LES PEINES DU COEUR

Porté à bout de bras par Mathias Malzieu et son acolyte Stéphane Berla, y compris dans les périodes les plus sombres et désespérées de sa production, JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR est pourtant un nouveau rendez-vous manqué du cinéma d’animation français.

Avant tout, il convient de rappeler que JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR est un film à problèmes. Initié au sein de Duboi, cette production Europa s’est pris en pleine face la liquidation judiciaire de ce qui fut, un temps, la plus grande société d’effets spéciaux visuels française. Alors que la production du film était lancée sur les chapeaux de roue, la grosse centaine des membres de son équipe durent pointer au chômage du jour au lendemain, laissant sur le carreau les deux réalisateurs et la productrice Virginie Besson-Silla, qui craignirent sérieusement que leur film soit définitivement mort et enterré. Après plus d’un an de bataille juridique et technologique, le film fut récupéré par Walking the Dog, société belge (les crédits d’impôts locaux ont rendu la délocalisation très rentable pour les producteurs français), qui avait déjà travaillé sur l’appréciable JOUR DES CORNEILLES et le bien moins appréciable UN MONSTRE À PARIS.

3Nous nous devions de rappeler ces faits car ils expliquent, en partie du moins, le ratage de JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR : pour peu que l’on soit légèrement coutumier des films en images de synthèse et que l’on ait un tantinet d’exigence sur un long métrage d’animation, le résultat risque de faire grincer les dents. Sans être honteux, JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR est techniquement daté, visuellement pauvre et les textures sont loin d’avoir l’aspect fait-main que ce projet espère prodiguer. Il est ainsi frappant de noter que ce film est techniquement loin d’égaler la seconde collaboration entre Mathias Malzieu et Stéphane Berla, le clip TAIS-TOI MON CŒUR, l’une des œuvres fondatrices du long-métrage fantasmé par ses instigateurs depuis longtemps.

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Car s’il y a une chose que l’on ne peut pas enlever à JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR, c’est bien la passion des deux auteurs pour ce projet. Malzieu, en particulier, y a compilé de façon trop systématique et sans réelle réflexion à peu près tout ce qui fait battre son cœur, du style néogothique à la peinture romantique, du cinéma des origines (Jean Rochefort y interprète un Georges Méliès réinventé) à la mythologie de l’Angleterre victorienne (Jack l’éventreur fait un caméo totalement incongru). De même, on n’osera pas remettre en cause la sincérité de l’histoire d’amour, une romance adolescente et puérile, mais qui est d’autant plus authentique, que Malzieu fait interpréter l’objet du cœur de son héros par Olivia Ruiz avec qui il a un temps partagé sa vie. Bref, JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR ne manque pas de passion. Le film manque par contre cruellement de savoir-faire.

La rencontre entre Jack (Mathias Malzieu) et Miss Acacia (Olivia Ruiz), l'un des rares moments du film où la sauce prend...Car Malzieu s’est également imposé comme le véritable homme orchestre du film. Et c’est là où le bas blesse : on ne remettra pas en cause le livret, que les fans de Dionysos connaissent déjà (toutes les chansons sont tirées de l’album homonyme). Par contre, force est de reconnaître que Mathias Malzieu n’est ni comédien, ni scénariste et encore moins réalisateur d’animation. Problème : il interprète le premier rôle de ce film, a adapté, seul, son roman en scénario, et coréalise le film avec l’acolyte suscité, Stéphane Berla, un réalisateur œuvrant jusqu’à présent dans le clip et dans la pub, et dont la personnalité n’est franchement pas évidente à la vision du film. Résultat des courses, le film est très mal interprété (sans compter que la voix de quadragénaire de Malzieu détonne dans le corps d’un garçon de dix ans) et le scénario échoue à exposer et respecter les règles et les enjeux de son univers, notamment en ce qui concerne le fonctionnement incompréhensible du cœur de Jack, pourtant au centre de l’intrigue. Évidemment, la mise en scène, l’animation et le look du film sont également très discutables, d’autant plus qu’ils n’ont pas été aidés par la gestation houleuse de la production. Résultat des courses : dans ses instants les plus irritants, JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR ressemble à un vilain ego trip de Mathias Malzieu.

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Au final, JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR a donc plus les défauts de ses qualités, que les qualités de ses défauts : porté avec passion par Mathias Malzieu, qui a continué à croire en son projet durant des périodes extrêmement difficiles, le projet est également étouffé par son initiateur qui a refusé de laisser s’épanouir son œuvre en dehors de son giron. Un constat qui, pour le coup, fait tout de même mal au cœur.

TITRE ORIGINAL JACK ET LA MÉCANIQUE DU CŒUR
RÉALISATION Stéphane Berla et Mathias Malzieu
SCÉNARIO Mathias Malzieu, d’après son roman
CRÉATION DES PERSONNAGES Nicoletta Ceccoli
MUSIQUE Dionysos
PRODUCTION Virginie Besson-Silla
AVEC Mathias Malzieu , Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, Jean Rochefort, Rossy de Palma, Babet, Alain Bashung…
DURÉE 1h34
DATE DE SORTIE 05 février 2014

1 Commentaire

  1. Vivien

    Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette critique. On a un film qui visuellement est très sympa (il m’a fait pensé à Coraline) et émotionnellement très réussi.
    Je ne connais pas trop le micmac qu’il y a eut autour du film, mais il me semble bien mieux réaliser, compte tenu des soucis qu’il semble avoir subit, par exemple que le film de Gans.

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