L’ENNUI NOUS APPARTIENT

Même s’il dégage dix fois plus de charisme et qu’il est un bien meilleur acteur, Liam Neeson continue de marcher sur les traces de Steven Seagal en faisant grossir son « body count » dans des films d’action crapoteux. Avec ce médiocre NIGHT RUN, on est certes pas encore dans les marais insalubres des séries Z shootées en Europe de l’Est pour trois kopecks que privilégie désormais l’homme au catogan, mais prends garde Liam, sous l’effet de l’accumulation, la pente s’incline de plus en plus…

Ayant déclaré qu’il lui restait sans doute deux années à tout casser pour continuer à flinguer et tabasser du marlou à l’écran, Liam Neeson, avant d’aller jouer les monstres végétaux chez Juan Antonio Bayona et les missionnaires jésuites chez Martin Scorsese, enchaîne donc les films d’action à un rythme soutenu. Troisième collaboration de l’armoire irlandaise avec le réalisateur espagnol Jaume Collet-Serra après SANS IDENTITÉ et NON-STOP, ce NIGHT RUN semble viser un peu plus haut que ses deux prédécesseurs, en tout cas pour ce qui est de ses ambitions puisque le tandem formé par la star et son réalisateur part cette fois-ci braconner sur le terrain d’un James Gray, celui de la tragédie familiale criminelle, genre en général un peu plus noble dans ses thématiques et dans ses codes que, par exemple, le thriller aérien neuneu. Jugez plutôt l’intrigue : Jimmy Conlon (Liam-la-cogne donc), ancien tueur à gages ayant bossé pour son ami le caïd Shawn Maguire (Ed Harris en mode vieux cabot rincé), est un homme au bout du rouleau, hanté par un passé violent qui l’a éloigné de sa famille. Mais lorsque son fils, jeune homme honnête qui a coupé définitivement les ponts avec lui, devient la cible du fils de Shawn, un homme de main impulsif et idiot, Jimmy abat ce dernier sans hésitation, se mettant à dos du même coup un Shawn ivre de vengeance qui va traquer sans répit son vieil ami et son rejeton. On peut voir dans ce drame sombre la patte du scénariste Brad Ingelsby (LES BRASIERS DE LA COLÈRE) mais il faut bien reconnaître qu’à l’arrivée, le réalisateur en place et les producteurs aux manettes ont tout fait pour formater le film sur le modèle des TAKEN-like devenus la spécialité du grand Liam, jusque dans les désormais rituelles menaces téléphoniques de la star.

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Résultat : Collet-Serra, au lieu d’exploiter l’âpreté du New York nocturne dans lequel son film a été tourné, emballe des scènes d’action bordéliques, filme ses fusillades au moyen de ralentis pachydermiques et fait péter sa caméra d’un bout de la ville à l’autre en mode Google Earth sans véritable justification. C’est d’autant plus dommage qu’épisodiquement, le bonhomme sait faire montre de quelques idées de mise en scène efficaces. Les personnages se débattent tant bien que mal au milieu de cette pagaille, sans trop qu’on comprenne comment ils ont pu passer d’un lieu à un autre entre deux scènes, à plus forte raison lorsqu’on vient de les quitter confrontés à une impasse. Entre deux poursuites, on revient donc au sujet central du film à travers des scènes lourdement compassées où Liam n’en finit plus de courber l’échine sous le poids de son passé et les reproches de son petit moralisateur de fils (qui semble ne jamais arriver à se décider s’il va ou pas prendre le parti de son paternel). Pour épaissir leurs personnages secondaires, Collet-Serra et ses producteurs ont embauché une batterie de gueules fatiguées qui ne parviennent jamais à faire exister leur personnage au-delà de la fonction : défilent ainsi à l’écran un Vincent d’Onofrio bouffi, un Bruce McGill éteint, un Holt McCallany qui joue les chairs à canon, le rappeur Common dans une prestation ridicule de tueur aussi méticuleux qu’indestructible qui renaît de ses cendres pour pimenter inutilement un épilogue sans doute jugé trop calme ou encore un Nick Nolte même pas crédité au générique qui apparaît deux minutes dans l’une de ses prestations de vieille carne alcoolisée au bord de l’extinction de voix dont il s’est fait le spécialiste depuis quelques années. À partir de là, on peut se rabattre sur des petits plaisirs simples, comme celui consistant à voir Liam Neeson aligner un bon paquet de méchants entre deux introspections, mais force est de reconnaître que s’il y avait peut-être ici un bon film à faire, ce n’était pas l’avis de ceux qui l’ont fait, apparemment davantage portés qu’ils étaient sur la mauvaise série B ankylosée. Liam, un conseil : arrête tes conneries et retourne devant la caméra de ton pote Joe Carnahan !

TITRE ORIGINAL Run All Night
RÉALISATION Jaume Collet-Serra
SCÉNARIO Brad Ingelsby
CHEF OPÉRATEUR Martin Ruhe
MUSIQUE Junkie XL
PRODUCTION Roy Lee, Michael Tadross & Brooklyn Weaver
AVEC Liam Neeson, Ed Harris, Joel Kinnaman, Boyd Holbrook, Bruce McGill, Genesis Rodriguez, Vincent D’Onofrio, Lois Smith, Common…
DURÉE 114 min
DISTRIBUTEUR Warner Bros France
DATE DE SORTIE 11 mars 2015

2 Commentaires

  1. Moonchild

    Une énorme bouse, une bouillie thématique (tous les lieux communs éculés du polar, un « héros » fatigué en route pour un dernier baroud d’honneur, la rédemption d’un père et d’un fils « indigne » (ah la scène racoleuse avec la mère à l’hosto), un flic persévérant et intègre au milieu de ripoux …) et formelle (des gunfights, bastons et poursuites en bagnoles inregardables).
    A côté, John Wick fait figure de bon film, c’est dire …

  2. Le Veilleur

    Tous les clichés sont là, sauf que le tueur ne renaît pas de ses cendres, il a jamais été montré comme mort (c’est lui qui tire sur Liam quand l’inspecteur essaie de le remonter dans l’immeuble en flammes). Même l’exécution du meilleur ami est un putain de cliché à côté duquel je pensais que le réalisateur allait passer, faussant ainsi totalement le personnage de Ed Harris, plutôt complexe au début.

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