LE PIRE CONTRE-ATTAQUE

Il n’est décidément pas facile d’avoir un jour aimé STAR WARS. Malgré l’entreprise d’auto-sabordage effectué par le grand mamamouchi Lucas avec sa nouvelle trilogie de sinistre mémoire, il reste toujours chez les fans, comme votre serviteur, un fond d’attachement à la saga qui pousse envers et contre tout à s’intéresser au moindre produit dérivé estampillé « sabre laser inside », dans l’espoir de plus en plus maigre de retrouver un brin de la magie originale. Si les CLONE WARS du génial Genndy Tartakovsky avait su répondre à cette attente, le reste de la production depuis s’est avérée globalement médiocre. Ce fut notamment le cas du premier POUVOIR DE LA FORCE mais la logique voulant que les suites en matière de jeu vidéo soient généralement plus réussies, on pouvait raisonnablement attendre de ce deuxième épisode un sursaut qualitatif qui lui permettrait de proposer enfin à nouveau une expérience ludique digne de sa licence. Plus dur sera l’atterrissage…

Ah, on aurait aimé vous dire que ce POUVOIR DE LA FORCE II corrigeait les erreurs de son prédécesseur et concrétisait enfin ses énormes promesses. Ca paraissait pourtant si simple, il auraitsuffi de proposer un système de combat plus robuste, d’ajuster légèrement le gameplay afin de faire vraiment ressentir au joueur la montée en puissance du personnage au fur et à mesure de l’acquisition des pouvoirs de la force, et de maintenir le niveau qualitatif de l’écriture du scénario et du développement de son personnage principal (qui constituaient le principal point fort du premier épisode). Malheureusement, il semblerait que les programmeurs de chez Lucas Arts n’aient pas eu le mémo, le jeu s’avérant, ne mâchons pas nos mots, un ratage quasi-intégral. Histoire de ne pas totalement tirer sur l’ambulance, on accordera au développeurs d’avoir su corriger certains gros problèmes de gameplay qui entâchaient l’expérience du premier épisode. Le combat au corps à corps possède désormais un certain poids et donne enfin l’impression de manier un sabre-laser et non une planche de bois; et on peut enfin raisonnablement s’attendre à choper l’objet voulu en utilisant le force grip. Pour le reste, le design enquille les erreurs grossières avec une régularité telle qu’on finit par se demander ce que l’équipe a bien pu foutre pendant les deux années de développement.

Le pauvre joueur qui n’en demandait pas tant se verra donc obligé de subir un level design dépourvu d’imagination qui se contente d’empiler couloir après couloir quant il ne verse pas dans l’épure absurde (le niveau sur Dagoba se résumant à marcher le long d’un chemin, sans croiser un seul ennemi, pour voir une cutscene !) ou le redondant destiné à rallonger inutilement la sauce (l’inévitable croiseur interstellaire qu’on traverse dans les deux sens sans la moindre variation dans le design…). Le manque total de variété dans les ennemis rencontrés engendre la lassitude dès le deuxième niveau du jeu, d’autant plus que les « options tactiques » dans le combat vendues par les développeurs se résument à devoir employer une stratégie précise contre chaque type d’ennemi, n’offrant ainsi aucune malléabilité dans le gameplay. Quant à la montée en puissance, la plupart des pouvoirs étant débloqués dès le début ou se rajoutant quand les développeurs ont besoin qu’ils soient utilisés et non selon une logique de progression scénaristique, on peine fortement à la ressentir. Par charité, on passera sous silence les QTE tous plus répétitifs les uns que les autres et les boss à rallonge qui provoquent l’effet inverse à celui recherché…

On comprendra donc que l’expérience de jeu est déjà bien pénible, mais par on ne sait quel miracle, l’écriture du jeu réussit à l’être encore plus ! Alors que le scénario était justement le gros point fort de l’original, cette suite s’avère proprement calamiteuse de ce point de vue. Partant d’un postulat casse-gueule (ressusciter le héros de l’original étant à même d’amoindrir l’impact de son final) mais propre à un développement intriguant et un vrai parcours introspectif pour le protagoniste, les scénaristes oublient juste totalement de traiter leur intrigue. Tout l’enjeu consistant à savoir si le personnage est un clone ou non se voit ainsi oublié en cours de route au profit de détours scénaristiques inutiles et d’un recentrage sur une love-story désincarnée, le tout culminant dans un climax qui voit encore Dark Vador passer pour un méchant de pacotille (après le moment « Frankensteinien » de la REVANCHE DES SITHS, on aura droit à la vision d’un Vader saucisonné comme Hannibal Lecter) et met en place l’inévitable suite sans se soucier le moins du monde de boucler les arcs scénaristiques de l’épisode en cours… Quant au virage plus sombre promis par les développeurs, on en cherche encore la trace. S’il suffisait d’avoir Yoda et Boba Fett en caméo pour se hisser au niveau de L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, ça se saurait… LE POUVOIR DE LA FORCE II est donc un superbe ratage, qui échoue totalement à améliorer son modèle déjà perfectible et a tout du jeu à moitié fini. Retrospectivement, le départ de Lucas Arts, avant même la sortie du jeu, de son producteur et scénariste Haden Blackman, aurait du nous mettre la puce à l’oreille quant à la catastrophe qui se profilait à l’horizon. Dans les vidéos promos, les développeurs parlaient de ce jeu comme de leur EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, mais devant le résultat on a surtout l’impression qu’ils sont directement passés au RETOUR DU JEDI !

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