LE PRINCE DE BEL-AIR

Il n’y a vraiment pas grand-chose à sauver dans THE PRINCE et pour tout dire, on n’en parlerait pas forcément ici, si ce n’est pour la présence de Bruce Willis au générique. Ce n’est pas tant que la star de PIÈGE DE CRISTAL et LE DERNIER SAMARITAIN illumine cette morne série B de sa présence, bien au contraire. Mais s’il fallait une preuve que notre John McClane d’antan fout sa carrière droit dans le mur, alors THE PRINCE se pose là !

Il y a encore peu de temps, Bruce Willis restait une superstar internationale, de cette espèce en voie de disparition, capable d’attirer le public sur la seule base de son nom. Il y a donc de quoi être surpris de le voir aujourd’hui enquiller à son tour les piètres DTV, dont THE PRINCE est le dernier représentant en date. On aura cependant du mal à y voir autre chose que la conséquence logique d’une désastreuse gestion de carrière, dans laquelle Bruce Willis se considère moins comme un comédien que comme un homme d’affaire avisé, susceptible de prêter son image au plus offrant. Peu regardant sur la qualité des scripts et de moins en moins impliqué dans ce qu’il tourne, Willis a réussi en très peu de temps à anéantir son capital sympathie auprès du public. Seule franchise populaire montée sur son nom, la série DIE HARD ne vaut désormais plus un kopeck (le calamiteux cinquième volet ne se sera même pas remboursée sur le territoire américain), ses autres succès plus modestes donnent lieu à des suites qui font des fours (RED 2, SIN CITY 2) et son dernier caméo dans un blockbuster maousse (dans GI JOE : CONSPIRATION) a été tourné il y a maintenant plus de trois ans. Le constat est clair : Bruce Willis n’est plus un acteur bankable.

Considéré comme l’une des premières stars à prendre des risques et baisser son cachet pour des projets qui lui tiennent à cœur (ce fut le cas à l’époque de PULP FICTION, L’ARMÉE DES 12 SINGES et même SIXIÈME SENS), Bruce Willis pourrait recentrer sa carrière sur des productions plus modestes comme LOOPER, OTAGE ou encore MOONRISE KINGDOM, le type de films dans lesquels il aura donné le meilleur de lui-même ces dix dernières années. Hélas, il semblerait ces jours-ci que la star ait décidé de ne plus se déplacer à moins qu’on lui accorde son salaire journalier d’un million de dollars, histoire d’entretenir sa villa à Beverly Hills, son train de vie hollywoodien et l’entourage qui va avec. Fatalement, THE PRINCE porte bien son titre, puisqu’il s’agit du dernier avatar en date d’un nouveau sous-genre du marché vidéo : celui de la série B d’action bas de gamme capable de se payer quelques stars sur le retour pour un cachet princier, afin de coller leurs tronches fatiguées sur l’affiche pour appâter le chaland. Dans ce film, Jason Patric interprète un ancien truand aux méthodes redoutables, qui a décidé de raccrocher les flingues pour devenir un bon père de famille. Forcé de péter à nouveau quelques gueules pour essayer de retrouver sa fille portée disparue, il va croiser la route d’Omar (Bruce Willis), un ancien rival qui partage avec lui un passé tragique.

Si THE PRINCE vous fait penser à un sous-TAKEN, rien de plus normal puisque c’est certainement l’effet recherché. À ceci près que Jason Patric est loin d’avoir la présence physique d’un Liam Neeson et que les multiples empoignades qui parsèment son enquête gériatrique se rapprochent plus d’un Steven Seagal dernière période, jusque dans l’emploi constant de doublures voyantes dès que son personnage doit lever la patte. Reste que Jason Patric fait au moins acte de présence, contrairement à John Cusack ou 50 Cent, dont les rôles transparents auraient pu être tenus par d’illustres inconnus sans que cela ne change rien à la chose, excepté pour son pouvoir d’attraction sur le marché international. Quant à Bruce Willis, il n’a droit qu’à quinze minutes à l’écran, durant lesquelles il réussit malgré tout à se rendre ridicule, passant du non-jeu le plus total à l’hystérie grotesque et ne parvenant jamais à donner corps à un personnage qui, de toute manière, n’existe pas sur le papier. Sa présence en tête d’affiche s’explique donc uniquement par la volonté des producteurs de lui payer son salaire habituel de deux millions de dollars pour deux jours de tournage, un cachet qui lui a d’ailleurs été refusé par la production d’EXPENDABLES 3, ce qui explique qu’il ait été remplacé par Harrison Ford au pied levé.

Image de prévisualisation YouTube

Tourné à la Nouvelle Orléans, ce nouvel El Dorado du DTV, THE PRINCE cumule 32 producteurs à son générique (!!!) et pourtant, aucun d’entre eux n’aura été foutu de faire remonter l’intérêt de la chose, situé bien en dessous du degré zéro absolu. À tel point que le projet ressemble plus à une entreprise légale de blanchiment d’argent qu’à un film digne de ce nom, aussi nul soit-il. Autant dire que la carrière de Bruce Willis n’en sort pas grandie, et les choses ne semblent pas aller en s’arrangeant étant donné que les futurs films annoncés sur son planning sont plus ou moins du même acabit.

TITRE ORIGINAL The Prince
RÉALISATION Brian A. Miller
SCÉNARIO Andre Fabrizio & Jeremy Passmore
CHEF OPÉRATEUR Yaron Levy
MUSIQUE The Newton Brothers
PRODUCTIONRandall Emmett, George Furla, Adam Goldworm, Ho-Sung Pak & Fred Song
AVEC Jason Patric, Bruce Willis, John Cusack, 50 Cent, Rain, Gia Mantegna, Jessica Lowndes, Jonathon Schaech…
DURÉE 93 min
ÉDITEUR Marco Polo
DATE DE SORTIE 28 Janvier 2015 (en DVD et Blu-ray)

2 Commentaires

  1. C’est à en pleuré franchement … quand ont vois l ‘ acteur que cela à étez dans  » la mort vous va si bien  » … RIP Bruce , tu nous manqueras

  2. Et après on se moque de Stallone et de ses Expendables, au moins il essaie de faire quelque chose et y croit quand même encore un minimum, d’autant plus méritoire qu’il est plus âgé que Willis…

Laissez un commentaire