LES 6 SALOPARDS

Si LE FILS DE BATMAN nous a laissé indifférent, l’autre film d’animation avec Batman de cette rentrée s’avère bien plus recommandable. Mieux, BATMAN : ASSAUT SUR ARKHAM parvient même à être surprenant sur bien des points.

Batman fait échouer une tentative d’assassinat sur le Riddler et le renvoie à Arkham. Le super-vilain disposant d’informations sensibles, Amanda Waller remet sur pieds un « Suicide Squad » afin de finir le boulot. Deadshot, Harley Quinn, Captain Boomerang, Killer Frost, King Shark et Black Spider se retrouvent donc chargés d’infiltrer l’asile d’Arkham, avec des bombes implantés dans le cou pour assurer leur bonne coopération. Mais Batman veille, et le Joker va lui aussi venir mettre son grain de sel. Première surprise de BATMAN : ASSAUT SUR ARKHAM : il ne s’agit ni d’une adaptation de comics, ni d’une « origin story », les deux mamelles des films animés DC. Comme son nom le laisse supposer, le film s’inscrit dans l’univers des jeux vidéo estampillés ARKHAM, son intrigue prenant place entre BATMAN : ARKHAM ORIGINS et BATMAN : ARKHAM ASYLUM. Certes, le projet n’est pas forcément original, mais le cadre proposé à l’équipe du film est moins rigide qu’à l’accoutumé, et leur permet même une plus grande latitude créative. À commencer par le traitement de Batman lui-même, qui agit ici comme un personnage secondaire dans le récit, les vrais « héros » étant les méchants qui composent le « Suicide Squad ». Un choix qui s’avère doublement bénéfique : d’abord parce qu’il permet d’éviter la lassitude de voir DC systématiquement se reposer sur une de ses deux figures de proue, ensuite parce que la présence de bad guys en tant que protagonistes permet un ton inattendu. BATMAN : ASSAUT SUR ARKHAM apparaît donc comme une tentative transparente de proposer une œuvre résolument orientée vers un public plus adulte, avec ce que cela implique comme dose de violence graphique et de sexualisation. Si l’on n’échappe pas toujours à une certaine gratuité (surtout pour ce qui concerne la nudité), la démarche est cohérente avec ce que le film met en scène et lui permet de se distinguer immédiatement du reste des productions DC.

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Aussi plaisante et surprenante que soit l’amoralité dont fait montre le film, elle ne suffirait pas à elle seule à soutenir l’intérêt. Fort heureusement, BATMAN : ASSAUT SUR ARKHAM sait s’appuyer avant tout sur la dynamique interne de son groupe central pour charpenter un récit de casse somme toute classique. Ce sont donc avant tout les interactions entre les différents personnages qui donnent corps au film, ce d’autant plus qu’elles balaient un spectre assez large. Citons par exemple la rivalité entre Deadshot et Captain Boomerang, la complicité inattendue de Killer Frost et King Shark ou encore l’amour vache typique entre Harley Quinn et le Joker, des éléments qui amènent une variété bienvenue et propulsent l’action sans temps mort. Par ce biais, les auteurs parviennent à nous faire coller aux basques de leurs protagonistes sans pour autant les adoucir, au point qu’on en regrette presque de voir Batman leur coller une trempe. La seule tentative d’humanisation, par l’entremise de Deadshot et sa fille, apparaît d’ailleurs comme superflue, en ce qu’elle s’appuie plus volontiers sur une connaissance poussée du personnage que sur des éléments diégétiques proprement posés. L’inscription dans le cadre de la franchise ARKHAM a donc un effet bénéfique sur le film, qui se fait également sentir du point de vue de la réalisation. Les critiques adressées au FILS DE BATMAN n’ont pas lieu d’être ici, le design massif hérité des jeux vidéo étant plus soigné et l’animation bien mieux travaillée. Le film a de toute évidence bénéficié d’une plus grande attention et on ne s’étonnera pas de retrouver à sa tête Jay Oliva, déjà responsable des meilleures productions récentes de DC Entertainment (l’excellente adaptation de THE DARK KNIGHT RETURNS par exemple). Le réalisateur prouve encore une fois sa capacité à insuffler du punch à sa narration via un découpage précis et livre ainsi d’excellents moments d’action, notamment toutes celles scènes mettant en scène Batman, qui réussissent à capturer sans effort le style de combat du « Dark Knight » tel qu’il est pratiqué dans les ARKHAM, jusqu’à en reprendre certains mouvements caractéristiques. Sachant que la série des jeux vidéo tient le haut du panier pour ce qui est de la représentation du héros dans l’action, il était effectivement judicieux d’aller piocher dedans et l’action n’en ressort que plus inspirée.

Par sa qualité, BATMAN : ASSAUT SUR ARKHAM vient donc prouver la viabilité du système mis en place par la branche animation de DC Entertainment. On doute en effet fortement qu’un projet pareil se soit vu donner le feu vert au cinéma ou même lors de la période télévisuelle. Alors que les prochaines sorties de la firme relèveront d’un univers partagé mis en place avec LA LIGUE DES JUSTICIERS : GUERRE, souhaitons que des projets atypiques de cette trempe puissent encore creuser leur trou.

TITRE ORIGINAL Batman : Assault on Arkham
RÉALISATION Jay Oliva & Ethan Spaulding
SCÉNARIO Heath Corson
DIRECTION DES VOIX Andrea Romano
MUSIQUE Robert J. Kral
PRODUCTION Sam Register
VOIX Kevin Conroy, Neal McDonough, CCH Pounder, Matthew Gray Gubler, Hynden Walch, Troy Baker, Martin Jarvis, Jennifer Hale, Nolan North…
DUREE  72 min
EDITEUR Warner Home Video
DATE DE SORTIE  03 Septembre 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
Commentaire audio
« Harley Quinn : la reine du Joker »
« Les secrets de l’asile »
Aperçu de « La Ligue des Justiciers : Le Trône d’Atlantide »
4 épisodes tirés de La Nouvelle Ligue des Justiciers, Young Justice, Batman et Batman : L’Alliance des Héros

3 Commentaires

  1. Vous devriez parlé de Ghost in the shell : arise , qui est bien plus pertinent que ces enfilades grand public , qui ne ce donne même plus la peine d ‘ aller aux sources

    • brightLinux

      « Arise » c’est baclé et poseur. « Stand Alone Complex » était assez inégal mais se laissait regarder même si l’animation pouvait piquer les yeux et les proportions des personnages explosaient une scène sur trois.

  2. Pas le meilleur Jay Oliva, mais un excellent film, oui. De là à dire qu’il est original, par rapport à l’animation peut-être, mais cette version du Suicide Squad, avec ces membres (Amanda Waller compris) et des objectifs similaires, c’est exactement ce que nous propose le comics éponyme depuis Flashpoint.

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