MARCHE OU CRÈVE

 Ça y est, l’équilibre est rompu, et la saga DIE HARD bascule du mauvais côté de la barrière : avec DIE HARD – BELLE JOURNÉE POUR MOURIR, alias DIE HARD 5, on compte désormais plus de mauvais (bon d’accord, pour 58 MINUTES POUR VIVRE, ça se discute) que de bons films dans la franchise initiée par John McTiernan et Bruce Willis avec le chef d’œuvre DIE HARD (PIÈGE DE CRISTAL chez nous) en 1988. Et quand on dit « mauvais », c’est vraiment pour rester poli !

Pour la plupart des spectateurs, le personnage de John McClane, c’est bien évidemment Bruce Willis. Et c’est vrai. Mais pour ceux qui aiment aller au delà des icônes, John McClane c’est également le réalisateur John McTiernan. De toute évidence, le réalisateur de DIE HARD et DIE HARD 3 (doit-on préciser de nouveau qu’il s’agit des meilleurs opus de la franchise ?) a façonné la personnalité de son protagoniste principal d’un film à l’autre, pour en faire ressortir les traits mythologiques, ceux qui vont rester dans la mémoire vive du public. Disons en tout cas que c’est ce qui fait la différence entre un John McClane et un Tom Hardy ou un Art Jeffries (les héros respectifs de PIÈGE EN EAUX TROUBLES et CODE MERCURY), pour rester dans les figures héroïques incarnées par Bruce Willis. Et tel qu’il est représenté par McT, McClane est un personnage à contre-courant : un flic avec un sérieux problème vis à vis de toute forme d’autorité, susceptible d’employer sa matière grise autant que ses muscles pour se tirer d’une mauvaise situation, et qui n’hésite pas à se parler à lui-même, comme pour mieux favoriser son rapport au spectateur, en même temps qu’il surligne sa propre réflexion. Bref, un homme normal, qui se retrouve tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment (ce qui va devenir le principe même de la franchise, et un argument marketing imparable). Une sorte de héros malgré lui, qui saigne quand il marche sur des bouts de verre mais dont la véritable valeur se révèle dans l’adversité. En effet, quel autre héros d’action peut se targuer de ne tirer qu’en strict cas de légitime défense ?

Aujourd’hui, vingt cinq ans après la sortie du premier film, la donne a bien changé. John McTiernan est en prison pour avoir menti au FBI, et Bruce Willis est désormais le seul représentant du personnage. On a déjà vu ce que ça donnait avec DIE HARD 4 – RETOUR EN ENFER, à savoir une négation totale du personnage, qui se retrouve ainsi à blâmer les hackers de tous les maux de la planète, à rouspéter sur la technologie, les dérives de la société et autres sujets de comptoir sans qu’on lui demande son avis, à surfer sur des jets sans perdre son souffle et à s’habiller en Gap, histoire de bien nous faire comprendre que bon, c’est vrai quoi, il ne fait pas ses 34 ans quand même ! En outre, l’intelligence avérée du personnage – celle qui permet l’identification du spectateur – semble avoir totalement disparu à partir du moment où celui-ci enchaîne les actes suicidaires (que l’on opposera aux cas de force majeure des précédents films) pour nourrir des péripéties toutes plus ridicules les unes que les autres. En vérité, John McClane n’est plus. À l’écran, c’est tout simplement Bruce Willis qui le remplace, avec son look chauve et le même jeu en mode automatique qu’il applique à n’importe quel autre de ses personnages un tant soit peu virils. Bref, il ne suffit pas de balancer du youpikaille à tout va et de vider un chargeur de MP5 dans la tronche des méchants pour prétendre ressusciter John McClane. Et l’annonce de ce nouveau DIE HARD, ainsi que toutes les belles promesses qui vont avec (McClane Junior, les cadors Skip Woods et John Moore au générique, le cadre tellement excitant de l’Europe de l’Est) ne fait que nous conforter dans l’idée que le deuil de ce personnage autrefois hors du commun doit désormais être accepté.

Plus facile à dire qu’à faire, puisque la curiosité malsaine l’emporte et nous pousse forcément à aller jeter un œil sur ce DIE HARD : BELLE JOURNÉE POUR MOURIR de mauvaise augure. Et force est de constater qu’après les perraves MAX PAYNE et EN TERRITOIRE ENNEMI, John Moore est parvenu à se surpasser en matière de film d’action débilitant et insultant pour tous les amateurs du genre. Si DIE HARD 4 tentait malgré tout de reprendre la structure habituelle de la franchise, pour mieux la plaquer sur du vent, ce cinquième volet ne cherche même plus à justifier les actions de ses personnages, tant et si bien que le point de départ particulièrement faible du film (McClane part chercher son fils emprisonné à Moscou, sans savoir que celui-ci est un agent secret en pleine mission) donne le ton pour le reste du film : John McClane tombe plus ou moins par hasard sur son rejeton au détour d’une course-poursuite. Quand celui-ci refuse de lui expliquer ce qu’il se passe, McClane prend alors part aux festivités, en se jetant sous les roues d’une voiture pour mieux la piquer, et s’engager alors dans la même longue course-poursuite contre… son propre moutard, qui est lui-même poursuivi par les méchants (mais on ne sait pas trop). Passons outre l’impressionnante précision de l’écriture qui est parvenue à ne rien nous expliquer en l’espace de deux bobines, pour nous concentrer sur McClane lui-même, qui ne bitte rien à l’ensemble : identification, quand tu nous tiens ! Par la force des choses, le plus grand héros (« reaganien » selon John Moore. En fait, toutes les 80’s sont « reaganiennes », c’est ça ton analyse politique John ?) de ces vingt dernières années est donc purement et simplement réduit à l’état de sidekick, chargé de suivre son fils les bras ballants en attendant de comprendre ce qu’il se passe. Heureusement, l’écriture à la marabout-de-ficelle lui redonne les pleins pouvoirs dans une bêêêêêlle séquence d’action à l’hélico très néo-DIE HARD dans l’esprit : et vas-y qu’on se jette dans le vide, et on verra bien si le scénariste nous rattrape…

Image de prévisualisation YouTube

Tout ceci nous mène au climax du film (comment ça déjà ? Ça se voit que vous n’avez pas vu le film, vous !), qui voit McClane et son rejeton se balader tranquillou en tee shirt à deux pas du site contaminé de Tchernobyl, à la façon de John Wayne sur un site d’essais nucléaires. L’Amérique quoi ! Et au terme d’une autre séquence d’hélico ultra-inventive qui reprend tel quel deux plans reconnaissables dans la filmographie de Bruce Willis (la célèbre chute de Hans dans le premier film, et l’hélice tranchante dans LE DERNIER SAMARITAIN), le constat est particulièrement douloureux : au-delà d’une patine de DTV polonais qui colle à la peau d’une multitude d’actioners foireux de ces dernières années, au-delà du je-m’en-foutisme total de l’écriture et de la réalisation, au-delà du fait qu’il ne tente même pas de profiter bêtement de son cadre (pas un plan de la Place Rouge, même façon « carte postale » pour nous vendre le décor !), DIE HARD – BELLE JOURNÉE POUR MOURIR confirme surtout que l’heure n’est même plus au recyclage post-moderne des acquis de la franchise dans le but de tenter de la « réinventer » auprès du jeune public, mais bel et bien au vol éhonté, qui consiste à tirer parti d’un titre prestigieux pour faire les poches du public une dernière fois. Il n’y a aucune inventivité, aucune volonté de s’inscrire durablement dans la franchise d’origine, aucun relent assumé d’une quelconque gloire passée dans DIE HARD – BELLE JOURNÉE POUR MOURIR… Juste la désagréable impression de constater que le titre – autrefois synonyme du meilleur du cinéma d’action – n’évoque désormais qu’une pauvre série Z de fond de vidéo-club. Dans l’un des rares moments où ce cinquième film tente une vague connexion avec son glorieux passé, le spectateur pourra reconnaître une version binaire de « L’hymne à la joie » de Beethoven, thème officieux du premier film, qui sert de sonnerie au portable de John McClane. Si DIE HARD est effectivement une incroyable symphonie qui n’a rien perdu de son panache et de sa vigueur au fil des années, alors DIE HARD 5 n’est même pas l’équivalent de cette pauvre version impersonnelle torchée au Bontempi et balancée sur des millions de téléphones à la fois… C’est dire à quel point c’est de la merde !

TITRE ORIGINAL A Good Day to Die Hard
RÉALISATION John Moore
SCÉNARIO Skip Woods
CHEF OPÉRATEUR Jonathan Sela
MUSIQUE Marco Beltrami
PRODUCTION Alex Young, Stephen J. Eads.
AVEC Bruce Willis, Jay Courtney, Sebastian Koch, Yuliya Snigir…
DURÉE 97 mn
DISTRIBUTEUR 20th Century Fox France
DATE DE SORTIE 20 Février 2013

9 Commentaires

  1. Tout fout le camp, et pourtant j’ai une malsaine envie de voir à quel point c’est catastrophique… quand on est curieux.

    • JeeB

      Un conseil tu repères le n° de salle du Willis et son horaire, tu prends une place pour un film au même horaire et a proximité de cette salle et le tour est joué tu vois l’étron sans être comptabilisé.
      Moi ça m’a permis de valider une 2eme place pour le père Zemeckis.

  2. Fest

    « En effet, quel autre héros d’action peut se targuer de ne tirer qu’en strict cas de légitime défense ? »

    Pour avoir revu Une Journée en enfer il y a peu c’est pas totalement vrai : McClane y dézingue des malfrats à bord d’un camion-bène avant même qu’ils aient pu montrer leur tronche.

    (excellent papier comme d’hab sinon)

    (dur métier que le vôtre quand même, moi j’ai la chance de pas être obligé d’aller voir les merdes)

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      J’évoquais plutôt le premier film en fait, ce qui m’avait vraiment marqué à l’époque

      Dans Die Hard with a vengeance, même s’il ramasse autant, il a pleinement atteint son statut iconique et héroïque, et les messieurs tout le monde, ce sont plutôt ses collègues cette fois…

  3. Fest

    OK je comprends mieux…

    N’empêche ça me « choque » toujours un peu ce passage dans le 3, t’as un plan pour te montrer que les mecs sont armés mais McClane le voit pas (même s’il doit s’en douter), et ils bute comme ça en sortant une punchline avant même qu’ils aient pu broncher.

  4. koff

    Cela dit McLane a toujours été un vieux con, même dans le premier, c’est ce qui fait son charme aussi : il trouve bizarre le côté libéré des femmes à L.A., les homos, il reproche presque à sa femme de faire carrière, etc.

    Après, le 4 et le 5 sont des purges absolues, on est d’accord.
    Même le 5 est si pourri que le 4 en paraît presque digeste à côté. Enfin c’est tellement lointain, et je n’ai aucune envie de le revoir, si ce n’est pour Mary Elisabeth Winstead…

    • LordGalean

      Le 4 sacralise le perso de Justin Long, et montre un Mc Clane justement au top de cet avis sur lui « Cela dit McLane a toujours été un vieux con, même dans le premier, c’est ce qui fait son charme aussi : il trouve bizarre le côté libéré des femmes à L.A., les homos, il reproche presque à sa femme de faire carrière, etc. »

      l’évolution de Mc Clane plus vieux, c’est malheureusement un néo-réac, après la un cran plus agée génération de spectateur que moi n’a pas voulu le voir, pour pas voir en face ce que deviendrait réellement leur idole en confrontation avec le monde actuel, mais Wiseman ne se trompe pas sur ça (et il montre bien par ailleurs que Mc Clane est un homme de la débrouille et du passé). Et le jeté de « Yipikaye mother fucker » est superbe j’ai trouvé, s’autotirer dessus pour foutre en l’air le méchant, c’est du pur Mc Clane. Après tout n’est malheureusement pas de ce niveau, et la scène du jet ou de l’autoroute, contredit un peu la prudence de Mc Clane. Alors ne parlons pas de ce 5…

  5. Raf

    Ce film est une merde infame. C’est tellement de la merde que le 4 en devient un bon film. C’est totalement vide, et meme sur l’echelle des films d’action de merde (Expendables au hasard), DH5 est au fond du trou. Heureusement qu’il existe encore des conneries sans prise des tete vachement plus regardables a la GI Joe ou Fast and Furious.

    Et heureusement qu’il y’a des perles a la Haywire.

  6. VieuxGars

    perso, 58 minutes pour vivre est bien superieur au 3 qui annoncait deja la fin de la franchise. Renny Harlin revient !

Laissez un commentaire