LES GRANDS PLATS DANS LES PETITS

Derrière la métaphore culinaire, #CHEF est un film sur le cinéma. Ou du moins sur la carrière de son scénariste/réalisateur Jon Favreau. Oui, présenté comme ça, c’est peut-être moins intéressant déjà…

Carl Casper est un chef au bout du rouleau. Son patron le force à cuisiner le même menu tous les soirs, il a du mal à prendre du temps pour élever son jeune fils et son envie d’indépendance prend le dessus sur tout le reste. Il craque le jour où un critique culinaire très populaire publie un avis négatif sur son blog. Écœuré par la critique, il décide de lui rentrer dans le lard d’abord sur les réseaux sociaux, puis entre quatre yeux le soir où il l’invite à revenir goûter sa cuisine. Devenu une célébrité du Net pour ce coup d’éclat, Carl est tout de même renvoyé pour son comportement. Après une remise en question, il décide alors de suivre les conseils de son ex-femme et se lance dans la restauration rapide en achetant un camion qui lui permet de sillonner les routes des États-Unis et de tenter de nouvelles expérimentations culinaires.

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Pour celui qui connaît et suit la carrière de Jon Favreau, pas besoin de lire entre les lignes pour comprendre que #CHEF est un film qui relate son expérience hollywoodienne et les frustrations qui en ont découlées. Ancienne gloire du cinéma indépendant de la fin des années 90 à la fois devant et derrière la caméra (avec l’excellent SWINGERS qu’il n’a pas réalisé mais dont il a écrit le scénario et qu’il a porté sur ses épaules), Favreau a depuis passé l’essentiel de sa carrière sur des projets de commande, qu’il s’agisse du piteux ELFE, comme des blockbusters ZATHURA, les deux premiers IRON MAN ou encore COWBOYS ET ENVAHISSEURS. Des méga-cartons dans certains cas, dont la cote de popularité tient autant, si ce n’est plus, du choix de ses partenaires (Will Ferrell, la Marvel) que de sa propre vision du projet. #CHEF opère ainsi comme un retour aux sources, avec un budget modeste, pléthore de guest-stars et l’assurance d’être au centre du projet en interprétant le rôle principal, comme à l’époque de SWINGERS et MADE, sa première réalisation. À la différence près que Jon Favreau n’y apparaît plus comme ce brave comédien qui doute de son potentiel auprès des femmes comme des directeurs de casting (à l’image de son personnage dans SWINGERS), mais plutôt comme un génie méconnu, en pleine crise de la quarantaine et coincé entre les fesses de Scarlett Johansson et l’amour de Sofia Vergara. Forcément question empathie, difficile de plaindre le bonhomme. Mais qu’importe, puisque le vécu l’emporte sur le reste. Ainsi, tous les éléments semblent à leur place dans cette lecture autobiographique, du rôle de mécène excentrique et providentiel tenu par Robert Downey Jr (qui a le droit à sa petite plage pour faire n’importe quoi, du moment que c’est de l’impro) à l’objet du désir représenté par Scarlett Johansson (sa scène marquante cumule bouffe et sexe !), en passant par le jeune enfant qui symbolise cette flamme candide qu’il faut absolument retrouver.

#CHEF tient environ une heure sur ces enjeux dramatiques, avant de voir son intérêt s’écrouler dans la seconde partie, à partir du moment où le personnage de Jon Favreau retrouve une passion créatrice autrefois étouffée par les impératifs commerciaux. Le film enchaîne alors les scènes musicales et les moments de camaraderie masculine (le personnage de John Leguizamo prenant plus d’importance dans cette dernière heure) pour exprimer ce bonheur retrouvé et entraînant, sans rien avoir à exprimer de plus consistant, comme si toute la problématique mise en place s’était envolée en changeant tout simplement d’optique. Alors qu’il nous a convaincu de s’être battu pendant tant d’années pour avoir enfin son mot à dire, il semblerait finalement que Jon Favreau n’ait plus grand chose à raconter. Et sans cette couche de vécu transposée à l’écran, il devient de plus en plus difficile de croire en ces personnages caricaturaux, tout droit sortis des pires stéréotypes hollywoodiens justement. Détail amusant mais révélateur : lors du moment clé qui permet au personnage principal de prendre son destin en main et de revenir aux sources de son art, Jon Favreau décide de faire un plan-hommage à Michael Bay (qu’il a par ailleurs abondamment cité dans IRON MAN), en reprenant l’image emblématique de BAD BOYS, avec le panneau de Miami en contre-plongée (voir l’image ci-contre). On a connu moins hollywoodien comme référence !

TITRE ORIGINAL Chef
RÉALISATION Jon Favreau
SCÉNARIO Jon Favreau
CHEF OPÉRATEUR Kramer Morgenthau
PRODUCTION Karen Gilchrist, Sergei Bespalov & Jon Favreau
AVEC Jon Favreau, Sofia Vergara, John Leguizamo, Emjay Anthony, Dustin Hoffman, Scarlett Johansson, Robert Downey Jr…
DURÉE 109 mn
DISTRIBUTEUR Sony Pictures Releasing France
DATE DE SORTIE 29 octobre 2014

2 Commentaires

  1. Pas de quoi fouetté un geek ! c ‘est un film modeste et il faut le prendre comme tel , en si Favreau était français , on aurai droit à une ignoble promo Druckerienne , nous y échappons !

  2. Lightlinux

    Sa nouvelle cuisine créatrice se résume quand même un panini, hein.. 🙂

    ça pue quand même le luxe et la superficialité (pléonasme).

    Je suis tout de même allé au bout du film. Disons que bon, on se tape quand même 95% de films d4rk, gores jouant le réalisme++, drames, etc… Se laisser aller à regarder quelque chose de simple, bon sentiments, non violent et bah… ça fait du bien!

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