LES VIEUX FUSILS

EXPENDABLES 2 – UNITÉ SPÉCIALE de Simon West sort en salles le 22 août prochain. Et comme convenu, il s’agit d’une suite « bigger & louder ». « Better » peut-être ?

Quoi qu’on pense du premier EXPENDABLES, le projet tout entier a été porté par un Sylvester Stallone, alors âgé de 63 ans et toujours prompt à taper un sprint derrière un hydravion, sauter d’un camion explosif pour atterrir sur le sol en vidant son chargeur sur cinq cascadeurs et « s’enviander » avec des gros qui font trois têtes de plus que lui, et tout ça pour l’amour de l’art. Cette ténacité, ce caractère de laissé-pour-compte qui refuse de sortir de la course, c’est la thématique qui parcoure toute la carrière de Sly, dans ses films les plus personnels du moins. EXPENDABLES en fait partie, et c’est clairement ce sentiment qui permet au film de surpasser tous ses nombreux défauts. Car malgré son concept initial, qui assure certainement le spectacle (sans les autres musculeux, Sly aurait eu du mal à comptabiliser autant de macchabées à lui tout seul), le film repose entièrement sur les épaules de sa star et de son dévouement au nom d’un cinéma en voie de disparition et qu’il a dûment représenté pendant des années.

Cette abnégation cinématographique – qui envoie Stallone plusieurs fois à l’hosto, rappelons-le – représente clairement le cœur du premier film, et à cet âge-là, il est difficile pour le comédien de forcer sa bonne fortune une seconde fois. En donnant le flambeau à un autre réalisateur (mais on se doute qu’il garde un œil sur toute la smala), Sly prend le risque de faire une suite pour des raisons un peu moins nobles. Et d’une certaine manière, EXPENDABLES 2 confirme la volonté de ses auteurs de faire un film un peu moins personnel, et plus facilement « franchisable ». De fait, cette suite ne s’embarrasse pas vraiment d’une intrigue plus sophistiquée, mais elle évite tout de même les raccourcis étranges du premier film (comme le retour final de Dolph Lundgren) pour filer plus droit vers sa conclusion explosive, qui promet la réunion de toutes les grosses stars du genre, prêtes à s’envoyer des bons bourres-pifs dans la tronche. Ils sont venus, ils sont tous là : Bruce, Arnold, JCVD et même ce bon vieux Chuck Norris, qui te fait péter un tank et trois demi-douzaines de malfrats avant même de faire son apparition à l’écran. Seulement voilà, la force de cet EXPENDABLES 2 est aussi sa faiblesse, car aucun de ces éminents représentants de la bonne grosse main dans la gueule ne semble ici y croire autant que Sly ne pouvait le faire sur le premier film. Arnold et Bruce sortent enfin les gros tromblons, mais n’en finissent plus de s’envoyer des vannes miteuses (« I’ll be back ! » dit l’un, l’autre lui répond « Yippi-Kay-Yee ! ». Oui, oui, sans déconner, c’est vraiment de ce niveau-là !), et Chuck est ici réduit à sa notoriété de « meme » internet, avec une pointe de « Chuck Norris Fact » mal placée. Quand à ce bon vieux Jean-Claude, heureusement que le film lui ménage un chouette mano-a-mano habité avec Sly, tant sa désinvolture (et le drôle de sort qui lui est réservé) semblent indiquer qu’il n’avait pas vraiment envie de faire partie de l’aventure.

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Ceci étant dit, une fois qu’il sort de sa logique de « fan service » (une portion congrue, mais dont l’approche un poil cynique saute malheureusement au visage), EXPENDABLES 2 envoie tout de même la purée, et bien comme il faut. Foi de bourrin, la scène d’ouverture reste certainement le gros moment musclé de cette suite, un passage tellement belliqueux qu’il en devient carrément insurpassable : ici, on fait voler des motos dans des hélicos, on défonce des portes massives à coups de béliers, on envoie Jet Li faire 10 kicks d’affilée, on explose des crânes au sniper, on saute sur des tyroliennes en tirant sur tout ce qui bouge et on fait péter des bateaux et des ponts dans tous les sens, et tout ça sans jamais regarder derrière soi ! L’esprit d’équipe est ici un peu plus organique, même si des masses comme Terry Crews et Randy Couture sont un peu relégués au rang de faire-valoir, et le film s’offre même quelques belles idées, comme cette fusillade dans un décor à l’ancienne qui évoque, par défaut, les vieux films de gangsters des années 30, ou encore cette sous-intrigue vengeresse qui se permet même une ou deux apartés introspectives typiques du cinéma de Sylvester Stallone. Maintenant, s’il est évident que la star se repose un peu plus sur ses lauriers (en même temps, Sly vient de fêter ses 66 ans), EXPENDABLES 2 n’a pas vraiment à rougir de son modèle, aussi imparfait soit-il. La différence principale ? Le cœur est définitivement remplacé par le biceps, et ce jusque dans une amourette expédiée en trois lignes de dialogue. Mais en admettant que les auteurs parviennent à se surpasser dans l’exercice du bourrinage intensif (et de préférence dans un endroit plus exotique que les pays de l’Est), on signe pour un troisième épisode sans sourciller. Enfin bon, il ne va pas falloir trainer trop longtemps non plus…

TITRE ORIGINAL The Expendables 2
RÉALISATION Simon West
SCÉNARIO Richard Wenk & Sylvester Stallone
CHEF OPÉRATEUR Shelly Johnson
MUSIQUE Brian Tyler
PRODUCTION Avi Lerner, Danny Lerner, Les Weldon, Kevin King Templeton & John Thompson
AVEC Sylvester Stallone, Jason Statham, Dolph Lundgren, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis, Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris…
DURÉE 103 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 22 août 2012

9 Commentaires

  1. Question par contre : en terme de réal’, ça donne quoi ? Car c’était souvent le gros défaut du 1, à savoir un manque de lisibilité dans certaines scènes (le combat Lundgren / Li par exemple).

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      C’est de la mise en scène de bourrin. Mais les amateurs apprécieront les quelques plans larges qui laissent s’exprimer Jet Li ou Terry Crews dans l’amour pour leur prochain, et le montage est un poil plus carré tout de même. Après, c’est beaucoup plus monolithique en terme de lumière par contre, et ce n’est pas toujours jojo de ce côté là. Simon West quoi !

      (Steph)

  2. Frenchman Wheat

    Pas d’accord sur les vannes miteuses. La survivance par la punchline et le fan service apparemment condamnable, c’est la dernière raison d’être des vieillards en question. D’ailleurs, le principe même du film est un fan service. Et sans le fantasme idiot de les voir s’approprier les conneries des autres, en jouant grossièrement d’une image qui ne leur appartient plus depuis un bail – tout ça reste hors-fiction – cette espèce de bouse (minus la séquence d’intro) ne vaudrait rien du tout. Arrêtons avec le « cynisme », on torture le mot, et il finit par avoir, dans la bouche des critiques geeks, le même sens que « respect » dans celle des footballeurs : Une poche de vide et un alibi. Comment un Chuck Norris fact peut-il être déplacé, alors même que Chuck Norris est lui-même fondamentalement déplacé ?

    • Reda

      J’ai pas compris l’histoire du football

      (Reda)

  3. Jul

    d’office, cette idée de 72ème degré (« I’ll be back », tout ça tout ça) me plaît bien (j’attends de voir la chose)

    sérieux, qui va voir ce ‘produit’ sans avoir en tête le passé (passif, pour certains), de ces ‘monstre sacrés’ ?
    ce que je trouverai cynique, c’est qu’ils n’aient pas l’impression de rejouer jusqu’à l’absurde ce qui les a faits connaître

    le vrai cynisme, c’était de nous vendre ça comme des films ‘over the top’ dans les années 80 (exception faite des films de McT)…

    « Expendables », c’est « Last Action Hero » qui assume son ‘jackslaterisme’

    J.

  4. Francois Bedex

    Je n’ai pas vu le Expendables 1er du nom, mais au vu du teaser pitoyable du n°2 (la rigolade dans la salle de ciné!), je ne suis pas sûr que j’ai envie de me taper ni l’un ni l’autre… Ça a l’air mal joué, moche, mal filmé, brouillon, …
    Et pourquoi donc Simon West? Parce que la mégalomanie de Sly vaut bien un Yes Man.

  5. Jul

    pourquoi ? parce qu’il a la cote, West (le long du grand Pacifique, les vagues…)

    J.

    • Francois Bedex

      Arf, arf, arf!
      J’adore la notice « Films notables » sur le profil de Simon West on Wikipédia: Les Ailes de l’enfer,
      Lara Croft : Tomb Raider, Expendables 2. On peut y ajouter Le Déshonneur d’Elisabeth Campbell, quand même! Tout est là….

      Quand on pense qu’il est le petit-fils d’Herbert Georges West! A moins que ce soit James West? Mae West, peut-être? Même pas?! Rien à sauver, décidemment. 🙂

    • Francois Bedex

      Arf, arf, arf!
      J’adore la notice « Films notables » sur le profil de Simon West on Wikipédia: Les Ailes de l’enfer,
      Lara Croft : Tomb Raider, Expendables 2! On peut y ajouter Le Déshonneur d’Elisabeth Campbell, quand même! Tout est là….

      Quand on pense qu’il est le petit-fils d’Herbert Georges West! A moins que ce soit James West? Mae West, peut-être? Même pas?! Rien à sauver, décidemment. 🙂

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