LE RENARD ET LE PETIT ROBOT

La récente adaptation en long-métrage des aventures du duo RATCHET & CLANK a fait un passage éclair et peu remarqué dans les salles obscures, rapportant à peine la moitié de son budget en recettes mondiales. En France, il enregistre même moins d’entrées que sa bande-annonce n’a fait de vues sur YouTube. En parallèle de cette sortie, un nouveau jeu débarque sur Playstation 4. Et si le vrai film d’animation était ce dernier ?

Aux cotés de JAK & DAXTER et SLY COOPER, RATCHET & CLANK forme un trio de jeux de plates-formes « à mascottes » que Sony lance sur le marché à l’orée de la Playstation 2, dans le but de doter la console d’une ludothèque conséquente en la matière et d’élargir son public potentiel. Toutes trois bien accueillies en leur temps, les séries connaissent cependant des fortunes diverses. Après une trilogie chacune sur la machine, JAK & DAXTER et SLY COOPER se contentent d’apparitions sporadiques par la suite, leurs créateurs (respectivement Naughty Dog et Sucker Punch) profitant de la génération suivante pour développer de nouvelles franchises. De son côté, le studio Insomniac Games tient bon la barre et la série RATCHET & CLANK continue quant à elle son bonhomme de chemin à un rythme annuel. Si les développeurs tentent à l’occasion de se renouveler avec plus ou moins de réussite (cf RATCHET & CLANK : ALL 4 ONE et son orientation multijoueur), c’est la formule de base et son mélange de plates-formes light et de shooter débridé, le tout dans un univers coloré de cartoon qui fait le succès de la franchise et sa longévité. Celle-ci est donc toute indiquée pour lancer une vague d’adaptations de titres de chez Sony sous label « Playstation Originals » (dont relève déjà la série POWERS adaptée du comics éponyme). Et puisque l’époque est à la synergie de marques, la sortie du film s’accompagne logiquement d’un nouvel épisode console, vendu non sans ironie comme « le jeu adapté du film adapté du jeu ». Tous deux s’attachent à narrer à nouveau la rencontre entre le duo de héros en titre et leur première aventure en commun. Un choix qui parait logique pour le film mais qui entraine de facto le jeu sur le terrain du reboot, une approche potentiellement hasardeuse au vu de la continuité désormais bien établie de la franchise. Dans l’affaire, l’une des deux œuvres se retrouve fatalement redondante, et ce n’est pas forcément celle que l’on pourrait croire.

La bande-annonce « Histoire » de RATCHET & CLANK

Image de prévisualisation YouTube

Si le film se contente de dérouler son origin story afin d’introduire ses héros à un public auprès duquel ils ne sont pas forcément familiers, Insomniac Games voit ce retour aux origines comme un moyen de livrer la version définitive d’un jeu vieux de presque 15 ans. Le RATCHET & CLANK original est donc retravaillé en profondeur, tant dans ses mécaniques qui incorporent désormais certaines des armes les plus populaires de la série ou encore des améliorations de gameplay apparues avec les épisodes ultérieurs que dans sa narration. Celle-ci cherche ainsi à mettre en place une plus grande cohérence entre cet épisode initial et le reste de la série, que ce soit en ramenant dans l’intrigue un futur méchant récurrent ou en dépeignant certains personnages de façon plus raccord avec leurs portraits dans les suites. Plus qu’un reboot, ce premier RATCHET & CLANK sur Playstation 4 est une véritable réinvention de son modèle. En cela, Insomniac Games s’est emparé du projet pour réellement l’inscrire au sein de sa franchise et en faire plus qu’un simple produit dérivé. De façon plus surprenante, le jeu vient également damer le pion au film sur un plan technique. Les RATCHET & CLANK ont toujours consciemment visé une esthétique proche du dessin animé et le passage de la série sur Playstation 3 a déjà occasionné des comparaisons avec les meilleurs représentants de l’animation en images de synthèse. Sans doute hâtif à l’époque, ce parallèle se justifie aujourd’hui pleinement tant ce RATCHET & CLANK nouveau donne nettement la sensation de se retrouver devant un Pixar interactif. Une sensation qui tient autant à l’excellence technique de la réalisation qu’à la profusion de couleurs chatoyantes qui envahissent l’écran ou à des décors qui fourmillent de petits détails d’arrière-plan, donnant ainsi corps à l’univers traversé. Et la comparaison avec le rendu du film est d’autant plus inévitable que le jeu utilise régulièrement des extraits de celui-ci pour ses cinématiques, en plus de celles en temps réel. Ce qui permet de constater que le rendu de ces dernières n’a pas à rougir de la comparaison avec leur homologue sur grand écran et qu’elles le surpassent même pour ce qui est du dynamisme du découpage. Le contraste est d’autant plus saisissant lorsque l’on aperçoit dans les extraits du film des tentatives de faire des séquences façon ride qui n’arrivent pas à la cheville des passages du jeu dans lesquels Ratchet grinde sur des rails. Plus globalement, ce que l’on perçoit du film à travers son inclusion dans le jeu est qu’il ne parvient pas à capitaliser sur les deux mamelles de la série. À savoir l’humour (qui tient autant au duo de héros qu’à l’absurdité de leur univers) et l’action débridée basée sur des armes over the top dont le potentiel destructeur va en augmentant. Dès l’instant où le jeu exploite pour sa part ces deux composantes essentielles et offre un niveau technique équivalent, quelle raison reste-t-il de lui préférer le film ?*

Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque tandis que le film coulait à pic, le jeu a lui enregistré un démarrage record pour la série et s’est confortablement installé en têtes des ventes de plusieurs pays, bien aidé par une presse enthousiaste et un positionnement de prix intelligent. Pensé pour ouvrir de nouveaux horizons à la franchise, le double projet vient surtout la pérenniser avec une popularité accrue dans son format de prédilection. C’est sans doute là ce qu’il pouvait lui arriver de mieux. Et puisqu’un film SLY COOPER est aussi dans les tuyaux, on lui souhaite de tirer les bons enseignements de cette première tentative d’adaptation.

RATCHET ET CLANK de Kevin Munroe est sorti dans les salles françaises le 13 avril 2016. RATCHET & CLANK est disponible sur Playstation 4 depuis le 15 avril 2016.

*Choix d’autant plus aisé sous nos latitudes que le film n’était visible que dans une VF qui remplace les doubleurs habituels du jeu par des « youtubeurs » populaires auprès du jeune public, un choix qui n’a guère plu aux amateurs de la franchise et a du contribuer à les faire rester chez eux. Non sans ironie, les séquences du film incorporées dans le jeu sont quant à elles doublées par les voix françaises habituelles.

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