LE PARRAIN DE HARLEM

Revoir NEW JACK CITY aujourd’hui en Blu-ray (avec les mêmes bonus que la précédente édition spéciale en DVD), c’est prendre conscience du fait que le premier film de Mario Van Peebles est tellement ancré dans son époque qu’il a forcément pris un coup de vieux. C’est dire à quel point il était à la mode au moment de sa sortie en salles en 1991 !

Au début des années 90, la culture hip-hop est arrivée à maturité (comprendre en termes de popularité, pas forcément en termes qualitatifs), en s’infiltrant dans des programmes populaires comme IN LIVING COLOR, des films pour enfants comme LES TORTUES NINJAS, et en défrayant la chronique ici et là, quand des rappeurs comme Ice-T en appellent aux meurtres de flics dans leurs propres chansons…  Plus généralement, ce mouvement a créé un marché tel que le « cinéma black » (tel qu’il a été nommé à l’époque) a pu s’engouffrer dans la brèche et produire des dizaines de films plus ou moins revendicateurs, qui ont tous connu une fenêtre de sortie rapprochée, dans les quelques mois qui séparent le passage à tabac de Rodney King et les désastreuses conséquences sociales du procès des policiers qui ont commis la bavure (les émeutes de Los Angeles au printemps 1992). Des films comme DO THE RIGHT THING et autres BOYZ N THE HOOD ont été conçus avant ou pendant ces événements, mais ils sont arrivés à point nommé pour dénoncer les inégalités sociales des citoyens afro-américains, en évoquant les problèmes de front, que ce soit par le biais du drame ou de la comédie.

Image de prévisualisation YouTube

La différence, avec NEW JACK CITY, c’est qu’il part d’une histoire vraie, à savoir l’explosion du crack au milieu des années 80, en se basant sur les méfaits des Chambers Brothers, des membres de gangs de Détroit. Mais très rapidement, le film dérive vers le polar urbain pur et dur, avec une écriture très générique allant jusqu’à exploiter les clichés les plus basiques du genre. D’une certaine manière, il s’agit d’un buddy-movie comme il en existait tant à l’époque, avec une intrigue de vengeance et des personnages à la limite de la caricature (commissaire gueulard en prime). Mario Van Peebles n’a pas vocation à faire un documentaire sur le sujet, et préfère clairement tirer son chapeau à un type de cinéma qu’il affectionne particulièrement. En ce sens, il s’inscrit dans le sillage de son père Melvin, tout en parvenant à se détacher de son ombre envahissante. Car d’une certaine manière, NEW JACK CITY possède clairement l’aura d’un film de blaxploitation dans sa confection, un genre fondé autrefois par Melvin Van Peebles avec WATERMELON MAN et SWEET SWEETBACK’S BAADASSSSS SONG. Mais la hargne du père, qui pourrait être induite par un sujet relativement controversé, est rapidement diluée dans les séquences les plus outrancières du film.

NEW JACK CITY convoque ainsi les aspects les plus « série B » de la blaxploitation, en faisant de Ice-T le modèle de flic incorruptible (un pari à demi réussi, car le rappeur ne livre pas ici sa meilleure performance) et en révélant le charisme de Wesley Snipes dans le rôle de Nino Brown, une crapule très méchante, capable de la pire lâcheté quand il se cache derrière une très jeune fille pour éviter les balles qui lui sont destinées. Mais plus encore que les numéros de cabots de ses comédiens (mention spéciale à Chris Rock, bluffant en junkie repenti), Mario Van Peebles souhaite inscrire le style visuel de son film dans la mode du moment, culturellement identifiable en quelques images, comme un instantané de son époque. Ceux qui veulent avoir une idée précise de la culture « black » du début des années 90 – des sapes colorées au soundtrack Hip Hop / RnB (mais si les vieux, rappelez-vous : I Wanna Sex You Up) – peuvent donc se jeter sur NEW JACK CITY. Un film dont le succès a ouvert la voie à une néo-blaxploitation éphémère et plus portée sur le genre que sur un éventuel contenu social (des titres comme le rigolo PASSAGER 57, toujours avec Wesley Snipes, ou encore l’excellent DERNIÈRE LIMITE). Mais même en grossissant une certaine réalité par le prisme d’un cinéma criard et souvent vulgaire, Mario Van Peebles a mis le doigt sur certaines influences des gangsters afro-américains, et notamment leur fascination pour le SCARFACE interprété par Al Pacino. La « street cred » du film de Brian De Palma n’est plus à démontrer aujourd’hui, mais c’est bien dans NEW JACK CITY qu’elle a été référencée pour la première fois, quand Nino Brown se fait des séances régulières en imitant Tony Montana. Il faut bien rendre à César ce qui appartient à César…

TITRE ORIGINAL New Jack City
RÉALISATION Mario Van Peebles
SCÉNARIO Thomas Lee Wright & Barry Michael Cooper
PRODUCTION George Jackson & Doug McHenry
CHEF OPÉRATEUR Francis Kenny
MUSIQUE Michel Colombier
AVEC Wesley Snipes, Ice-T, Allen Payne, Chris Rock…
DURÉE 100 mn
ÉDITEUR Warner
DATE DE SORTIE En salles en France : le 10 juillet 1991. En Blu-ray : le 17 octobre 2012
BONUS
Commentaire audio de Mario Van Peebles
Bande-annonce
Documentaires
La parodie de Van Peebles
3 clips

Pas encore de commentaire

Laissez un commentaire