MAIN BASSE SUR LA VILLE

Petite forme pour Allen Hughes, qui tourne ici son premier film sans son frère jumeau Albert. Non pas que BROKEN CITY soit particulièrement raté, mais il ne se hisse jamais au niveau stellaire de MENACE II SOCIETY et DEAD PRESIDENTS, malgré le potentiel du sujet abordé. La faute à notre époque ?

Billy Taggart (Mark Wahlberg) est un bon flic. Mais un soir, il décide de sortir du cadre de la loi pour se faire justice. Dans son quartier et pour le maire de New York Nicholas Hostetler (Russell Crowe), c’est un héros. Mais aux yeux du public et surtout des médias, c’est un officier corrompu, qui doit payer pour le crime qu’il a commis. Acquitté, il doit cependant rendre son badge et décide de se recycler en tant que détective privé. Quelques années plus tard, alors que les prochaines élections arrivent à grand pas, il est rappelé par le maire Hostetler, qui lui demande de suivre sa femme Cathleen (Catherine Zeta-Jones), car il est persuadé que celle-ci a une liaison avec un autre homme. Alléché par l’appât du gain, Taggart ne se doute pas qu’il est en train de mettre le doigt dans un engrenage qui le dépasse totalement.

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Vu le sujet et la caractérisation des personnages, on ne doute pas un seul instant des raisons qui ont motivé Allen Hughes à tourner BROKEN CITY : corruption politique, personnages qui se mentent à eux-mêmes, aliénation sociale… Toutes ces caractéristiques se retrouvent dans des films comme MENACE II SOCIETY, DEAD PRESIDENTS et même FROM HELL et dans une moindre mesure, LE LIVRE D’ELI. Et il ne fait aucun doute que BROKEN CITY tente de retrouver le panache de certains thrillers paranos des années 70, avec une volonté plus affichée d’émuler le style idéaliste et humaniste de Sidney Lumet que celui d’œuvres contestataires bien ancrées dans leur époque comme LES HOMMES DU PRÉSIDENT d’Alan J. Pakula et LES TROIS JOURS DU CONDOR de Sidney Pollack. Un polar urbain réalisé par l’un des frangins Hughes et interprété par Mark Wahlberg, l’une des rares vedettes encore attachées à l’idée de bien représenter le genre ? On signe tout de suite !

Seulement voilà, même si BROKEN CITY se suit avec un certain plaisir, notamment par sa représentation urbaine de New York (on y retrouve l’aspect dangereux qui a disparu depuis des années au cinéma) et du fait de la transposition stylistique d’un genre d’un autre âge, il faut bien reconnaître que le film a tendance à confondre idéalisme et naïveté, au point que cela puisse entacher le parcours de son protagoniste principal. Ainsi, l’un des principaux ressorts dramatiques concerne l’acte fondateur de Taggart (c’est carrément le premier plan du film), qui conditionne toutes les relations qu’il va tisser au long du film, avec la volonté d’éviter toute forme de manichéisme malvenu dans le cadre du sujet. Pourtant, la vie privée du personnage est traitée de manière très elliptique (jusque dans sa rechute dans l’alcool et sa relation empoisonnée avec sa femme) et son évolution dans les arcanes du pouvoir, un milieu qu’il ne cerne pas vraiment, révèle à quel point BROKEN CITY enfonce des portes ouvertes dès qu’il s’agit de dresser un tableau de la scène politique new-yorkaise, aussi polémique soit-il. Dans sa volonté de raviver le cinéma avec lequel il a grandi, Allen Hughes oublie à quel point le rapport du public à la politique a pu changer ces dernières années, notamment à travers les différents réseaux de communication qui sont désormais à sa portée. Ainsi, le troisième acte du film révèle maladroitement un complot qui aurait très bien pu faire l’affaire comme toile de fond dans un vrai bon film d’action aux enjeux plus resserrés. Mais à l’aune des scandales financiers de ces dernières années et des véritables intérêts d’une ville comme New York, le projet personnel d’une association de malfaiteurs menée par un seul politicien semble être un enjeu quelque peu désuet pour un thriller politique qui se veut dénonciateur. BROKEN CITY ressemble donc à un film étrangement naïf et caricatural de la part d’un des auteurs de DEAD PRESIDENTS, un retour en arrière même, si ce n’est pour la trajectoire de son protagoniste principal et son parcours de rédemption, qui imprime une certaine mélancolie à l’ensemble du film. Un film d’Allen Hughes, c’est toujours bon à prendre, mais quitte à choisir, on préfère quand même quand les deux frangins travaillent ensemble !

Le poster américain de Broken City

TITRE ORIGINAL Broken City
RÉALISATION Allen Hughes
SCÉNARIO Brian Tucker
CHEF OPERATEUR Ben Seresin
MUSIQUE Atticus Ross
PRODUCTION Remington Chase, Mark Wahlberg, Arnon Milchan, Allen Hughes, Teddy Schwarzman & Stephen Levinson
AVEC Mark Wahlberg, Russell Crowe, Catherine Zeta-Jones, Jeffrey Wright, Barry Pepper…
DURÉE 109 mn
DISTRIBUTEUR StudioCanal
DATE DE SORTIE 26 juin 2013

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