LES NOUVEAUX BARBARES

DU PLOMB DANS LA TÊTE est disponible en DVD et Blu-ray depuis quelques jours : c’est une bonne occasion pour évoquer le film de Walter Hill, vestige d’une autre époque à la différence qu’on y trouve un Sylvester Stallone qui semble enfin être en paix avec lui-même, et son image publique.

En terminant notre papier sur LE DERNIER REMPART et en évoquant le désintérêt total du public pour le retour d’Arnold Schwarzenegger (qui nous semblait indépendant de la qualité toute relative du film), on se lamentait sur le fait qu’il y avait de très grandes chances pour que DU PLOMB DANS LA TÊTE connaisse le même sort et n’intéresse finalement qu’une petite poignée de personnes : les rescapés des 80’s dont nous faisons partie, cette petite frange de cinéphages qui n’arrivent toujours pas à se contenter aujourd’hui des versions revues, corrigées et expurgées des actioners de l’époque (oui, on parle de toi Neal Moritz !). Et c’est bel et bien ce qui est arrivé, puisque pour un budget annoncé de 55 millions de dollars, le nouveau Stallone a rapporté… 9 millions de dollars aux États-Unis. On appelle ça un gadin ! En même temps, pas besoin d’être devin pour prédire le bide mastoc du film, puisque Sly est coutumier du fait, et ce depuis le début des années 90, ce qui n’était pas forcément le cas d’Arnold, y compris avec des films aussi « mémorables » que DOMMAGE COLLATÉRAL ou encore À L’AUBE DU SIXIÈME JOUR.

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Il faut dire qu’au mieux, DU PLOMB DANS LA TÊTE est juste une petite série B très librement inspirée d’une BD française (son auteur Matz l’évoque rapidement dans un bonus exclusif à l’édition française), et dont les enjeux sont finalement plus que limités (il faut sauver la fille de Sly et casser la gueule au gros enculé qui a buté son partenaire, ça tombe bien, c’est le même mec et… voilà !). Il s’agit donc d’un film court, à l’intrigue prétexte et aux recettes désuètes (c’est un Buddy movie à l’ancienne, façon DOUBLE DÉTENTE du même Walter Hill), au style absolument pas sophistiqué et au montage étrangement elliptique par endroits, ce qui laisse à penser qu’il a totalement échappé au réalisateur, en tout cas dans les premières minutes du film. Nous sommes donc à cent coudées des meilleurs films de Walter Hill, comme LES GUERRIERS DE LA NUIT, EXTRÊME PRÉJUDICE et LE BAGARREUR. Et nous sommes même très loin des fleurons du genre, qu’il s’agisse de L’ARME FATALE ou LE DERNIER SAMARITAIN, sans même évoquer le grandiose POLICE FÉDÉRALE LOS ANGELES. Mais pour les fans de Sylvester Stallone, DU PLOMB DANS LA TÊTE a un argument de poids, puisqu’il démontre à quel point Sly assume désormais totalement ce qui a toujours été la facette la plus clivante de son image publique, à savoir son approche purement émotionnelle de ses rôles, au point de passer pour un acteur primitif pendant de nombreuses années.

Cette humanité poussée dans ses extrêmes a forgé les deux facettes de la carrière de Sylvester Stallone, et c’est précisément ce qui lui a le plus coûté quand il était au sommet de sa popularité, quand il représentait à lui tout seul les excès des années 80. Conscient de la façon dont les personnages de Rambo et Rocky ont été récupérés en termes médiatiques, il dira plus tard que « tout ceci est allé trop loin », et le démontrera d’ailleurs en essayant justement de réprimer ses émotions au maximum, en se forçant même à jouer des personnages plus policés, dont le comportement ne vient pas (uniquement) des tripes. On pense évidemment à ceux de TANGO & CASH ou CLIFFHANGER, mais encore à L’EXPERT et ASSASSINS. Et quand les projets jouent clairement sur sa facette primitive et destructrice (DEMOLITION MAN et JUDGE DREDD), Stallone les aborde avec un étrange réserve propre aux années 90. Aussi basique que cela puisse paraître (et on peut dire que le film de Walter Hill ne pisse pas très loin), DU PLOMB DANS LA TÊTE porte très bien son nom, puisque le personnage de Jimmy Bobo ne s’y exprime finalement qu’en distribuant des pruneaux dans la tronche, faisant totalement abstraction de ce qu’il est permis de faire ou de ne pas faire, y compris en termes de relations sociales appliquées au métier de tueur à gages. Dans une scène assez amusante, son nouveau partenaire lui reproche ainsi d’avoir expédié une pointure du milieu, sous prétexte « qu’on ne peut pas juste tuer un mec comme ça ». La réponse de Sly ? « Je viens juste de le faire » en montrant son fusil. La scène est plutôt marrante en soi, mais elle prend tout son sens car elle intervient juste après un bal masqué, le seul moment du film durant lequel Jimmy Bobo ne peut pas avancer à visage découvert. Et cet aspect frontal est tellement ancré dans le projet que les (maigres) suppléments de cette édition le mentionnent brièvement, notamment lorsque J.J. Perry, le chef cascadeur explique comment les armes de Jimmy Bobo ont été choisies, notamment pour sa propension à vider son chargeur sur ses ennemis sans faire l’économie des balles. Ou comment caractériser un protagoniste en fonction de sa pétoire !

Avec ROCKY BALBOA et JOHN RAMBO, Stallone avait compris qu’il devait revenir à ce qu’il sait faire de mieux, qu’il devait retrouver cette énergie du désespoir qui le caractérise si bien, dans les meilleurs moments de sa carrière. Et il prouve au passage qu’elle ne concerne pas uniquement ses deux personnages fétiches, ni même celui d’EXPENDABLES, un projet initial qui a toujours été présenté comme un dernier baroud d’honneur. L’intérêt du film de Walter Hill réside principalement là, dans le fait que Sly a désormais fait la paix avec ce qu’il a représenté à son époque, et avec ce qu’il représente aujourd’hui. En d’autres termes, DU PLOMB DANS LA TÊTE concerne avant tout les fans de longue date de Sylvester Stallone. Et comme lui, il semble désormais que ce soit une espèce en voie de disparition.

Du Plomb dans la Tête

TITRE ORIGINAL Bullet to the Head
RÉALISATION Walter Hill
SCÉNARIO Alessandro Camon
MUSIQUE Steve Mazzaro
PRODUCTION Kevin King Templeton, Alexandra Milchan, Alfred Gough & Miles Millar.
AVEC Sylvester Stallone, Jason Momoa, Sung Kang, Sarah Shahi…
DURÉE 88 mn
ÉDITEUR Carlotta Films
DATE DE SORTIE En salles le 27 Février 2013. En DVD et Blu-ray : le 10 juillet 2013.
BONUS
Les coulisses du tournage
Entretien avec Matz
Bandes annonces

3 Commentaires

  1. Macfly

    Ca donne envie de lire un article sur la carrière de Stallone !

    A bon entendeur 😉

  2. JCVD

    Un bouquin intitulé « Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière » est sorti récemment. Une analyse plutôt intéressante et assez fine de la carrière de Sly. L’auteur rapproche notamment Stallone de Capra et de la pensée du populisme américain (un mélange d’idées de droite et de gauche). Voilà sans doute pourquoi Sly a été aussi mal compris dans l’hexagone !

  3. Christian

    Et sinon, pas de papier sur Pacific Rim ?

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