LES MAINS DANS LE CAMBOUIS

Énième licence de jeu vidéo foirée au cinéma ? Ersatz cheap de FAST & FURIOUS ? Contre toute attente, NEED FOR SPEED parvient à surprendre. On ne parle pas ici d’un grand film d’action, loin s’en faut. Mais malgré ses nombreux handicaps, le second long-métrage de Scott Waugh parvient à provoquer la sympathie. On n’en attendait pas tant !

À la fin de l’année 2011, l’éditeur Electronic Arts demande à Michael Bay de monter une bande-annonce spéciale pour vendre le jeu vidéo NEED FOR SPEED : THE RUN. La particularité de cet opus est de proposer une vague intrigue criminelle pour justifier une course contre la montre durant laquelle le joueur doit rallier San Francisco à New York en un temps record et en passant à travers toutes les grandes villes des États-Unis. Malgré quelques ajustements (le point de départ et d’arrivée sont inversés !), l’adaptation cinématographique qui nous concerne aujourd’hui propose plus ou moins le même pitch et franchement, on serait prêt à parier notre bifteck que les véritables intentions des dirigeants de EA étaient en fait d’amadouer le réalisateur de TRANSFORMERS pour lui proposer le projet en priorité. Il faut dire qu’un simple coup d’œil sur la bande-annonce du film ci-dessous en dit long sur l’approche artistique des producteurs : grosses cylindrées filmées sous toutes les coutures, mâles alphas au regard perdu dans le vide, deux jolies pépées pour le quota féminin, grosses explosions et Americana gonflée aux hormones… N’en jetez plus, le projet semblait taillé pour le grand Michael ! Dommage pour EA que celui-ci préfère les bagnoles transformables de Hasbro…

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Pour avoir réalisé « Call of Duty – Le film » (c’est tout comme avec l’inédit ACT OF VALOR), Scott Waugh s’impose comme le choix de substitution, l’homme de la situation même, celui qui parviendra à singer les images iconiques du réalisateur de BAD BOYS pour un budget trois fois moindre. Sauf que le style de Michael reste inimitable et d’autres faiseurs du dimanche se sont cassés les dents dessus en essayant de le copier au plan près en faisant du travail de cochon (oui Peter Berg, les regards sont portés sur toi). Mais contre toute attente, même en jonglant avec les impératifs de la production (et ils semblent nombreux), Scott Waugh tente coûte que coûte de faire son film. Difficilement certes, étant donné que le scénario empile les clichetons les uns après les autres mais, dans ses meilleurs moments, NEED FOR SPEED déploie une énergie et surtout une croyance dans le projet qui ne semble jamais venir de cette écriture en mode automatique : d’ailleurs, le choix de rendre hommage à des classiques du genre (James Dean et Steve McQueen sont cités) plutôt qu’aux dernières boursouflures tunées repositionne légèrement le film, pensé à l’origine comme un autre produit dans l’air du temps. Mais dans le film, les courses poursuites sont rarement concernées par cette énergie, si ce n’est peut-être en cas d’enjeu dramatique important mais là encore, il faut faire abstraction d’une mise en image « au cœur de l’action » – comprendre en caméra portée et gros plans flous. Au contraire, et c’est suffisamment étonnant pour le souligner, le réalisateur préfère valoriser l’intensité des rapports humains, et ce malgré son passif en tant que coordinateur des cascades ! Pour tout dire, ce petit supplément d’âme (comprendre que les personnages ressemblent parfois à de vrais gens comme vous et moi !) dans un tel produit formaté est tellement surprenant qu’il fait ressortir malgré lui les autres scènes qui ressemblent clairement à des mémos de producteurs : pour un passage communicatif qui accorde un peu d’espace à l’un des seconds rôles quand celui-ci rejoint l’aventure de manière plutôt farfelue, il faut compter quatre ou cinq passages énervants avec l’éternel sidekick black qui apparaît dans l’intrigue comme un cheveu sur la soupe. Malheureusement, le film souffle régulièrement le chaud et le froid de cette manière.

Dans ses meilleurs moments, NEED FOR SPEED déploie donc une colère larvée, qui attend d’exploser à l’écran. Ces moments de tension palpables, relevés par les qualités humaines déjà citées, démontrent que Scott Waugh avait à cœur de rendre justice à un milieu artisanal qu’il semble bien connaître. Peut-être même que le fait que le film soit dédié à son père Fred (cascadeur automobile et réalisateur de seconde équipe sur LAST ACTION HERO notamment) en dit long sur ses nobles intentions. Ce ne sont malheureusement pas les mêmes que celles des producteurs, et les enjeux financiers reprennent le dessus dans un climax qui ne permet pas au réalisateur de faire aboutir le parcours de son personnage principal, interprété par un Aaron Paul qui ne semble pas encore avoir l’étoffe d’un premier rôle, il faut bien le reconnaître. PG-13 oblige (à moins que les différents partenaires du film soient à remettre en cause ?), le moteur narratif du film – comprendre le désir de vengeance du personnage – n’est jamais mené à terme de manière satisfaisante, si bien que NEED FOR SPEED ne dépasse jamais le stade de l’agréable petit film du samedi soir, qui parvient à impliquer le spectateur juste ce qu’il faut, quand il ne le fait pas grincer des dents à intervalles réguliers. Mais rien que pour sa façon de présenter des protagonistes qui parviennent de temps à autre à s’échapper des stéréotypes dans lesquels ils ont été modelés, NEED FOR SPEED vaut tous les FAST & FURIOUS et les kékés à gourmettes qu’on nous ressert depuis des années !

TITRE ORIGINAL Need for Speed
RÉALISATION Scott Waugh
SCÉNARIO George et John Gatins
CHEF OPÉRATEUR Shane Hurlbut
MUSIQUE Nathan Furst
PRODUCTION John Gatins, Patrick O’Brien & Mark Sourian
AVEC Aaron Paul, Dominic Cooper, Imogen Poots, Scott Mescudi, Ramon Rodriguez, Michael Keaton…
DURÉE 132 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 16 avril 2014

1 Commentaire

  1. Bonne critique, j’ai été le voir grâce à vous et c’est très bien finalement, on ne retrouve le côté NEED FOR SPEED que dans la scène finale (qui reprend l’esthétique de HOT PURSUIT), mais la première partie est plutôt agréable, le milieu qui rend hommage à POINT LIMITE ZERO est sympa comme tout, j’ai même bien aimé la fin près du phare, et si en plus on aime les films de bagnoles des seventies on peut passer outre ses petits défauts car on sent le film sincère fait par un vrai spécialiste de bagnole, l’ombre du grand Hal Needham planant même sur tout le film (et pas en hélico !), bref à voir sur grand écran pour bien en profiter !…

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