts. Dans MATCH RETOUR, l’équilibre est d’ailleurs rompu, puisque la désacralisation penche clairement en défaveur du personnage de Rocky, dont beaucoup de scènes clés sont détournées et moquées avec l’assentiment de Stallone. Quand son personnage de Razor Sharp tente de frapper des quartiers de viande pour se faire le poing, son entraîneur se fout de sa gueule. Et quand il doit s’enfiler quatre blancs d’œufs cul-sec avant de partir à l’entraînement, il tire une tronche qui en dit long sur le goût de son petit-déjeuner. On en resterait cependant là si le film tout entier ne reposait pas régulièrement sur des images clés, qui renvoient au récent ROCKY BALBOA (voir par exemple l’image en haut de cet article, qu’on jurerait sortie du film cité) à la fois en matière d’iconisation (enfin, quand Sly ne se fait pas inspecter la prostate !) mais également en termes de contenu : après tout, le point de départ de ROCKY BALBOA est un match fictif qui opposait le champion du passé au challenger actuel, et c’est à peu de choses près le même cheminement de pensée qui se retrouve détourné ici à des fins commerciales, avec l’opposition entre Stallone et De Niro. Comme si le scénariste, ou l’exécutif de studio responsable de cette brillante idée avait vu cette séquence, et s’était dit que cela pourrait donner un chouette film, ou du moins un film qui rapporte plein de caillasse.

Alors certes, le personnage de Jake La Motta est plus volontiers épargné que celui de Rocky Balboa (du fait que le véritable « Raging Bull » est encore vivant ? Ou du fait que le film de Martin Scorsese est universellement considéré comme un chef-d’œuvre contrairement à la saga ROCKY ?), mais si on s’attarde sur cet aspect spécifique de MATCH RETOUR, c’est précisément parce que le film ne propose rien d’autre qu’une vague nostalgie détournée, sans jamais dresser de bilan sur la carrière de ses deux vedettes. Sans être drôle ou touchant, MATCH RETOUR ne parvient même pas à rendre hommage à leur statut légendaire puisqu’au-delà de la désacralisation, il convoque également une forme de ridicule involontaire dans sa façon de magnifier leur passé, à grands renforts de rajeunissements numériques dégueulasses. Rappelez-vous : le premier duel au sommet entre Sylvester Stallone et Robert De Niro s’était fait dans l’excellent COPLAND de James Mangold. Autant dire qu’en guise de revanche pour les fans des deux acteurs de légende, MATCH RETOUR a placé la barre très bas.

TITRE ORIGINAL Grudge Match
RÉALISATION Peter Segal
SCÉNARIO Tim Kelleher & Rodney Rothman
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE Dean Semler
MUSIQUE Trevor Rabin
PRODUCTION Mark Steven Johnson, Michael Ewing, Ravi D. Mehta, Peter Segal.
AVEC Sylvester Stallone, Robert De Niro, Kim Basinger, Kevin Hart, Alan Arkin…
DURÉE 113 mn
DISTRIBUTEUR Warner Bros France
DATE DE SORTIE 22 janvier 2014

1 Commentaire

  1. Zhibou

    J’avoue ne pas comprendre Stalone sur ce coup là.
    Avec Rocky Balboa il a bouclé la saga Rocky avec humilité et de bien belle manière. Et voilà ensuite qu’il accepte de se travestir dans des productions de ce calibre.
    C’est triste vraiment, l’approche humaine de Sly est délaissée depuis le projet Expendables. À mon plus grand regret.

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