L’HISTOIRE SANS FIN

« Pretty Cool uh ? » : c’est la phrase-clé que Peter Molyneux ne cesse de répéter à chaque présentation de jeux. Quand il s’agit de survendre un jeu, l’homme aux poulets laisse faire sa gouaille de marchand de tapis pour les geeks et n’a pas peur de passer pour un beau parleur qui ne tient pas forcément toutes ses promesses. Aussi drôle et attachant soit-il, le patron de Lionhead a cependant perdu de sa superbe, et il est loin le temps ou il nous émerveillait avec des titres comme POPULOUS, SYNDICATE, MAGIC CARPET ou encore DUNGEON KEEPER. Après les deux premiers épisodes de FABLE et un BLACK & WHITE qui devait révolutionner le jeu de gestion mais qui n’était finalement qu’un très joli économiseur d’écran interactif, est-ce que FABLE III va lui permettre de tenir parole ?

Difficile d’évoquer sa déception face à FABLE III, car il ne s’agit pas d’un mauvais jeu. Loin de là même. D’une part, Albion est toujours aussi magique à parcourir et l’écriture est toujours aussi efficace, d’autant qu’elle est ici servie par un casting de haute volée (John Cleese, Michael Fassbender, Stephen Fry, Naomie Harris, Bernard Hill, Ben Kingsley et même Simon Pegg, tranquille quoi !). D’autre part, la licence est désormais suffisamment rodée par les améliorations apportées par FABLE II en 2008. Mais c’est tout le problème en fait, puisque ce second opus hissait l’univers de fantasy de la licence à son apogée, en dépeignant un monde à la fois crédible, drôle et touchant, balayant même les nombreux défauts d’un premier épisode complètement daté. Et si vous avez passé quelques heures sur FABLE II, l’expérience proposée par ce troisième opus risque bien d’être particulièrement redondante. Même s’il se démarque d’entrée de jeu de FABLE II, qui nous faisait jouer un gamin des rues, FABLE III exploite très rapidement la même mécanique du choix, une possibilité qui se retrouve au coeur du gameplay des jeux vidéos narratifs depuis quelques années maintenant. Cette fois, il s’agit par contre pour le joueur d’incarner, au choix, le jeune frère ou la jeune soeur de Logan, le roi d’Albion. Lorsque ce dernier adopte un comportement tyrannique et paranoïaque, notre héros devra donc faire face à ses premiers choix manichéens pour tenter de renverser le pouvoir en place afin de faire d’Albion un paradis… ou un enfer.

Même si les mécaniques sont connus, le parti pris est intéressant, car il permet au joueur de se mesurer à l’éventuelle soif de pouvoir de son personnage souverain à travers les limites de sa propre moralité : faut-il aider les villageois ou les tuer ? Tenir les promesses faites ou les briser ? Entretenir sa réputation par des actes glorieux ou par la terreur ? Le problème, c’est que FABLE III s’évertue à supprimer la composante relationnelle du deuxième épisode en faisant en sorte que vos actions n’ont de répercussions qu’avec l’interlocuteur sélectionné. C’est par ce choix aussi étrange que malheureux que le jeu se tire une balle dans le pied, puisque la portée du pouvoir qui est mis entre nos mains est grandement diminuée. Toute l’idée de FABLE III est de rendre le gameplay du second opus encore plus accessible en nivelant par le bas tout le côté RPG, déjà relativement casual, de FABLE II et en simplifiant même le système de combat par l’utilisation d’un seul et unique bouton. Pour la démonstration de pouvoir, on repassera, d’autant que la seconde partie de FABLE III, centrée sur la gestion du Royaume d’Albion, ne change pas vraiment la donne, faute d’une réelle influence de la part du joueur. Car même si celui-ci est désormais placé sur le trône du Roi, le fait qu’il choisisse une manière ou une autre de gouverner n’a finalement que peu de répercussions sur la suite du jeu, ce que l’on peut tout de même considérer choquant de la part du créateur de POPULOUS. Plus soucieux d’afficher ses influences geeks à travers les noms des succès du jeu (avec notamment « If it bleeds, we can kill it » et « We need guns, lots of guns ») que d’appuyer l’esprit épique nécessaire à la licence (à ce titre, la musique de Russell Shaw et ses deux thèmes et demi est plutôt redondante, donc ennuyeuse), Molyneux se repose donc sur les beaux acquis de FABLE II pour nous resservir, peu ou prou, EXACTEMENT la même soupe, avec deux ans de retard. Au final, avec ces manquements dans le gameplay flagrants et l’exploitation d’un moteur graphique vieillissant, le joueur aura plutôt l’impression qu’on lui demande de jouer à une sorte de FABLE 1.9. Tout ça pour dire que non, FABLE III n’est pas un mauvais jeu. Il est juste poussiéreux. Espérons que le prochain jeu de Molyneux sera un peu plus novateur donc… Son fils, quant à lui, semble attendre HALF-LIFE 3 avec plus d’impatience !

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