LES LARMES DU SOLEIL

Arrêtez tout, BLADE II est ENFIN disponible en Blu-ray chez nous. Et malgré les modifications, malgré les années passées et malgré un troisième opus qui a sacrément terni la franchise, le film de Guillermo del Toro est le même putain de chef d’œuvre qu’on s’est pris dans la gueule voici maintenant dix ans !

Contrairement au Blu-ray du premier BLADE (voir notre test ici), celui de BLADE II n’est pas une simple upgrade HD. Parmi les bonus qui font leur apparition dans cette édition, on compte un nouveau commentaire audio de Guillermo del Toro datant de cette année, beaucoup moins rigolard que le précédent qu’il avait enregistré à l’époque avec le producteur Peter Frankfurt, mais aussi beaucoup plus réflexif. Autre morceau de choix, une « lecture » du carnet du réalisateur, spécifiquement conçu pour ce film. On connaît les habitudes de Guillermo del Toro, qui s’offre un beau livre relié à chaque fois qu’il se lance dans un projet, afin de le noircir avec ses idées, ses notes personnelles et ses propres dessins. Ce bonus donne ainsi vie à certaines pages spécifiques, choisies par le réalisateur lui-même, qui se lance alors dans un commentaire vidéo sur ses choix, qu’il s’agisse du design – très Bilal dans l’esprit – du vampire millénaire Damaskinos à la peau marbrée, comme des gueules impressionnantes des Reapers, ces vampires malformés qui ont accédé au sommet de la chaine alimentaire. Dernier bonus supplémentaire, une petite interview récente de David S. Goyer d’une dizaine de minutes, dans laquelle le scénariste revient sur sa relation avec Guillermo del Toro, et notamment sur la raison pour laquelle il voulait impérativement que le réalisateur mexicain soit à la barre du projet, quitte à attendre qu’il ait terminé de tourner L’ÉCHINE DU DIABLE en Espagne. En soi, ces quelques bonus de qualité viennent s’ajouter à ceux de l’excellente édition DVD conçue en 2002, et constituent donc un petit plus qu’il serait difficile de bouder, à plus forte raison quand des films plus friqués n’ont pas le droit à un seul module supplémentaire pour le passage sur galette HD. Mais pour autant, c’est le film qui prime, et sur ce point, Guillermo del Toro et New Line nous ont concocté une drôle de surprise (1).

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Même si les différences sont minimes, le montage de BLADE II qui nous est proposé ici n’est pas le même que celui qui est sorti en salles en 2002. Une séquence en particulier a été retouchée : il s’agit du combat entre Blade et Nyssa, qui diffère notamment de manière très légère dans le découpage, mais surtout dans les actions des doublures numériques. Rappelons qu’en son temps, BLADE II fut l’un des films pionniers dans l’emploi des digital stunt doubles, et ce quelques semaines avant la sortie du SPIDER-MAN de Sam Raimi. Mais Guillermo del Toro a toujours déclaré qu’il n’était pas satisfait par certains plans de ce passage, ce qui expliquerait ces modifications discrètes mais néanmoins visibles. Plus étrangement, la problématique n’est pas évoquée par le réalisateur dans les bonus, et encore moins dans le nouveau commentaire audio, ce qui peut surprendre quand on connaît le fonctionnement plutôt franco du bonhomme. D’un autre côté, le director’s cut de MIMIC est la seule version à exister en Blu-ray, mais là encore, on connaît les ravages commis par les frangins Weinstein à l’époque, à l’inverse de BLADE II, qui est resté sous le contrôle de Del Toro, jusque dans les moindres détails. Par exemple, la mort brutalement émouvante de Nomak a bien failli se faire dégager au montage, car les résultats des projections tests exigeaient que le personnage se fasse buter de façon moins noble et surtout, beaucoup plus revancharde.

Maintenant, soyons honnêtes, ces quelques changements sont peut-être préjudiciables d’un point de vue éthique (surtout du fait qu’ils ne sont donc accompagnés d’aucune sorte d’explication), mais ils ne changent pas grand chose à ce monument indéboulonnable qu’est BLADE II. Dix ans après sa sortie, le film de Guillermo del Toro reste un véritable tour de force : une suite qui réussit absolument tout ce qu’elle entreprend, à la fois dans ses scènes d’action absolument dantesques (on en compte trois différentes dans les 20 premières minutes du film !), dans son approche tour à tour romantique et animale de la mythologie vampirique, mais aussi dans son sens inné de la tragédie grecque, dont les codes scéniques et dramaturgiques sont ici repris et mêlés à une imagerie comic-book qu’aucun autre film n’avait encore su saisir à l’époque, et ce sans jamais lésiner sur le gore outrancier ni l’attitude la plus badass qui soit. Dire de BLADE II qu’il s’agit d’un petit miracle que tous les fans de cinéma de genre se doivent de chérir est donc un véritable euphémisme. Mais ceux qui sont venus chercher le spectacle bourrin ultime et en sont ressortis avec le cœur fendu par son final crépusculaire et déchirant savent de quoi on parle… Achat obligatoire, est-ce besoin de le préciser ?

À voir sur Capture Mag : une interview vidéo d’époque de Guillermo del Toro, qui nous parle de la confection de BLADE II.

(1) Un remerciement particulier à l’internaute Neomitch, dont l’œil affuté nous a poussé à vérifier par nous-mêmes les changements apportés au montage du film.

RÉALISATION Guillermo del Toro
SCÉNARIO David S. Goyer
PRODUCTION Peter Frankfurt, Wesley Snipes & Patrick J. Palmer
CHEF OPÉRATEUR Gabriel Beristain
MUSIQUE Marco Beltrami
AVEC Wesley Snipes, Leonor Varela, Kris Kristofferson, Ron Perlman…
DURÉE 117 mn
ÉDITEUR Metropolitan
DATE DE SORTIE En salles en France : le 19 juin 2002. En Blu-ray : le 18 septembre 2012.
BONUS
– Nouveau commentaire audio de Guillermo del Toro
– Commentaire audio du réalisateur Guillermo del Toro et du producteur Peter Frankfurt (VOST)
– Commentaire audio du scénariste David S. Goyer et de l’acteur/producteur Wesley Snipes (VOST)
– Introduction de Guillermo del Toro
– Le pacte sanguin (83’ – VOST)
– De la BD au film
– La mystique vampire
– Le bain de sang de Damaskinos
– Musique alternative
– Instruments à percussions (photos)
– Arrêts sur image
– Les effets visuels
– Le carnet du réalisateur
– Les notes de la scripte
– Pages non filmées du scénario
– Galerie d’images
– Story-boards
– Scènes coupées et alternatives
– Blade 2 : Blood Brothers
– Clip vidéo : « Child of the Wild West » de Cypress Hill et Roni Size
– Guide de survie du jeu vidéo Blade II
– Bandes-annonces

10 Commentaires

  1. jean pierre of the koff

    Je suis d’accord que le film déboîte, mais il est quand même très laid (les costumes gothiques tout prorpres, putain, ah non !)…
    Enfin tu es un fan de Del Toral, Stéphane, je te comprends, mais tout de même.

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Ouh la, pas d’accord. Rien que l’image en haut d’article, elle est à pleurer. Et revoir le film dix ans après, c’est se rendre compte à quel point la direction artistique est cohérente et n’a pas pris une ride. J’aime beaucoup le premier, mais à la revoyure, il a pris un petit coup dans l’aile sur ce point.

  2. jean pierre of the koff

    Je vois ce que tu veux dire, le film est admirablement bien fait, mais pour moi c’est l’esthétique gothique (les costumes) qui a pris un coup. Je la trouve un peu téloche, et pas si loin (attention tu vas hurler) de Underworld.

    Désolé.

  3. jean pierre of the koff

    Mais bon tu m’as donné envie de le revoir.
    Je reviens sur ton article une fois cela fait.
    Cela dit ce sera en dlévédé, parce que le blu-ray je l’ai pas.

  4. Techer

    un putain de film d’action à l’anciènne, je l’ai vue au moins 10 fois et je trouve qu’il n’a pas pris une ride perso, meme la plupart des actionners qui sortent de nos jours il leur prend les fesses à l’aise. J’adore comment il se tape Blade, on dirait un peu Dante de DMC! sérieux il est trop classe ce héros ( ou anti héros ), Wesley Snipes nique tout

  5. El Panda

    Pour moi, BLADE II est au premier ce que MAD MAX 2 constituait pour son prédécesseur : une suite honnête, en tous points dignes – et même jouissive par moments.
    Mais à laquelle manque également le côté sombre et
    radical de son modèle.

    On marche ici, passée l’époustouflante intro (pour moi, et de loin, la meilleure scène du film) sur les chemins balisés de la séquelle « bigger and louder », tant le récit jamais ne surprend.

    Un peu à l’image du ciné de Del Toro, très bon pour créer des univers (la direction artisitique de l’ensemble est irréprochable), mais qui peine ensuite quelque peu à les faire vivre (ou, du moins, à y faire évoluer du vivant)…

    Ce qui n’empêche, bien sûr, nullement d’y prendre du plaisir, que ce soit à la vision de la chose ou des propos du cinéaste, l’un des plus intéressants à écouter parler… ^_^

  6. Techer

    et contrairement a des bullshit comme jason bourne, blade 2 fait parler de lui sept ans après sa sortie, ça veux tout dire.

  7. jean pierre of the koff

    Bah je l’ai revu hier soir, et je dois dire que pour moi la direction artistique ça va pas du tout : les décors font carton pâte à mort, avec les faux tags (ridicules), la lumière pas toujours très belle, et surtout, surtout, je trouve les costumes affreux – vestes en cuir toutes propres, perruques, cheveux peroxydés, marteaux en plastic ! Et putain Donnie Yen avec du eye liner, n’importe quoi ! Et puis le scénar, avec ses twists à deux sous (le traître, ridicule !). Et puis la sous-tech genre jeu d’arcade pour les scènes de baston… Tout ça a très mal vieilli…

    Enfin malgré ça, le film est très impressionnant. Les scènes d’action ont elles super bien vieilli et mettent à l’amende les 3/4 du cinéma d’action contemporain (cela dit je vois pas le rapport avec Jason Bourne). Elles sont super claires, super inventives, super bien découpées, extrêmement brutales. Del Toro s’est amusé et ça se voit, et ça fait plaisir à voir. Le côté IRON MONKEY meets MATRIX meets TEKKEN c’est assez cool je dois dire…

    Mais bon, je suis pas aussi à bloc que vous tous.

  8. Techer

    Bein Jason Bourne une saga d’action non ?
    Et si, Blade 2 reste toujours une claque visuelle. Il a pas pris une ride ( crontrairement au premier ) pour toute le monde sauf toi :p

  9. jean eudes koff

    « Pour tout le monde sauf toi ».
    Es-tu bien certain ?

    Sinon comparer Blade et Jason Bourne, c’est un peu comparer Robocop avec Star Wars. C’est possible, mais à quoi bon ?
    Ma réaction est surtout due au fait que sur ce blog, on aime taper sur Bourne comme si c’était un argument solide. Et si je comprends que le post-Bourne et le montage cut à tout va est devenu fatigant, que la trilogie est sortie, c’était intéressant de le tenter. Fallait pas le répliquer, c’est tout…

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