MONUMENTALE ERREUR

Ce week-end au box-office américain, Arnold Schwarzenegger a pris la veste de sa carrière. Pire qu’une mandale de Predator ou que le bide de LAST ACTION HERO, LE DERNIER REMPART a tout juste remporté un peu plus de six millions de dollars, arrivant en 8ème position dans les charts, derrière des sorties qui ont déjà près d’un mois d’exploitation comme DJANGO UNCHAINED ou LES MISÉRABLES. Autant dire que l’ancien Governator va devoir sérieusement se remettre en question pour son retour sur grand écran !

Il y a quelque chose de jouissif dans la simplicité du package global proposé par LE DERNIER REMPART : un baron de la drogue vient de s’échapper durant son transfert de prison, et fonce à toute allure vers la frontière mexicaine pour pouvoir échapper à la justice. La seule personne qui se dresse entre lui et sa liberté, c’est le shérif d’une petite ville frontalière. Et ce shérif, c’est Arnold Schwarzenegger (dans le rôle de Ray Owens). Autant dire qu’il n’est pas encore arrivé quoi ! Pas de chichis en somme, puisque le film promet d’être une sorte de western moderne aux valeurs simples mais fortes, et un véhicule idéal pour faire revenir ce bon vieux Schwarzy sur le devant de la scène. Il faut dire qu’il n’avait pas tourné depuis près de dix ans maintenant, si on excepte un long caméo dans EXPENDABLES 2, où il jouait grosso modo son rôle public, mais avec une pétoire à la main. Ça, c’est avant de rentrer dans la salle. Car en vérité, LE DERNIER REMPART se veut un poil plus sophistiqué que ça, et ce n’est pas forcément à son avantage.

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Il y a dans LE DERNIER REMPART une étrange petite séquence qui sonne un peu faux. Et malgré le fait qu’elle soit relativement courte, elle résonne comme un drôle d’aveu dans la bouche d’Arnold Schwarzenegger qui, soyons honnête, ne joue que très rarement autre chose que lui-même. Dans ce court passage, son personnage confesse avoir peur de ce qui l’attend : il a suffisamment vu de sang versé pour savoir que le pire reste à venir. Évidemment, cette trouille, Arnold ne la joue jamais, comme il ne l’a jamais vraiment jouée (sauf dans PREDATOR mais là encore, le contexte et l’adversaire ont rendu la chose crédible), et encore moins quand il s’agit de buter des malfrats en balançant ses répliques à l’emporte-pièce, comme à son habitude. Sur le papier, cette tentative de fêlure s’inscrit dans la logique du personnage (le shérif Owens a quitté son poste à Los Angeles après une sale affaire), et peut-être même comme une sorte de discours sur la gloire passée de la star, mais c’est un peu comme si les scénaristes avaient oubliés qui jouait le rôle. En bonne vedette rompue à l’exercice de la promotion et des apparitions publiques, sans compter évidemment sur son passif de culturiste très conscient des vertus de la compétition acharnée, Arnold Schwarzenegger n’a jamais laissé transparaître une autre image que celle du contrôle absolue, y compris dans la tourmente de son divorce très médiatisé avec Maria Shriver. En d’autres termes, que ce soit sur scène, à la télévision ou au cinéma, Arnold ne nous montre que ce qu’il veut bien nous montrer. Et Arnold n’a jamais peur bon sang !

Soyons clairs, Arnold Schwarzenegger n’est cependant pas le problème inhérent au projet. Au contraire, c’est même lui qui sert le film plutôt que l’inverse : ses passages à l’action et les seconds rôles qui gravitent autour de lui apportent un peu de fun dans LE DERNIER REMPART, notamment lors d’un climax pétaradant plutôt amusant et généreux en micro-explosions gores. Certes, l’écriture des personnages ne dépasse que très rarement le stade des fonctions et même dans ses meilleurs moments, le film de Kim-Jee Woon ne surprend jamais le spectateur, la faute à une écriture en mode automatique. Non, le souci principal réside dans le fait que l’intrigue ne se contente pas vraiment d’un vieux shérif sur le retour et de ses acolytes un peu fêlés pour assurer le spectacle. Une large portion est ainsi consacrée à la traque du baron de la drogue, interprété par Eduardo Noriega. Passe encore que l’acteur espagnol (généralement excellent) ne soit pas de taille à tenir tête à Arnold, malgré l’avantage de l’âge… L’aspect très FAST & FURIOUS de son intrigue tranche particulièrement avec le reste du film, un peu comme si les instigateurs du projet s’étaient mis en tête qu’à 65 ans passés, Arnold serait peut-être devenu un peu trop « slow & innocuous » justement. Problème, ce passage occupe une portion non négligeable du film, avec les mêmes problèmes d’écriture, et aucune force de la nature pour venir dynamiser l’ensemble. Paradoxalement, cette partie consacrée à une longue course-poursuite effrénée entre le méchant dans sa voiture super rapide et les incapables du FBI a même tendance à ralentir le rythme du film !

Malgré ce déséquilibre flagrant, difficile de savoir cependant pourquoi LE DERNIER REMPART s’est pris un tel camouflet au box-office. Par le biais des aptitudes filmiques de Kim-Jee Woon, le film propose quelques séquences enlevées, et la volonté de sortir de l’œuvre-concept façon EXPENDABLES, sans pour autant proposer quelque chose de foncièrement plus consistant, ou en tout cas qui ne fasse pas penser à une formule déjà consommée ailleurs. Et malgré l’âge, Arnold reste Arnold mais c’est peut-être là tout le problème : quand Sylvester Stallone est revenu sur le devant de la scène, c’était d’abord avec les personnages de Rocky et Rambo, avant de s’associer avec tous les gros bras d’Hollywood pour EXPENDABLES. Sans un personnage emblématique qui a fait sa gloire (le Terminator ou Conan par exemple, plutôt que la suite de JUMEAUX d’ailleurs…), la présence réconfortante d’Arnold Schwarzenegger ne garantit peut-être plus à elle seule de remplir les salles de cinéma. Est-ce désormais le lot des anciennes gloires de l’action qui n’ont pas forcément évoluées avec le temps ? Devoir s’associer entre elles ou jouer avec la fibre nostalgique de leurs fans pour pouvoir assurer au box-office ? Réponse dans quelques jours avec la sortie du film de Walter Hill DU PLOMB DANS LA TÊTE, dans lequel Sly trône seul en véritable et unique tête d’affiche, comme à la belle époque. Pas dit que ça fasse toujours rêver grand monde, à part nous…

TITRE ORIGINAL The Last Stand
RÉALISATION Kim-Jee Woon
SCÉNARIO Andrew Knauer
PRODUCTION Lorenzo di Bonaventura
CHEF OPÉRATEUR Ji Yong Kim
AVEC Arnold Schwarzenegger, Forest Whitaker, Johnny Knoxville, Eduardo Noriega, Jaimie Alexander…
DURÉE 107 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 23 janvier 2013.

6 Commentaires

  1. Jean Pierre Armand

    Bon Texte
    J’espère qu’ils feront un buddy movie Schwarzie/Danny Trejo un jour.

  2. Raf

    Super Texte, comme d’habitude, hâte de le voir ! (L’affiche que vous avez trouvé est superbe .. !! )

  3. Jul

    dehors, ceux du fond !
    et là, LE DERNIER RANG PART

    J.

  4. koff de compagnie

    C’est marrant cette logique de si ça marche pas c’est que Schwarzy est fini. Ou la faute à Kim Jee Woon. Ou autre. Tout le monde disait ça quand Tom Cruise a fait tel ou tel film, il est fini. Puis il y a eu Tonnerres sous les tropiques et MI:IV et tout le monde a dit : c’est le grand retour de Tom Cruise. Et puis il y a maintenant les chiffres décevants de REACHER (pour un tom cruise, hein, sinon y’a bon les dollars) : alors oui on se demande s’il n’est pas fini…
    Mais aussi peut être LE DERNIER REMPART est mal sorti (face au Bigelow, à Mama, au David O Russell, aux Misérables…), qu’il aurait marché une autre fois, peut être le film va être un gros carton en vidéo, peut être c’est pas terrible et les gens l’ont senti et les prochains schwarzy vont cartonner (The Tomb, Ten).
    En fait, on en sait rien, et on l’a même jamais su.
    Mais les prévisions de fin de carrière des sites de box office, ça devient un peu tristoune.
    Non pas que ton article, stef, se résume à ça : c’est juste cette tendance qui me déprime un peu.
    Sinon t’as pas dit clairement : il est bien ce film ou pas ?

  5. Sanju

    « Sinon t’as pas dit clairement : il est bien ce film ou pas ? »

    Bizarre, il m’a pourtant semblé en lisant ce papier que l’avis de Stéphane Moissakis est assez clair : Le film est plutôt bon mais déséquilibré par une intrigue parallèle envahissante.

  6. koff

    Passionnant ton article, Stef, mais pour un fan de Walter Hill je te trouve un peu dur.
    Le film a mille défaut, certes, mais bon, il y a une bonne demi-heure ultra jubilatoire à la fin. Rien que pour ça, j’ai pris un panard total !!! les conneries de Knoxville alliées au découpage furieux de Kim Jee Woon, putain quel bonheur…
    Si seulement on en faisait un par mois des comme ça, plutôt que des horreurs pourraves en CGI avec des trucs qui volent, des vampires maquillés en sauterelles et des enfants magiciens…
    KIM JEE WOOOOOOOOOOOOOONNNN !!!!

    PS : après je suis d’accord à fond sur les fautes de ton, notamment concernant les scène de drama totalement à côté de la plaque – ça aurait du être une pure comédie d’action et voilà.
    PPS : j’ai un seul vrai gros regret – forrest whitaker qui est un acteur de GENIE est beaucoup trop sous exploité. Norriega par contre est égal à lui même en romain Duris espagnol : NUL.

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