L’ERREUR EST HUMAINE

Si quantité de films d’horreurs actuels renvoient aux classiques des années 80, c’est précisément parce que la jeune génération qui œuvre dans le genre a été biberonnée au cinéma de cette époque. Dernier exemple en date de cette tendance : ALMOST HUMAN, premier long-métrage du réalisateur Joe Begos, qui porte ses influences en bandoulière. Est-ce suffisant pour autant ?

Nous sommes en 1987 et Mark disparaît sous les yeux de son meilleur ami Seth et de sa copine Jen, emporté par une mystérieuse lueur bleue dans le ciel. Il réapparait soudainement, deux ans plus tard, mais son comportement a radicalement changé. Seth et Jen tentent de comprendre ce qui a pu lui arriver, mais Mark entame un périple vers un but mystérieux, semant la mort sur son passage.

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Si le choix de l’année où se déroule l’intrigue d’ALMOST HUMAN ne vous a pas mis sur la voie, Joe Begos noie littéralement son film sous les références aux classiques horrifiques des années 80. Entre autres références, on notera ainsi que l’ombre de John Carpenter plane au-dessus du film (particulièrement sa musique), que l’action se déroule à Derry dans le Maine (ville bien connue des aficionados de Stephen King), que le réalisateur fait quelques clins d’œil bien sentis (tel la présence au générique d’un « Fake Shemp » cher à Sam Raimi), que l’affiche renvoie aux video nasties d’antan ou encore que ce bon vieux Stuart Gordon (RE-ANIMATOR) est cité dans les remerciements du générique final. ALMOST HUMAN exploite d’ailleurs un concept central d’horreur mâtinée de science-fiction propre à la décennie, qui vit fleurir des titres comme X-TRO, INSEMINOID et autres HIDDEN dans la foulée du ALIEN de Ridley Scott. Un sous-genre horrifique dont Joe Begos se réclame ouvertement. Autant de références bien senties qui font qu’on serait tout disposé à suivre le réalisateur, pour peu que son travail soit à la hauteur.

Or, passée une scène d’ouverture in media res accrocheuse, le jeune cinéaste montre vite ses limites. Son implication dans le projet est indéniable (il cumule les casquettes de réalisateur, scénariste, producteur et directeur de la photographie) et il fait preuve d’une belle capacité à tirer parti d’un budget dérisoire, notamment dans une reconstitution sans failles de la période choisie et d’impeccables effets gore à l’ancienne. Mais tout le reste pèche notablement, à commencer par l’emploi des références susnommées, dont le poids finit par écraser le film. Car à force de nous renvoyer au travail de ses idoles, Joe Begos finit surtout par attirer l’attention sur le fait que le sien est encore loin de pouvoir s’y mesurer. Dans sa conception, ALMOST HUMAN n’est finalement rien d’autre qu’un petit slasher sans envergure, à la structure répétitive et qui passe totalement à côté de ses rares idées. L’argument de science-fiction, à même d’apporter une once d’originalité au projet, compte tenu de sa rareté dans le genre, n’est jamais exploité, le comportement du monstre ne se différenciant guère de celui d’un boogeyman lambda, à plus forte raison quand ses motivations meurtrières ne sont pas clairement établies. Par dessus tout, ALMOST HUMAN donne la sensation que Joe Begos, malgré son indéniable amour du genre, n’a hélas pas grand-chose à raconter. Ce dont témoigne la durée rachitique du film, malgré un long générique de 8 minutes (qui défile très très lentement) que le réalisateur confesse avoir été obligé de rajouter afin d’atteindre la durée réglementaire pour une diffusion en festival. Le genre de geste qui en dit long.

On ne doute aucunement de la sincérité de Joe Begos mais en cinéma comme ailleurs, les bonnes intentions ne font pas tout et ALMOST HUMAN en apporte encore la preuve. Son deuxième essai s’appelle THE MIND’S EYE et est présenté comme un « thriller de vengeance télékinétique » situé dans les années 90. On ne peut que lui souhaiter de cette fois-ci s’affranchir de ses influences pour mieux affirmer sa personnalité. Son cinéma ne pourra que mieux s’en porter.

PS Il convient de préciser que l’édition Blu-Ray française de Marco Polo propose le film dans un format 1.77, au lieu du 2.35 choisi par le réalisateur. L’image a donc été recadrée pour remplir les cadres de votre téléviseur HD.

TITRE ORIGINAL Almost Human
RÉALISATION Joe Begos
SCÉNARIO Joe Begos
CHEF OPÉRATEUR Joe Begos
MUSIQUE Andy Garfield
PRODUCTION Anthony Ambrosino, Joe Begos, Josh Ethier
AVEC Graham Skipper, Josh Ethier, Vanessa Leigh, Susan T. Travers, Anthony Amaral III, Michael Locicero…
DURÉE 80 min
ÉDITEUR Marco Polo
DATE DE SORTIE 4 Février 2015 (en DVD et Blu-ray)

2 Commentaires

  1. LeRoms

    Merci pour cette review. Dommage, la patine 80’s video nasties faisait pourtant bien envie.

    Sinon en 2015, on recadre toujours le film…ils auraient carrément dû le recadrer façon pan and scan pour être dans la nostalgie video clubesque.

  2. Florian

    C’est tout simplement honteux de recadrer un film pour son édition vidéo de nos jours…

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