L’ORDRE DES CHOSES

Cinéaste confirmé dès son premier long, Juan Antonio Bayona déploie plus largement ses ailes et révèle, avec THE IMPOSSIBLE, une intelligence émotionnelle hors du commun. Entre mélodrame et film catastrophe, il nous invite ici, brillamment et humblement, à repenser notre condition humaine. Attention aux mini-spoilers en fin d’article.

En parvenant, dès son premier long métrage, à marquer d’une pierre blanche le cinéma fantastique espagnol, Juan Antonio Bayona démontrait un talent précoce qui nous avait été annoncé par ses confrères, et ce avant même la sortie triomphale de L’ORPHELINAT. Ceux qui, alors, auraient pu douter de la naissance d’un cinéaste d’envergure découvriront, dans THE IMPOSSIBLE, la marque d’un artiste qui semble déjà parvenu à maturité. Car ce qui surprend en premier lieu, dans ce second film, c’est l’assurance du narrateur expérimenté, habitué à son auditoire, et qui sait préparer ses effets en sachant toujours à quel endroit du spectre émotionnel se trouve son public.

L’AVANT FILM

THE IMPOSSIBLE démarre sur une vue aérienne, ambiance carte postale, de la station balnéaire de Phuket. Le bleu outremer reposant, le calme de l’océan, sont soudain violemment déformés à l’image par le passage du réacteur d’un avion de ligne. À son bord, une famille occidentale typique : le père Henry, sa femme Maria et leur trois fils Lucas, Simon et Thomas. La conversation va des petites angoisses du quotidien (« ai-je bien mis l’alarme ?») aux petits tracas des voyages familiaux (« ne boude pas ton frère »). Étrangement sous-jouées, ces premières images renvoient pratiquement à la qualité d’un film publicitaire dans leur désincarnation. On craint alors que le cinéaste espagnol n’ait pas su s’adapter au tournage en langue anglaise, d’autant que le jeu en sous-régime de Naomi Watts et d’Ewan McGregor va perdurer dans les séquences suivantes. Très discrètement, le cinéaste implante des touches de désunions par-ci (un enfant venant les rejoindre au lit), de difficulté à communiquer par-là (Henry n’entend pas la demande discrète de sa femme à reprendre son travail) mais il conserve le vernis « paradisiaque » de brochure de voyage, en s’offrant carrément quelques scènes familiales en found footage. Or, non seulement le réalisateur rappelle ici la solution de facilité avec laquelle il aurait pu céder pour le drame à venir, mais il évacue dans le même geste les sous-entendus marketing du procédé (l’essentiel de ces plans étant, comme par hasard, visible dans la bande-annonce). Car ce que le found footage révèle soudain ici, c’est bien l’artificialité du procédé et, par extension, l’artifice d’une joie conventionnelle que partage alors sa famille sans problèmes.

La bande-annonce de THE IMPOSSIBLE

DEUX MONDES

On pourrait grossir le trait et avouer que ces scènes d’introduction représentent tout ce que le film ne sera pas. Car dès la plongée au cœur du drame, dès l’apparition de la vague meurtrière, la mise en scène tout comme le jeu des comédiens prennent corps avec une soudaineté qui participent grandement de la violence de la catastrophe. En ayant ainsi préalablement anesthésié son audience, Bayona ne se garantit pas seulement un choc électrique qui fait écarquiller les yeux, il vient aussi de délimiter les contours des deux mondes qui vont cohabiter thématiquement dans son récit. À travers le choc du tsunami, les spectateurs tout comme les protagonistes viennent de plonger dans le monde réel.

« Il s’agit d’une famille occidentale, peut-être comme la mienne, à qui la réalité vient de donner une gifle en la mettant au contact de la mort, en l’obligeant à acquérir une forme de maturité et une autre perspective sur la vie », déclare sans fard le réalisateur. Tout le projet de THE IMPOSSIBLE est contenu dans cette simple déclaration. Eau, boue et sang ; la proximité de la Mort appuyée par les flots bibliques du déluge « lavent » toute construction artificielle du monde, toute représentation mentale, et font remonter à la surface les éléments primordiaux, dans le décor et bien sûr dans le cœur et la chair des protagonistes. Ce ne sont ni des poutres métalliques ni des véhicules qui blesseront les héros mais essentiellement des branches d’arbres. Et c’est également dans un arbre qu’ils trouveront le salut, au prix d’efforts qui conjuguent à la fois la fragilité et la persistance du corps humain.

ÉCHOS CONTRE EFFETS CHOCS

Aussitôt happé dans le drame, le spectateur ne réalisera peut-être pas à quel point Bayona s’écarte des codes du film catastrophe, en détournant le regard des constructions détruites et des corps disloqués qu’ils provoquent (les deux éléments primordiaux chez un Roland Emmerich, par exemple). La seule concession à un effet « a priori » sensationnel viendra avec ces plans quasi-subliminaux sur les graves blessures de Maria (tellement brefs qu’ils ne laissent pas vraiment le temps de détailler le travail des maquilleurs oscarisés David Martí et Montse Ribé). Mais encore une fois, ce type de scène douloureuse sert ici à déchirer un voile, en insistant sur la subjectivité du jeune Lucas alors qu’il découvre que sa Mère, figure idéalisée, est également faite de chair. Dès lors, malgré leur brièveté, l’écho de ces plans va hanter le souvenir du spectateur sur toutes les séquences qui font suite et conditionner son regard sur les autres figures qui peupleront plus tard l’hôpital (aucun plan gore, et pourtant l’idée de chair torturée y est omniprésente).

CHORÉGRAPHIE DES ÉMOTIONS

Le plus souvent, Bayona filme ses personnages à hauteur de regard. Les contre-plongées sont rarissimes, les plongées se résument essentiellement aux vues aériennes des alentours dévastés ou des hôpitaux débordés. Ces plans aériens servent à rappeler la topographie des lieux et, surtout, insister au choix sur l’isolement ou le surpeuplement. Le choc traumatique de l’après-catastrophe ouvre une portion du film qui cumule les plans fixes, soulignant l’immobilisme et l’hébétude des victimes et laissant tout le temps aux comédiens pour faire évoluer les prises de conscience de leur personnage (voir ce plan-séquence sur l’excellent Ewan McGregor, alors qu’il laisse remonter à la surface toutes ses peurs et ses regrets). Ce n’est que par petites touches progressives que le montage et le mouvement vont s’amplifier dans le récit, à mesure que les protagonistes prennent conscience de la situation et de leurs devoirs. Cela débute par une légère accélération lorsque Lucas décide d’aider les victimes à l’hôpital et la mise en scène ira culminer dans des travellings et des raccords savamment chorégraphiés lorsque tous les personnages auront atteint leur pleine maturation dans le récit.

WONDER BOY

C’est avec une pointe de moquerie que le Bayona de THE IMPOSSIBLE a été assimilé à un Spielberg wannabe. Et s’il est vrai que des emprunts visuels parcourent son film (E.T. dans sa façon de mettre en scène les jeunes Simon et Thomas ; le camp de prisonnier d’EMPIRE DU SOLEIL lorsque nous suivons Lucas dans les couloirs de l’hôpital), l’évocation de Spielberg provient d’abord et avant tout de ce choix radical qui, comme nous venons de le voir, fait de l’émotion des personnages le véritable moteur des choix de mise en scène. Ainsi, ce qui peut rapprocher le prodige espagnol du wonder boy américain n’est pas une posture d’esthète mais cette incroyable intelligence émotionnelle qui leur fait deviner, anticiper, préparer et accompagner les palpitations de leur audience. Le résultat est dans la salle : le spectateur qui aura choisi de se laisser submerger avec les protagonistes est pratiquement sûr d’en ressortir le visage humide et piquant.

NATURELLEMENT

L’autre point de comparaison tient peut-être au regard porté à l’interaction humaine ; ce que la critique résume trop souvent par le terme inadéquat « d’humanisme » et qui semblerait en fait, plutôt qu’un idéal philosophique, une somme d’expériences concrètes. La multiplicité des gestes charitables et d’entraide qui parcourent l’œuvre (à l’exception notoire du choix de Maria, d’aider un enfant perdu en début de film) ne sont pas ici présentés comme des choix moraux, vertueux, raisonnés, mais comme une évidence, une norme nouvelle imposée par les circonstances. Cela est tout à fait frappant dans le bref échange entre un Henry hébété et un couple de touristes, manifestement épargnés par le drame, qui refusent de lui prêter un téléphone. Le sentiment d’anomalie (plus que de colère) qui surgit à l’écran révèle la trame que Bayona est en train de tisser. Quand la nature rappelle son œuvre perpétuelle en faisant surgir la Mort, alors la force des rapports humains, l’interdépendance, la prééminence de la compassion, se révèlent être naturellement au fondement de l’être humain. C’est ici l’ordre des choses.

L’IMPOSSIBLE

L’expérience de cet état, de cette pleine et grave humanité, fait que le retour à un état antérieur devient impossible. La famille miraculée finit par être prise en charge par son assureur et se retrouve embarquée dans un avion privé. Le luxe des sièges et des costumes de l’équipage semble, comme le précise Bayona « … venir d’une autre planète. Ils doivent maintenant revenir vers ce qui était autrefois leur réel. L’impossible, c’est ce qui se produira plus tard, lorsque cette famille rentrera à la maison et tâchera de reprendre sa vie comme si rien ne s’était passé ».

Les propos de Juan Antonio Bayona proviennent de son interview donnée au quotidien El Pais.

NOTE Au détour d’une séquence inattendue, le jeune Simon est abordé par une vieille dame interprétée par Géraldine Chaplin. Contemplant les étoiles tout en lui parlant de la présence des choses mortes, celle-ci lui affirme que « c’est dans l’incertitude que réside le mystère de la vie ». Cette séquence au caractère onirique, à la lisière du fantastique, semble alors nous suggérer qu’un ou plusieurs membres de cette famille sont décédés. Mais ce personnage disparaît aussitôt de l’intrigue et, avec lui, cette prémisse fantastique. Sachant qu’au tout début de la pré-production de THE IMPOSSIBLE, Bayona semblait nous annoncer un film fantastique, et sachant que Géraldine Chaplin jouait précisément le rôle de la médium dans L’ORPHELINAT en communiquant avec les morts, il est raisonnable de se demander si cette séquence n’appartient pas à une version antérieure du projet. Noter également, au tout début du film, la mention « tirée d’une histoire vraie » et l’insistance étrange sur le mot « vraie » qui tarde à s’effacer. Nous n’avons hélas pas pu joindre le réalisateur pour lui poser directement la question.

TITRE ORIGINAL Lo Imposible
RÉALISATION Juan Antonio Bayona
SCÉNARIO Sergio G. Sánchez
CHEF OPÉRATEUR Óscar Faura
MUSIQUE Fernando Velázquez
PRODUCTION Belén Atienza, Álvaro Augustín, Enrique López Lavigne, Ghislain Barrois
AVEC Naomie Watts, Ewan McGregor, Tom Holland, Géraldine Chaplin…
DURÉE 107 mn
DISTRIBUTEUR SND
DATE DE SORTIE 21 novembre 2012.

13 Commentaires

  1. Reda

    Il me semble qu’un dialogue avec Chaplin donne à peu près, à propos des étoiles qui brillent :

    – comment différencier les morts des vivants ?
    – c’est impossible… c’est dans l’incertitude…

  2. jp koff

    rafik, je te trouve bien aimable avec le film.

    je lui reconnais d’immenses qualités : le tsunami, la mise en images, la direction d’acteurs…

    mais putain la musique est HORRIBLE, et je pèse mes mots, tout est unilatéral (ils souffrent… et après ?),
    les personnages sont ultra plats, et le côté (SPOILER) je me barre en jet privé à la fin c’est carrément débile. et l’argument « histoire vraie », bofff… Je veux pas dauber sur le film par mauvaise foi, j’y allais très enthousiaste et j’ai adoré le début (et le retour final sur la vague, impressionnant), mais sérieusement c’est très pénible et je suis pas certain de trouver ça émotionellement intelligent, bien au contraire…

  3. David bergeyron

    Je ne vois pas ce qu’il y a de débile dans le fait que les riches occidentaux matérialistes venus passés Noël en Thaïlande repartent comme ils sont venus, en jet, catastrophe naturelle meurtrière ou pas. C’est exactement ce qu’il s’est passé pour ces riches touristes rescapés de la catastrophe : le retour à la vie « normale », au luxe et au matérialisme de leur vie passée en laissant derrière eux la mort la tristesse et le désastre. Bayona le dit très clairement et Rafik en parle à la fin de son excellent billet « l’impossible c’est quand cette famille devra reprendre sa vie normale » après ce qu’elle a vécue et avec ce qu’elle laisse derrière elle. Je me souviens m’être posé la même question en 2004, mais comment peut on revenir à une vie normale après une catastrophe pareille ? En ayant laissé derrière soi des gens à qui on aurait pu apporter de l’aide ? Parce qu’au fond, à quoi sert d’être miraculé si c’est simplement pour revenir à sa vie normale de riche occidental ? Pourquoi ne pas utiliser ce cadeau de vie pour aider les autres ? Ce sentiment doit être horrible, la mère le comprend dans l’avion et elle pleure. Après que tu n’ais pas été emporté par le film peut se comprendre mais en effet, rien ne sert de dauber sur un tel moment de cinéma mélodramatique.

  4. opop

    Je ne suis pas d’accord et pour une raison simple : ce dont tu parles, je ne l’ai pas senti. Bayona le dit peut-être, mais pour moi c’est de l’intention, ce n’est pas dans le film. Certes, on sent bien qu’ils sont impuissants, etc. Mais pour moi et je l’ai dit le problème du film c’est son côté unilatéral : ils souffrent, les gens souffrent, et voilà il n’y aucune ambivalence ni ambiguïté pour moi, aucune distance, aucune critique sociale (à part le mec qui veut pas prêter son téléphone). On est loin, très très loin de l’approche beaucoup plus complexe d’un Peter Weir, par exemple, dans L’ANNEE DE TOUS LES DANGERS.

    Et faut pas te vexer parce que j’ai pas aimé ton film… T’as cinq ans ou quoi ? S’il te plaît et que t’es un adulte, t’as pas besoin de l’approbation des autres que je sache. Quel intérêt si sur les forums les gens passaient leur temps à dire « super, t’as trop raison, on est trop copain ». Non, justement, on ne l’est pas.

    • Rafik DJOUMI

      Bon, déjà, on va baisser d’un ton. David Bergeyron n’a insulté personne et n’a pas recouru à des formules humiliantes. Merci de vous modérer.

      Sinon, je rebondis sur cela :

      Je ne suis pas d’accord et pour une raison simple : ce dont tu parles, je ne l’ai pas senti. Bayona le dit peut-être, mais pour moi c’est de l’intention, ce n’est pas dans le film.

      C’est une drôle de formulation. Et elle est d’autant plus troublante que
      1/ c’est dans le film
      2/ tu l’as senti

      Tous les spectateurs ont vu les éléments de cette démonstration dans le film et tous les spectateurs ont ressenti la même gêne durant la séquence finale. Bayona ne s’amuse pas à mettre en scène un tarmac où un jet privé luxueux vient se garer auprès de sacs de cadavres abandonnés sur la piste, sans avoir une intention précise et voyante.
      Le problème vient de ce que l’on décide de faire de cette émotion née d’un sentiment de gêne et d’injustice.
      Certains (beaucoup?) se le sont appropriés contre le film, comme si ce sentiment était né spontanément d’eux et qu’ils s’en servaient pour juger le film de l’extérieur.
      D’autres ont vécu cette émotion avec le film, à l’intérieur du film, tout simplement parce que c’est ce que ressentent ses personnages et c’est ce que le metteur en scène a voulu.
      La critique sociale est bien là. Sauf qu’elle n’est pas démonstrative et donneuse de leçons (à la Peter Weir, justement) mais qu’elle est générée, au-delà du discours, par un cheminement émotionnel, c’est-à-dire très sous-terrain et puissant.

      Plus généralement, je pense que le mauvais accueil critique du film de Bayona est entièrement motivé par ses qualités! C’est bien parce qu’il fonctionne sur le plan de l’émotion complexe, et parce que ces émotions complexes génèrent des sentiments contradictoires, que tant de spectateurs se rétractent hors du film et lui reprochent de ne pas dire ce qu’il dit, de ne pas montrer ce qu’il montre, et même parfois l’accusent de faire ce qu’il ne fait pas et de montrer ce qu’il ne montre pas.

  5. Marie E

    Complètement d’accord avec la critique et l’ananlyse de Rafik, le film est une immersion éprouvante et raconte une confrontation au réel. Et ce n’est pas un film où « les gens soufrent et c’est tout » mais où les personnages passent par une énorme palette de sentiments, d’émotions, (désespoirs, joies aussi, doutes, tiraillements), de révélations à soi et aux autres, de stades de deuil, face à une réalité submergeante. Ce n’est pas que de la souffrance exhibée de martyrs, loin de là. L’expérience d’être réduit à une chose insignifiante, minuscule, sans plus d’identité, d’appartenance, de protection, de repères, balayé comme un fétu de paille par une force plus puissante, est une expérience de perte de soi qui parle à tous ceux qui veulent bien consentir à l’appréhender dans une fiction, c’est une expérience initiatique de démembrement et de reconstruction « impossible » très bien racontée, à mon sens. Ce film, jamais complaisant sur la souffrance en effet, me semble avoir une très intéressante structure « en miroir » basée sur le point de vue, vecteur d’une identification optimisée. Les décors sont tous réutilisés deux fois, intactes et détruits avec une certaine symétrie, les scènes se répondent inversées d’un bout à l’autre du film. Pour ne donner qu’un exemple de miroir, à propos de cette scène d’avion, il est évident pour moi qu’elle répond en symétrie à la première scène d’avion où les personnages évoquent leurs petites angoisses d’occidentaux surprotégés: l’inquiétude à propos de l’alarme, des petites turbulences… « arrête de t’inquiéter », disent en différents termes, plusieurs fois, les personnages. A la fin les personnages ont compris qu’il ne sert à rien de s’inquiéter et que rien ne vous protège réellement du hasard, ni une ceinture de sécurité, ni une alarme, ni des murs, ni une police d’assurance, ni des connaissance en médecine, ni une famille, ni une société. C’est la chance qui sauve cette famille, rien que la chance, que d’autres n’auront pas… Maria, à la fin, apprend que le petit gamin qu’elle a sauvé a aussi eu de la chance et elle pleure pour tous ceux qui n’en ont pas eu. Les personnages affrontent sans cesse cette effrayante contradiction de la vie qui est tout et qui n’est rien à la fois et il faut faire avec. Et en effet, j’ai entrevu aussi un glissement fantastique, dans l’évocation du mystère de l’existence et de la mort, par l' »apparition » quasi spectrale de Géraldine Chaplin. Elle explique qu’il est « impossible » de dire si les étoiles qu’on voit existent encore, seule prononciation orale du titre du film. Ce serait en effet intéressant d’avoir un éclairage du réalisateur sur cette insistance curieuse sur le terme « histoire vraie » et cette question qui fait penser que… les personnages pourraient être morts…

  6. Ce qui m’est resté aprés avoir vu ce film est une incroyable sensation de profondeur, presque de calme, tellement le réalisateur laisse au spectateur le temps « quasi réel » de faire le même cheminement que les protagonistes.
    Plusieurs thèmes y sont abordés à mon sens : l’impermanence des phénomènes (pas besoin d’expliquer!), l’importance et l’impact de l’instant présent ou plutôt est-on à chaque instant de notre vie conscient à 100% de ce moment : rappelé par l’épisode de l’alarme ou cette canette de coca que Lucas hésite à prendre dans le frigo de l’hôtel puis qu’il n’hésitera pas à fourrer dans sa poche quand le « moment » sera pleinement conscientisé !

    Pour ce qui est du retour en jet privé, je me suis également fais la réflexion « mais ils sont vraiment tous seuls dans cette avion ».? Et oui….ils avaient une assurance rapatriement eux ! Et le plus jeune garçonnet qui ne veut pas mettre sa ceinture alors que tous s’empressent de la boucler avec une insistance son sur le déclic, montre que lui, sûrement dû à son jeune âge était déjà repassé à « autre chose ».
    Un film puissant par sa présence émotionnelle !

  7. jp opop koff

    Salut Rafik.

    Ok pour ta réponse.

    « Bon, déjà, on va baisser d’un ton. David Bergeyron n’a insulté personne et n’a pas recouru à des formules humiliantes. Merci de vous modérer. »

    Maintenant je m’explique sur la « virulence » de mes propos. Je suis en droit de trouver insupportable l’attitude des gens qui ont aimé un film et qui ne reconnaît pas aux autres le droit de le critiquer. le « rien ne sert de dauber » de monsieur est tout aussi condescendant de ma réponse. Il n’y pas d’insulte, on n’est pas à la récré, mais il y a une tendance fatigante de la discussion cinéphile à se vexer des avis des autres.
    THE IMPOSSIBLE ne m’a pas horrifié. Je lui trouve des défauts très forts, et qu’on me prenne la tête parce que je le dis m’énerve franchement.
    Je ne suis absolument pas d’accord avec ton argumentation, mais cela ne n’empêche pas de reconnaitre ton droit à aimer ce film.
    Pour moi, Bayona avait encore une fois, sans doute, des intentions précises sur la distance qui sépare ces occidentaux des thaïlandais (comme le rapport soldats américains / irakiens dans Démineurs, très lointain), seulement pourquoi suivre le calvaire d’une famille de grands bourgeois pendant 2h sans y apporter la moindre nuance. Je n’accuse pas Bayona d’être cynique, je trouve que son film est juste à côté de la plaque. Et cela ne l’empêche pas d’avoir du talent, mais simplement l’ambiguïté est foirée, dans l’intention même du film, il y a erreur, pour moi, et c’est pour ça que les gens rejettent le film (pas tous, d’ailleurs, loin de là) : parce que c’est le film lui-même qui est ambigu, beaucoup plus que ses intentions.
    Comme disait l’autre : il y a des films fascistes et des films sur le fascisme. Bayona a le cul entre la dénonciation et la dramaturgie hollywoodienne classique et cet aspect hybride, qui rend le film intéressant, le conduit aussi pour moi à l’échec.

  8. Kaneda

    Perso j’ai beaucoup aimé ce film, souvent pour les qualités mises en exergue par cet article.

    Toutefois, je maintiens que son aspect pathos appuyé, souligné, surligné et visiblement assumé, finit par créer un déséquilibre, générateur d’une crispation chez le spectateur, qui nuit aux véritables intentions du film.

    Le film de Bayona effleure de près le chef-d’œuvre, sans l’atteindre, à cause d’un traitement trop larmoyant, qui vous prend aux tripes et vous retournent tout à l’intérieur, certes, mais qui frise aussi l’overdose avec les conséquences destructrices inhérentes…

    Bien sûr ce n’est que mon avis personnel, je l’assume mais je reste assez déçu sur ce point.

  9. « Noter également, au tout début du film, la mention « tirée d’une histoire vraie » et l’insistance étrange sur le mot « vraie » qui tarde à s’effacer. Nous n’avons hélas pas pu joindre le réalisateur pour lui poser directement la question. »

    Ce n’est pas une façon aussi de justifier la fin (entre autre). Pas que l’histoire vraie lui serve d’excuse pour raconter tout et n’importe quoi, mais bien pour affirmer sa volonté de coller à la réalité et ainsi de ne pas faire évoluer la famille au terme de leur périple. Vu que tu parles aussi d’un projet antérieur qui était plus fantastique, c’est un vrai choix pour lui de dépeindre de bout en bout cette réalité émotionnelle.

    Y a une chose que je n’ai pas bien compris, c’est le rôle du petit Daniel. Leur oubli a son égard m’a hanté tout le film, surtout quand Lucas se retrouvait potentiellement seul. Et cette façon de s’en réjouir à la fin (lucas + la mère), c’est pour pas qu’on oublie de « détester » cette famille d’occidentaux ? De montrer qu’on oublie bien rapidement ses propres fautes ? S’ils ont sauvé cet enfant de 5ans, ils l’ont aussi abandonné.

    J’avoue avoir du mal avec ce petit miracle (l’enfant retrouve son père) et je doute de son sens/utilité dans le récit.

  10. Excellent billet, argumenté, avec un point de vue évident. Nous n’avons pas apprécier le film et pourtant, nous avons apprécié la lecture de l’article (le signe de la qualité^^)
    Le film, « d’après une histoire vraie », reste avant tout une aventure scénarisée, et c’est ce qui donne l’aspect désagréable au film de Bayonda : dès lors que la catastrophe a tout dévasté, tout est souligné, appuyé, mis en scène de manière à amener le spectateur vers une impasse émotionnelle obligatoire… La nature de la tragédie était telle que ces artifices en sont presque malvenus…
    Par ailleurs, quelqu’un soulignait plus haut « l’intention »… En effet, il n’est pas évident que l’intention de dénoncer le matérialisme et le confort des vies occidentales se ressente à l’écran : il manque un propos clair de l’auteur (le regard mouillé de Watts par le hublot ne suffit pas à balayer l’impression de malaise)
    Malgré tout, et c’est peut-être l’axe qu’il aurait du prendre, plus radical (et nous aurions alors sans doute davantage aimé) : dans de telles circonstances, dans un tel drame, les autres n’existent pas, rien n’a alors plus d’importance que soit et ceux qu’on aime. Terrible mais naturel lorsque l’on sonde l’âme humaine. Bayonda n’est pas allé jusque là, proposant alors quelques rares détours sur les « autres » sans pour autant les prendre réellement en compte… Un manque de parti pris qui en fait un film un peu bancal, et confus… Ce qui explique sans doute les avis majoritairement mitigé sur le film…

  11. LordGalean

    « Malgré tout, et c’est peut-être l’axe qu’il aurait du prendre, plus radical (et nous aurions alors sans doute davantage aimé) : dans de telles circonstances, dans un tel drame, les autres n’existent pas, rien n’a alors plus d’importance que soit et ceux qu’on aime. Terrible mais naturel lorsque l’on sonde l’âme humaine. » propos totalement faux, puisque justement le 1109 par exemple l’a prouvé, c’est dans la plus grande tragédie et la plus grande misère que se révèle l’altruisme le plus pur et désintéressé.

  12. Tony

    Bonjour, très bon article, une fois de plus. Question qui n’intéressera peut-être que moi (si c’est bien une histoire vraie) : la vraie famille était-elle croyante et chrétienne ??

    J’ai rarement autant pleuré devant un film, quelle puissance émotionnelle et quelle pureté des émotions, quelle densité et quelle aventure humaine. En plus, c’est carrément virtuose ou presque du début à la fin, et c’est à peine le deuxième long-métrage du cinéaste… Il y a une maturité dans ce film, du premier au dernier plan, c’est du premier degré et de l’immersion d’abord, la mise en scène est exemplaire, à la fois émotionnelle (la lumière est très belle) et jamais gratuite. Les personnages sont simple et attachants et on sent que le film est plus grand, va plus loin que son sujet, qu’il y a de l’existentiel, et pourtant ce n’est jamais prétentieux. Bref c’est tout ce que j’aime au cinéma. Et aussi c’est l’un des rares films ou il y RIEN de « mauvais » à l’intérieur, moralement je veux dire, rien de malsain, ce qui fait plaisir.

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