LES HÉROS N’ONT PAS FROID AUX OREILLES

Les sorties rapprochées du Playstation Move et du Kinect ont entériné l’affaire : le motion gaming est désormais partie intégrante du paysage ludique, quelques années à peine après l’arrivée fracassante de la Wii sur le marché. Si une majorité de joueurs regrettent cet état de fait, arguant que le motion control n’est qu’un gimmick, son extension à l’ensemble des consoles aura au moins un effet bénéfique : celui de voir débarquer des versions HD de certaines pépites auparavant uniquement disponible sur la console de Nintendo. Le début d’année aura ainsi vu l’arrivée d’un portage PS3 de l’excellent DEAD SPACE EXTRACTION, et on attend pour peu ceux du rigolo HOUSE OF THE DEAD : OVERKILL et de MURAMASA THE DEMON BLADE. Et aujourd’hui, c’est la version remasterisée de NO MORE HEROES, le jeu d’action anarchiste issu du cerveau torturé de Suda 51, qui nous avait déjà bien retourné à l’époque de KILLER 7. Si au Japon, ce sont tant les possesseurs de PS3 que de 360 qui ont pu profiter de ce portage, pour l’Europe et les Etats-Unis, il se voit réservé aux seuls détenteurs de la console de Sony, sans doute pour mettre en avant les fonctionalités liées au PS Move, plutôt indissociables du jeu. La question la plus importante cependant reste de savoir si cette nouvelle version vaut l’investissement, tant pour les néophytes que pour ceux s’étant déjà intéressé au jeu lors de sa sortie sur Wii.

Avant toute chose, il convient de signaler l’effort fait quant au portage du jeu, l’éditeur Marvelous Entertainment ne s’étant pas contenté de simplement recoller le jeu original sur un blu-ray pour le vendre au prix fort. Le premier apport évident de cette nouvelle version est bien évidemment le lissage HD des graphismes, qui s’avère réellement bénéfique tant il faut bien avouer que jouer à l’original sur un téléviseur HD piquait les yeux (quand bien même l’esthétique du jeu s’avère plutôt lo-fi dans l’esprit). L’occasion nous est donc enfin donnée de profiter du jeu sans risquer la conjonctivite. Cette nouvelle version voit également le gameplay du jeu « streamliné » pour plus de confort du joueur (option donnée d’aller directement aux missions secondaires et autres jobs sans avoir à passer par l’environnement ouvert, qui a toujours été le point faible du jeu ainsi que de les recommencer directement en cas d’échec; possibilité de stocker les attaques spéciales au lieu de les voir se déclencher directement à l’acquisition) et enrichi tant au niveau du contenu (ajout de nouveaux jobs et missions, possibilités de revoir les cinématiques et de rejouer les combats de boss, présence de cinq boss supplémentaires issus de NO MORE HEROES 2) que de l’esprit délicieusement régressif du jeu (un mode supplémentaire permet de découvrir les personnages féminins du jeu sous un jour plus « révélateur »). Bien évidemment, les fonctionnalités liées à la Wiimote se voit ainsi transposées telles quelles via la présence du Playstation Move, même si le gain de précision de ce dernier ne bénéficie pas foncièrement au jeu tant celles-ci étaient plutôt limitées à la base (pour tout dire, on à même trouvé le cône de Sony moins précis sur certains points, tel par exemple la façon bien particulière de recharger l’arme du héros). Et surtout, cette version HD est l’occasion de réparer le plus gros manquement de l’original, à savoir la censure qu’il avait subie lors de sa sortie chez nous. Voici donc enfin rétablie les gerbes de sang à profusion et les finish move gores sur les ennemis (remplacés à l’époque sur Wii par des pluies de pièces et des désintégration en petits carrés…), respectant ainsi la vision de l’auteur, cette violence exacerbée étant intégrale au jeu et à son discours. En somme, HEROES’ PARADISE est une sorte d’édition collector du NO MORE HEROES original, présentant à la fois le jeu dans sa version Director’s Cut et une somme de petit bonus venant enrichir l’expérience.

Sorti de ces ajouts cosmétiques, le jeu ne change pas fondamentalement dans son déroulement et conserve essentiellement les mêmes qualités et défauts que son équivalent Wii, qui méritent néanmoins qu’on les rappelle. Pour les retardataires, rappelons donc que NO MORE HEROES nous conte l’histoire de Travis Touchdown, un loser ordinaire qui suite à son acquisition sur eBay d’un katana laser se retrouve à devoir livrer combat aux meilleurs assassins de la planète, afin d’accéder au rang de numéro 1 des tueurs et pouvoir par là même coucher avec la belle Sylvia Christel (les amateurs de fauteuil en osier sauront savourer la référence). Un récit délirant pour un jeu qui ne l’est pas moins, Suda 51 accumulant les audaces et les digressions jusqu’à l’absurde pour livrer un authentique jeu anarchiste et punk (rappelons que le slogan de son studio Grasshoper Manufacture est « punk’s not dead »), qui se veut en plus comme probablement ce qui s’est fait de plus meta-discursif dans le milieu depuis un moment. Encore plus qu’un Kojima, Suda 51 cherche à jouer avec le joueur autant que ce dernier joue à son jeu, et à lui renvoyer constamment à la face son statut. Caricature de l’otaku atteint au dernier degré et vivant à travers son parcours un exutoire fantasmé à ses frustrations, obligé de faire des jobs ingrats et répétitifs afin d’accumuler l’argent nécessaire à sa progression dans l’aventure, Travis Touchdown est moins l’avatar du joueur qu’un miroir déformant qui lui est tendu, moqueur autant qu’il est affectueux. Cette nature est à la fois la force du jeu, qui réussit à surprendre constamment, et sa faiblesse (la volonté parodique de Suda se heurte souvent au game design en lui-même, ainsi en est-il de l’environnement ouvert, dont le vide à dessein le rend souvent agaçant à négocier, ou de la nature extrêmement répétitive de la structure ludique, là aussi volontaire mais pénible à la longue). Aussi absurde soit un récit qui prend régulièrement plaisir à tirer le tapis sous les pieds du joueur (en témoigne une révélation finale racontée en vitesse x8!), Suda n’oublie néanmoins jamais la nécessité de le structurer et d’offrir un parcours personnel à son protagoniste, Travis s’avérant au fur et à mesure de l’histoire attachant par la prise de conscience progressive de la nature de ses actes. Humaniser un personnage fonction, voilà qui n’est pas le moindre exploit d’un jeu qui sait que le simple aspect délirant ne peut être la seule béquille dès l’instant où l’on cherche à raconter une histoire. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, NO MORE HEROES reste à essayer, et cette édition HEROES’ PARADISE, qui se présente comme la version définitive du jeu, est l’occasion rêvée pour le faire, que l’on soit néophyte désireux de le découvrir ou qu’on l’ait déjà pratiqué sur Wii, les ajouts venant enrichir l’expérience. Reste maintenant à espérer que la suite, NO MORE HEROES : DESPERATE STRUGGLE, pour l’instant encore exclusive à la Wii, subisse le même traitement.

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