L’ÉMOUVANTE ÉTRANGETÉ

Jamais deux sans trois : après LA TRAVERSÉE DU TEMPS et SUMMER WARS, LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI – en salles ce mercredi 29 août – confirme que Mamoru Hosoda est l’un des plus grands cinéastes actuellement en activité.

Depuis LA TRAVERSÉE DU TEMPS, on sait que le fantastique chez Mamoru Hosoda n’est pas une fin, mais bien un moyen : celui de retranscrire des sentiments aussi intimistes qu’universels. Après la romance adolescente de LA TRAVERSÉE DU TEMPS traitée par le biais du voyage dans le temps, et la chronique familiale de SUMMER WARS relatée à travers une guerre virtuelle épique, Hosoda s’intéresse cette fois aux problématiques liées à la maternité en suivant la vie des hommes animaux des ENFANTS LOUPS, AME & YUKI. Le personnage central du film est Hana, jeune femme très réservée qui rencontre l’amour de sa vie sur les bancs de l’université. L’homme est certes mystérieux, mais il est surtout charmant et attentionné. Seul souci : il est aussi un homme loup qui réprime sa face sauvage pour se fondre parmi les humains. Hana n’en a cure, et aura deux enfants de lui, une petite fille et un garçon. Elle s’apprête à faire face aux joies et aux défis de la parenté, lorsque son homme disparaît brutalement. Débute alors pour Hana un véritable calvaire quotidien, qui va l’amener à réapprendre à se sociabiliser et à gérer les conflits liés aux grandes étapes de l’éducation de ses deux bambins mi-hommes, mi-loups, comme leur père.

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Après les folies baroques de SUMMER WARS, LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI pourrait ressembler à un accalmie dans la carrière du réalisateur : un rythme plus posé, une économie de personnages, un récit plus linéaire… à première vue, le film a des allures de pose dans sa carrière. À y regarder de plus près, il n’en est rien : LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI fait preuve d’une ambition et d’une maîtrise encore plus grande à tous les niveaux. Nul besoin de replacer les enjeux de son film à un niveau national, comme Hosoda le faisait (un peu maladroitement d’ailleurs) dans le dernier tiers de SUMMER WARS : trois personnages, quelques aventures finalement très intimistes, suffisent ici à évoquer des thèmes aussi complexes que le rapport à ses enfants, la gestion du deuil, la relation à nos instincts sauvages, la vie en communauté ou encore le retour à la nature, sujet d’autant plus brûlant qu’il est en train d’ébranler certains fondamentaux de la société nippone. Dans sa délicate virtuosité, le film est à l’image de ses prouesses techniques : s’il semble moins complexe que les folies graphiques du monde d’Oz avec ses mouvements de caméra éblouissants, LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI regorge en réalité d’une foultitude d’images numériques discrètes, parce que superbement intégrées, qui confèrent notamment une réalité vibrante à la représentation de la nature japonaise. Hosoda a pu concevoir le film à sa guise, avec une équipe qu’il s’est constitué personnellement grâce à son nouveau studio Chizu, et visuellement, ça se sent. Ce n’est certainement pas un hasard non plus, si sa mise en scène s’est calmée : plus assurée, plus imparable aussi, elle porte à elle seule des séquences charnières du film, avec des plans séquences mémorables (notamment une brillante scène de passage dans le temps située à l’extérieur des classes scolaires) mais aussi une scène de course à travers la neige totalement euphorisante. Et si SUMMER WARS éblouissait par sa foultitude de personnages et la variété d’un character design d’une rare inventivité, LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI préfère mobiliser ses efforts sur une étude fouillée et à fleur de peau de trois caractères à travers deux décennies, et parvient en quelques petites lignes à traduire graphiquement le passage du temps avec une justesse rarement atteinte.

LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI est donc moins un pur film de monstres qu’une vraie chronique intimiste. Mais en parvenant à relier ses images totalement fantasmagoriques (rahlala, cette transformation du père sous les étoiles !) à des sentiments que nous connaissons tous, il offre un écho émotionnel rare aux éléments fantastiques de son récit. Guillermo Del Toro a déclaré à maintes reprises que, pour lui, le réalisme importe peu, seule la vérité compte. Une maxime qui s’applique merveilleusement bien au bijou d’Hosoda qui fait un beau pied de nez aux défenseurs acharnés du cinéma vérité : car aucune caméra portée, aucune image naturaliste ne peut prétendre parler aussi justement de l’humain que les petits monstres dessinés du génial Japonais.

TITRE ORIGINAL Okami kodomo no Ame to Yuki RÉALISATION Mamoru Hosoda SCÉNARIO Mamoru Hosoda & Satoko Okudera PRODUCTION Takafumi Watanabe, Yuichiro Sato & Takuya Itô DURÉE 117 mn DISTRIBUTEUR Eurozoom DATE DE SORTIE 29 août 2012

1 Commentaire

  1. Quentin LENTZ

    Un film magnifique qui, comme tu l’as dit,
    rentre directe dans ma liste d’arguments pour:  » film qui touche à une vérité intime par le biais d’un montage savant »
    à côté de The Grey de Carnahan 😉

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