L’IMPORTANT C’EST D’AIMER

En salles depuis le 1er août, CINQ ANS DE RÉFLEXION de Nicholas Stoller est le second film produit par Judd Apatow à mordre la poussière au box-office cette année. Est-ce que LE mogul de la comédie US actuelle a perdu son mojo ?

Sur le papier, la réception très tiède de CINQ ANS DE RÉFLEXION a de quoi surprendre : une comédie romantique sur le mariage, menée par le charme de Jason Segel et Emily Blunt, qui sont entourés par quelques seconds rôles savoureux interprétés par les comédiens de vos séries préférés (Chris Pratt, Alison Brie, Mindy Kaling…), c’est un pari sûr non ? Et c’est d’ailleurs ce que semblait penser le studio, du moins si l’on en croit la façon dont le film est vendu par sa bande-annonce. Il faut cependant remettre les choses en contexte : CINQ ANS DE RÉFLEXION jouit certainement des qualités des productions Apatow, notamment dans l’approche particulièrement humaine de ses personnages, dans sa volonté de ne pas s’enfermer dans un carcan moral prédéfini (quoi qu’en pense généralement une certaine presse), et dans la façon dont les tentatives d’improvisation viennent parfois parasiter la charpente assez solide du scénario. Mais on ne peut pas vraiment parler de « formule » dans le cadre de ces productions, puisque cette méthodologie a tendance justement à permettre à chaque réalisateur d’aborder un genre sous un angle particulièrement frais. Sans que ce soit forcément une qualité dans l’absolu, CINQ ANS DE RÉFLEXION marque néanmoins sa différence avec de fréquentes dérives de ton qui peuvent surprendre les amateurs de comédie romantique, avec l’emphase sur ce dernier terme. Les épreuves que les personnages vont traverser dans le perpétuel report de leur mariage prennent ainsi des tournures relativement absurdes, et parfois même à l’opposé total du romantisme suggéré par le genre. Les amateurs des films et des productions de Judd Apatow savent que le réalisateur et ses ouailles sont capables d’injecter une tonalité dépressive dans des séquences par ailleurs hilarantes, et CINQ ANS DE RÉFLEXION ne déroge pas à la règle. Mais Nicholas Stoller se paye néanmoins le luxe d’aller un peu plus loin dans la représentation graphique des sentiments de ses personnages, allant même jusqu’à se permettre quelques étonnantes explosions de gore.

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Dans CINQ ANS DE RÉFLEXION, Emily Blunt se prend donc une flèche dans la cuisse, comme pour payer le prix de son égoïsme évident, Jason Segel noie sa dépression par un retour à la nature (chasse, amitié virile et fabrication de gnôle dégueulasse à l’appui) dont les conséquences ne font pas vraiment rêver, un personnage secondaire extériorise la colère qui le caractérise par un jet de sang, et un autre se dégueule tranquillement dans la bouche. Quand à l’inévitable scène d’adultère (ou presque) du film, elle prend la forme d’une contrefaçon de la fameuse scène de sexe culinaire de NEUF SEMAINES ET DEMIE, mais avec une emphase évidente (et franchement dégueulasse) mise sur la bouffe. Aussi drôles soient-ils, ces passages ont forcément rebuté les spectateurs plus habitués à la frange balisée du genre. Mais le problème de perception de CINQ ANS DE RÉFLEXION provient probablement du fait que Nicholas Stoller traite son sujet en priorité, malgré ses fréquentes digressions comico-dépressives. Et au final, s’il est un message à retenir du film, c’est peut-être celui que l’idée du mariage dans sa représentation sociale est finalement plus problématique que le mariage à proprement parler. Forcément, dans un genre qui met généralement l’accent sur l’importance inaltérable de cette institution, ça passe mal. Mais pour ceux qui sont prêts à accepter qu’une comédie romantique puisse se passer de ces idéaux sociaux de masse, alors CINQ ANS DE RÉFLEXION mérite carrément le détour.

TITRE ORIGINAL The Five-Year Engagment
RÉALISATION Nicholas Stoller
SCÉNARIO Nicholas Stoller & Jason Segel
CHEF OPÉRATEUR Javier Aguirresarobe
MUSIQUE Michael Andrews
PRODUCTION Nicholas Stoller, Judd Apatow & Rodney Rothman
AVEC Jason Segel, Emily Blunt, Chris Pratt, Alison Brie, Lauren Weedman, David Paymer…
DURÉE 125 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 1er août 2012

3 Commentaires

  1. Cela dit, des vestes Apatow il les collectionne depuis trois ans, parce qu’à part BRIDESMAIDS, il s’est pris une palanquée de taules (YEAR ONE, YOUR HIGHNESS, FUNNY PEOPLE, etc.)… Ce qui est bien dommage, parce que entre les Happy New Year et Valentine aux US et les ARNACOEURS chez nous, ça faisait du bien, un petit Apatow…

    J.P. Koff

  2. Bah, faudrait encore qu’on puisse le voir. Moi, j’attends le film depuis des mois. Ma copine aussi. Et là, 50 copies sur toute la France, mais surtout 0 copie sur Lyon, donc impossible de le voir. Bref, c’est toujours la merde en France pour les amateurs de comédie américaine.

  3. Fest

    Merci pour cette critique Stéphane ça fait envie. J’espère qu’Apatow en a gardé sous le coude pour This is 40…

    (Fest)

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