LE TEMPS D’UN FILM

Les précédents films des frères Peter et Michael Spierig (UNDEAD, DAYBREAKERS) sont loin de nous avoir convaincus. Et malgré sa réputation flatteuse, nous ne donnions pas cher de PRÉDESTINATION, leur troisième essai qui débarque directement en DVD et Blu-Ray chez nous. La surprise n’en est que meilleure !

Dans PRÉDESTINATION, Ethan Hawke interprète un flic, membre d’une police temporelle, qui se voit confier une ultime mission, en rapport avec un insaisissable poseur de bombes qu’il poursuit depuis des années. Il se retrouve à tenir un job de barman dans le New-York des années 70 et entame une conversation avec un homme bien étrange, auteur de confessions féminines pour magazines, qui pourrait bien détenir la clé de l’identité du terroriste…

Quoiqu’on pense de leur travail, il est difficile de nier l’éclectisme dont font preuve les frères Spierig, notamment dans leur façon d’aborder le cinéma de genre. Après les zombies et les vampires, le duo s’attaque avec PRÉDESTINATION à la science-fiction, et plus particulièrement au thème du voyage dans le temps et des paradoxes temporels. La perspective n’est pas forcément emballante en soi, étant donné que ce sous-genre particulier demande une rigueur d’écriture dont les frères Spierig n’avaient pas fait la démonstration jusqu’alors. On se souvient notamment que DAYBREAKERS était une intrigante tentative de « film univers » rapidement plombé par leur incapacité à exploiter le concept de base. Dans le cas de PRÉDESTINATION, un élément vient cependant changer la donne, puisqu’il s’agit de l’adaptation d’une nouvelle signée Robert A. Heinlein (l’auteur de « Starship Troopers ») intitulée « Vous les zombies » et parue en 1959. Pour la première fois, les deux frères abordent un travail d’adaptation et le font avec une grande déférence envers le matériau d’origine, puisque le déroulé des évènements de la nouvelle est repris dans son intégralité. Les quelques ajouts visent donc essentiellement à étoffer l’intrigue minimaliste, afin d’atteindre une durée de long-métrage et lui conférer de plus larges enjeux, en renforçant au passage la caractérisation des personnages. Le résultat final est parfois bancal en terme de rythme (la faute à un long flashback pourtant indispensable à la construction narrative), mais la charpente de Robert A. Heinlein est bien respectée et le film en conserve même l’intelligence dans le traitement du sujet.

Qu’on ne s’y trompe pas : PRÉDESTINATION reste un petit film modeste dans ses ambitions comme dans le traitement suscité. Les enjeux liés au voyage dans le temps se jouent ici à une échelle personnelle, puisqu’ils affectent avant tout les protagonistes du film et non l’Histoire avec un grand H. En dire plus sur l’intrigue reviendrait à gâcher les révélations qui en font le sel, mais il faut cependant relever que l’utilisation des notions classiques de paradoxe et de boucle temporelle s’inscrit toujours dans une logique de développement émotionnel des personnages. De fait, leur comportement sonne toujours juste, et permet de contrebalancer une certaine prévisibilité, dès lors que la mécanique du récit devient trop visible pour le spectateur. Les frangins Spierig sont en cela bien aidés par leurs comédiens, en particulier la jeune Sarah Snook qui fait office de révélation. Et ce n’est pas peu dire qu’elle confère une humanité poignante à son personnage, d’autant que le rôle est particulièrement improbable sur le papier. La qualité de sa prestation est d’autant plus cruciale que c’est sur elle que se cristallise la thématique de l’identité sexuelle qui sous-tend tout le récit. Déjà présente dans la nouvelle originale, cette question se voit ici abordée avec une grande finesse et permet au film de gagner une plus grande résonance émotionnelle compte tenu des récents débats sur le sujet. Petite réussite, mais réussite tout de même, PRÉDESTINATION nous réconcilie avec le cinéma des frères Spierig, au point de nous faire attendre la suite de leur carrière. Et à l’heure où la science-fiction « à idées » a quasiment déserté nos écrans, on se dit que le film aurait mérité mieux qu’une sortie en DTV qui lui confère une sorte d’anonymat. Nous ne pouvons donc que vous inviter à réparer au mieux cette injustice.

TITRE ORIGINAL Predestination
RÉALISATION Michael & Peter Spierig
SCÉNARIO Michael & Peter Spierig
CHEF OPÉRATEUR Ben Nott
MUSIQUE Peter Spierig
PRODUCTION Paddy McDonald, Tim McGahan, Michael Spierig
AVEC Ethan Hawke, Sarah Snook, Noah Taylor, Christopher Kirby, Madeleine West…
DUREE 98 min
ÉDITEUR SPHE
DATE DE SORTIE 01 Décembre 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
La création de Prédestination : coulisses du film
Un voyage dans le temps : les secrets de Prédestination
Scènes coupées

2 Commentaires

  1. Fest

    Blu-ray chopé hier, visionnage prévu ce soir.

  2. Fest

    Vu, un joli exercice de style qui pousse le concept de boucle temporel dans ses derniers retranchements.

    C’est vrai que certains trucs se grillent assez vite pour les esprits tordus (j’imagine que la surprise doit être plus grande à l’écrit vu qu’il n’est pas nécessaire de « montrer » certaines choses, quand un personnage hors-champ dans un film met nécessairement la puce à l’oreille), mais le récit n’en demeure pas moins assez fascinant.

    Une bonne histoire, bien racontée, ni plus ni moins.

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