LES COCHONS DANS LA VILLE

En tant que fans de LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES, nous ne pouvions pas passer à côté du GRAND MÉCHANT LOUP, le nouveau film de Nicolas et Bruno. Même si les deux trublions semblent de prime abord assez loin de leur univers habituel, ils confirment leur talent avec un film résolument plus sage, mais dont la facture détonne tout de même dans le paysage français.

Librement adapté du film québécois LES 3 P’TITS COCHONS de Patrick Huard, LE GRAND MÉCHANT LOUP raconte l’histoire de Philippe, Louis et Henri (respectivement interprétés par Benoit Poelvoorde, Kad Merad et Fred Testot), trois frères qui se retrouvent au chevet de leur mère, lorsque celle-ci tombe dans le coma. Malgré le fait qu’ils soient très liés, chacun vit son mariage différemment, avec les frustrations et les mensonges qui vont avec. Philippe est le premier à succomber à la tentation de l’adultère lorsqu’il tombe amoureux de la superbe Natacha, l’incarnation de la jeunesse et de la liberté retrouvées à ses yeux…

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Au vu de son casting et des ambitions initiales du projet, LE GRAND MÉCHANT LOUP ne fait pas vraiment tâche dans le registre de la comédie romantique française, d’autant qu’elle est ici aussi synonyme d’étude des mœurs, comme c’est souvent le cas chez nous. D’ailleurs, la très mauvaise bande-annonce ne semble jamais proposer un film résolument différent du tout-venant de la comédie sentimentale française. Il ne faut cependant pas se méprendre sur le talent de Nicolas et Bruno, et surtout sur leur approche plus sensible et humaine – donc moins cérébrale – que la moyenne des cinéastes français. Plus épuré dans sa narration que ne l’était LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES, ce qui le rend plus abordable d’une certaine façon, LE GRAND MÉCHANT LOUP parvient ainsi à rendre ses personnages attachants en les autorisant tout simplement à se comporter comme ils le font, sans les juger dans leurs névroses quotidiennes. Dans certains cas, c’est même carrément un exploit, notamment quand les protagonistes apparaissent comme des véritables clichés que les deux réalisateurs vont parvenir à casser pour révéler un fonctionnement plus profond qu’il n’en a l’air au premier abord : on pense notamment à Zabou Breitman et son emploi de bourge coincée, ou encore à Lea Drucker et son approche totalement psychorigide du bonheur en couple. Dans ces cas précis, le sens du détail des deux cinéastes fait toute la différence.

Il est déjà rare d’avoir un projet en France qui se repose à ce point sur le conte pour construire ses personnages et la façon dont ils vont évoluer dans l’intrigue, en influant directement sur la thématique avec un sens relativement soutenu. Mais de plus, LE GRAND MÉCHANT LOUP dispense une série d’images qui détonnent dans notre paysage cinématographique, souvent parce qu’elles illustrent brillamment les errances sentimentales de ses protagonistes avec un naturel de mise en scène assez précieux dans notre pays : on pense évidemment à cette drôle de course à moitié à poil dans les couloirs du château de Versailles, qui symbolise en un seul plan la relation fusionnelle et libérée de Philippe et Natacha, mais également aux échanges fantasmés entre les trois fils et leur mère, pourtant dans le coma. D’une certaine manière, LE GRAND MÉCHANT LOUP peut sembler moins drôle et peut-être moins inventif que LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES, mais ici, le sujet, le genre et les thèmes dictent le ton du film, et non l’inverse. En contrepartie, le second film de Nicolas et Bruno dispense quelques véritables moments touchants, qu’il aurait certainement été plus difficile à atteindre en jouant constamment avec la narration, comme ils ont pu le faire par le passé. Moins destiné à devenir une œuvre culte comme LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES (ceux qui l’ont vu savent de quoi je parle), LE GRAND MÉCHANT LOUP n’en est pas moins une œuvre méritante, conçue avec savoir-faire et humilité, et qui démontre que certains de nos réalisateurs sont capable d’adapter leurs obsessions au sujet et au genre qu’ils sont censés traiter. Et ce, même en employant les habitués de la comédie de mœurs franchouillarde moderne que sont Kad Merad et Fred Testot. Comme quoi, le talent et le travail, ça fait parfois des miracles…

LeGrandMechantLoupAffiche

TITRE ORIGINAL Le grand méchant loup
RÉALISATION Nicolas et Bruno
SCÉNARIO Nicolas et Bruno
CHEF OPERATEUR Laurent Dailland
MUSIQUE Eric Neveux
PRODUCTION Eric et Nicolas Altmeyer
AVEC Benoît Poelvoorde, Kad Merad, Fred Testot, Charlotte Le Bon…
DURÉE 1h48
DISTRIBUTEUR Mars Distribution
DATE DE SORTIE 10 juillet 2013

3 Commentaires

  1. Que ce papier fait plaisir. Déjà j’ai beaucoup aimé le film mais surtout la mise en avant de cette perle qu’est La personne aux deux personnes fait plaisir tant ce film est oublié

    Merci Stephane et tout à fait d’accord avec ce que tu écrit.

  2. Zhibou

    Ha ben tiens!
    Je ne n’étais pas du tout intéressé par à ce film. Refroidi par le casting habituelle de la comédie française et par une bande annonce qui n’offre rien de bien neuf.
    Mais maintenant que je sais que cela viens des auteurs de l’excellentissime La personne aux deux personnes, et après cette critique qui donne bien envie, je ferais bien attention de ne pas passer à coté de ce film.

    Merci Stéphane MOÏSSAKIS,
    merci Capture Mag.

  3. Mat

    J’ai beaucoup aimé La personne aux deux personnes à part un final un peu lourd… Donc, j’ai très envie de découvrir ce film. Merci Stéphane.

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