LES LIENS DU SANG

Bien que le principe de la préquelle soit désormais bien rentré dans les moeurs, son véritable intérêt jusqu’ici se sera avéré bien plus souvent financier qu’artistique. Moyen facile de relancer à peu de frais une série supposément arrivée au bout de son arc scénaristique logique, l’exercice est souvent bien moins convaincant du point de vue de l’intérêt narratif. Trop souvent, les scénaristes tendent à oublier que la force d’une histoire tient également à ses zones d’ombres et à la capacité du spectateur à remplir les blancs lui-même, les préquelles tendant ainsi à souffrir de cette volonté de tout expliciter dans les moindres détails au point de faire de perdre de sa force à l’oeuvre originale. A ce petit jeu, force est de constater que le jeu vidéo s’en sort en règle générale mieux que son pendant cinématographique, les quelques exemples de préquelles réussies qui nous viennent à l’esprit se situant dans ce domaine. CHAINS OF OLYMPUS, prologue PSP au premier GOD OF WAR étant au nombre de ces réussites, et la saga étant désormais terminée (supposément) sur consoles de salon, on ne s’étonnera donc guère de voir débarquer une deuxième préquelle avec ce GHOST OF SPARTA. Cet opus parvient-il donc à justifier son existence comme autre chose qu’un pur produit destiné à prolonger artificiellement la vie de la franchise ?

Comme souvent, la réponse se situe probablement entre les deux extrêmes. On pourra difficilement nier l’intérêt qu’il peut y avoir pour Sony à garder en vie un de ses titres phares, et pour aussi ambigüe qu’ait pu être la fin de GOD OF WAR III, la préquelle reste l’option la plus logique pour un prolongement immédiat. Et, bien malins, les développeurs de Ready at Dawn peuvent se reposer sur le fait qu’ils exploitent ici une intrigue esquissée dès l’époque du premier épisode, en l’occurrence la quête de Kratos pour son frère disparu révélée dans une vidéo qui se débloquait une fois le jeu terminé. Ce qui n’était alors que le teasing d’un arc narratif potentiel prend désormais corps, et la justification est toute trouvée : tenir enfin une promesse faite aux fans tout autant qu’explorer une piste scénaristique potentiellement riche. Le choix s’avère en outre d’autant plus habile que pareil scénario implique, par le recentrage de ses enjeux à un niveau éminemment personnel pour le personnage de Kratos, une approche plus « intime » que ses pendants sur PS2 ou PS3, donnant ainsi une justification scénaristique à l’inévitable perte de spectaculaire qu’entraine la transition sur portable (même si le jeu ne manque pas de moments épiques, ceux-ci sont fatalement moins impressionnants que ceux du 3).

En outre, le personnage de Kratos, à travers les épreuves qu’il traverse, regagne dans cet épisode une forme d’humanité que les derniers épisodes tendaient à laisser sur le bord de la route (alors même que la reconquête de son humanité était au coeur de l’intrigue de l’original), option qui s’avère payante quant au potentiel d’identification pour le joueur. Tout n’est pas parfait pour autant, et Deimos, le frère de Kratos, aurait en particulier gagné à être plus qu’une présence diffuse jusqu’au climax afin que les enjeux se voient un peu mieux incarnés, mais l’ensemble reste de très bonne facture, et en phase avec le bon travail livré par Ready at Dawn sur CHAINS OF OLYMPUS, surtout qu’ici encore les développeurs parviennent par instants à fusionner narration et gameplay pour un effet maximal (on pense tout particulièrement au passage du retour de Kratos à Sparte, ou à une phase vers la fin du jeu qu’on ne spoilera pas pour préserver son efficacité). S’il fallait trouver un défaut à GHOST OF SPARTA, ce serait essentiellement d’être, un peu à l’instar de GOD OF WAR III, une simple itération sur les épisodes précédents dans ses mécaniques, mais ces dernières restant solides et le jeu sachant introduire suffisamment de variations pour éviter le déjà-joué trop prononcé, on peut difficilement reprocher au jeu de se contenter de bien faire son boulot. Et si on se doute bien que la saga GOD OF WAR continuera sous une forme ou une autre, si GHOST OF SPARTA s’avère être le dernier épisode à mettre Kratos en vedette, nul doute qu’il s’agit là d’un bien bon baroud d’honneur pour notre Grec vénère préféré (et cette fois je vous épargnerais la blague sur le patron).

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