LE « NÈGRE » DE SERVICE ?

Comme chaque nouveau film de Quentin Tarantino, DJANGO UNCHAINED déchaine les passions. Mais cette fois-ci, il ne s’agit pas tant de culture cinématographique que de problématique raciale. Le scandale-qui-n’en-est-pas-un ne risque pas de traverser l’Atlantique, et ce n’est pas plus mal : on va pouvoir se concentrer sur le cinéma. Et ça tombe bien, DJANGO UNCHAINED est un film de cinéma, un vrai !

Ceux qui ont attendu la sortie de DJANGO UNCHAINED ont certainement suivi l’affaire : une fois de plus, Spike Lee a pris le micro pour attaquer Quentin Tarantino sur la place publique, en insistant sur le fait que « l’esclavage n’était pas un western spaghetti ». Ce n’est pas faux, mais d’un autre côté, le cinéma n’est pas la réalité non plus. Le réalisateur du génial DO THE RIGHT THING reconnaît ne pas avoir vu le film, et affirme d’ailleurs qu’il n’ira pas le voir, par respect pour ses ancêtres esclaves. De toute évidence, la question est au centre des préoccupations de Spike Lee (1), et ce n’est pas la première fois que les deux cinéastes se tirent dans les pattes par médias interposés, puisque le débat a lieu depuis la sortie de JACKIE BROWN, époque à laquelle Tarantino était déjà accusé d’employer le mot « nègre » à tort et à travers dans ses films. Mais cette fois, Spike Lee a mis le feu aux poudres, et d’autres vedettes viennent en rajouter une couche, comme le rappeur et comique Katt Williams par exemple, qui déclare carrément vouloir casser la gueule de QT, sous prétexte là encore « qu’il se prend pour un noir, et qu’aucun noir ne lui a donné l’autorisation d’utiliser le mot nègre ». Imparable, non ? De toute évidence, le fait que DJANGO UNCHAINED traite d’une part sombre de l’histoire américaine pose problème, au point qu’il est carrément demandé à Quentin Tarantino d’adopter un angle révisionniste dans sa manière de dépeindre le contexte de l’esclavage. Personne n’est encore allé jusqu’à lui dire qu’il aurait mieux fait de faire un bon « film de blanco » à la place, mais la démarche reste tout de même alarmante : au mieux, il s’agirait pour lui d’adopter une sorte de positionnement politiquement correct plutôt étrange, puisqu’on lui demande simplement de ne pas faire son travail de conteur, ou de prétendre alors qu’aucun négrier (voir aucun blanc, voir personne tant qu’on y est) n’a utilisé le mot « nègre » à l’époque de l’esclavage. Au pire, il s’agit d’une forme de discrimination raciale qui prétend que Quentin Tarantino n’a pas le droit d’employer le mot « nègre »… sous prétexte qu’il est blanc ! Peu importe, dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, que cela se fasse en fait sous l’angle de la fiction, et donc par le biais des personnages écrits par QT, dans un contexte très spécifique qui plus est. Une broutille quoi !

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Car il faut bien reconnaître que malgré ce qu’elle se plait à penser, la société américaine n’a pas vraiment réglé ses problématiques raciales, et la sortie controversée de DJANGO UNCHAINED le démontre aujourd’hui avec une certaine vigueur (voir la vidéo ci-dessus, dans laquelle Samuel L. Jackson donne justement l’autorisation à un journaliste blanc d’employer le mot « nègre » !). Les fantômes de l’affaire Rodney King, du Rampart Scandal et des émeutes de South Central sont encore dans toutes les mémoires (pour ne prendre que des exemples de cas afro-américains de ces deux dernières décennies), et il n’est donc pas étonnant que le sujet soit particulièrement sensible. Étrangement, au fil des ans, certains films problématiques comme BLACK/WHITE (le remake inversé de l’emblématique DEVINE QUI VIENT DINER CE SOIR ? – qui démontre que c’est désormais le jeune blanc qui est victime du racisme du patriarche noir) ou encore BLOOD DIAMOND et sa représentation colonialiste des autochtones africains, ne sont pas vraiment inquiétés. Sans même parler de refaire un tour sur toute la carrière du réalisateur (qui devrait parler d’elle-même), il suffit de jeter un œil sur DJANGO UNCHAINED pour comprendre que le débat se borne à l’emploi de quelques termes tabous, et l’interdiction pure et simple de créer une fiction autour d’un sujet aussi sensible (ce qui reviendrait à ne jamais faire un film sur le sujet en fait). Comme KILL BILL, comme BOULEVARD DE LA MORT et comme INGLOURIOUS BASTERDS, DJANGO UNCHAINED puise son inspiration dans le cinéma d’exploitation qui a toujours nourri l’imaginaire de Quentin Tarantino. Il s’agit d’un cinéma qui a toujours été sans équivoque sur ses intentions, et auquel QT apporte sa propre perception de cinéaste, qui ne fait finalement aucune distinction de valeur entre le bon et le mauvais goût cinématographique, du moment que les films lui plaisent. Et comme les films précédents, DJANGO UNCHAINED ne s’inscrit pas forcément dans le genre qu’il prétend représenter. En d’autres termes, il ne s’agit pas vraiment du western spaghetti qu’il prétend être, ne serait-ce que par la référence en titre. Comme pour mettre le spectateur au parfum, QT balance d’ailleurs la chanson de Luis Bacalov dès les premières minutes du film, pour ne plus jamais l’utiliser par la suite. Et l’apparition furtive de Franco Nero fait peut-être plaisir, mais il ne s’agit là que d’un clin d’œil d’un autre temps, un caméo au même titre que ceux de Don Stroud ou James Russo. Si ce n’est évidemment qu’il a été le premier Django…

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De la même manière que JACKIE BROWN n’était pas tout à fait un film de genre blaxploitation, DJANGO UNCHAINED n’est donc pas tout à fait un western. Mais il s’agit cependant d’un véritable film blax pour le coup. Les spectateurs les plus avisés se rendront rapidement compte que DJANGO UNCHAINED marie les deux genres, si ce n’est que le réalisateur les devance littéralement, en l’impliquant directement dans sa narration de manière intradiégétique : ainsi, Django – figure emblématique du western de par son nom chargé d’histoire cinématographique – est le mari de la belle Broomhilda Von Shaft (vous voulez qu’on vous surligne la référence ?), une femme qui lui a été arrachée par ses anciens maîtres. Libéré par le docteur Schultz, une sorte de père de substitution, Django va ainsi traverser un territoire qui lui est tout aussi hostile – si ce n’est plus – en étant libre qu’en étant un esclave, pour retrouver la femme qu’il aime. De fait, en revendiquant sa liberté avec de plus en plus d’assurance au fur et à mesure qu’il s’approche de son but, le personnage principal dicte le genre vers lequel le film bascule, le cinéma blaxploitation étant par essence composé d’œuvres contestataires et revendicatrices de la cause noire. Tout ceci peut sembler particulièrement théorique, mais ce serait oublier la force principale de Quentin Tarantino : au delà de son évident talent de narrateur, le cinéaste aborde le médium cinématographique comme une extension de lui-même, et ses films ou genres préférés sont autant de mémoires cinéphiles qui se mêlent littéralement à sa propre mémoire, celle de son quotidien en fait. On peut lui reprocher une approche parfois trop personnelle sur certains de ses projets (un peu de recul lui aurait permis de constater que son ami Eli Roth n’était pas forcément le mieux placé pour incarner un personnage aussi puissant que le Bear Jew dans INGLOURIOUS BASTERDS), mais celle-ci découle de son seul et unique instinct : un instinct de spectateur qu’il emploie généralement à bon escient depuis qu’il est devenu narrateur, afin de le retranscrire à l’écran, pour le grand public. C’est le prix de sa forte personnalité, de son honnêteté de cinéaste même, celle qui l’a toujours poussée à citer ses sources, quand bien même beaucoup lui ont reproché sa démarche soit disant usurpatrice.

DJANGO UNCHAINED étant un pur film d’exploitation – et Tarantino étant Tarantino – le contexte y est donc abordé de manière frontale, de façon à dépeindre la société de l’époque en fonction du parcours libérateur de Django. En d’autres termes, le contexte sert le récit, de la même manière que le récit se sert spécifiquement du contexte : tous les interdits qu’il va braver avec Schultz (s’asseoir dans un saloon pour boire une bière), toutes les rencontres qu’il va faire (des membres du Klux Klux Klan, ridiculisés par leurs costumes – dans une séquence hilarante), tous les membres de gang qu’il va buter, toutes les injustices raciales dont il va être le témoin (la mise à mort sauvage d’un esclave servant de combattant dans les combats de mandigues), permettent à Django d’assumer son statut d’homme libre de manière progressive. Il n’y a peut-être pas de nuance dans le propos assez franc du collier de QT, mais cela ne signifie pas que le réalisateur ne sait pas mesurer ses effets, pour les faire voler en éclats lors d’une fusillade cathartique et apocalyptique, qui voit Django vider des chargeurs entiers de six coups pour punir les négriers qui se mettent en travers de son chemin. Est-ce un hasard si le morceau de hip hop qui illustre la scène fait alors référence à la chanson The Payback de James Brown, qui devait figurer dans l’un des fleurons de la blax, HELL UP IN HARLEM, la suite du PARRAIN DE HARLEM, avant d’être rejetée car jugée « pas assez funky » ? Évidemment que non, mais DJANGO UNCHAINED ne se borne pas uniquement à être un fantasme de « petit blanc » unilatéral pour autant. Depuis le début du film, QT s’amuse clairement à détourner les clichés raciaux les plus crus (la « saleté » nocive de la couleur de peau, la notion de soumission supposée par la science de l’époque, ou encore une grosse bite en amorce) pour appuyer par opposition la puissance progressive de son protagoniste. Mais c’est en dévoilant son pire ennemi, qui n’est pas forcément celui que l’on pourrait croire, qu’il amorce une idée très intéressante, et probablement plus subversive que l’emploi du mot « nègre ». En faisant de Stephen, le personnage de Sam Jackson (tout en gouaille hilarante), une sorte d’oncle Tom particulièrement énervé, Quentin Tarantino détourne l’une des figures emblématiques de l’esclavage pour signifier que certaines victimes du système, et pas forcément les plus stupides (après tout, c’est lui qui souffle à son maître qu’il est en train de se faire blouser), ont également profités du contexte et de la misère des leurs pour se faire une petite place au soleil. Se situant en opposition totale à Django, jusque dans l’appréciation de son maître (ou encore sa liberté relative, voir comment il profite d’un cognac quand on ne laisse pas Django siroter une bière), Stephen représente ainsi le conditionnement social idéalisé par l’esclavage, une idée brillante qui permet au film de sortir des sentiers manichéens qu’il aurait pu se tracer tout seul. Une idée (et ce n’est pas la seule) qui permet également de constater que QT cherche peut-être à tirer un grand film de genre de son histoire, mais que cela ne signifie pas qu’il n’a pas étudié le contexte historique pour autant, afin de tirer ses propres conclusions. Après tout, comme il le dit lui-même, son film a bien remis la problématique raciale au centre des discussions.

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Le problème, selon certains, serait que l’on ne peut pas vraiment prendre de plaisir avec un sujet aussi sérieux et  quelque part, toujours d’actualité. Et pourtant, dans la grande tradition des précédents films de QT, DJANGO UNCHAINED souffle le chaud et le froid, entre l’hilarité provoquée par certaines situations et l’empathie profonde envers des personnages de pure fiction, dont le parcours devrait pourtant être loin de nos préoccupations quotidiennes de spectateurs. Mais c’est aussi ça, le pouvoir du cinéma, et de la fiction de manière générale. Quoi qu’en pensent Spike Lee et Katt Williams…

(1) Spike Lee a créé sa société de production en 1983 et l’a nommée 40 acres and a Mule, en référence à l’indemnisation promise aux esclaves noirs après la Guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage.

TITRE ORIGINAL Django Unchained
RÉALISATION Quentin Tarantino
SCÉNARIO Quentin Tarantino
PRODUCTION Stacy Sher, Reginald Hudlin & Pilar Savone.
CHEF OPÉRATEUR Robert Richardson
AVEC Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson…
DURÉE 165 mn
DISTRIBUTEUR Sony Pictures Releasing France
DATE DE SORTIE 16 janvier 2013.

29 Commentaires

  1. Djibou

    Faudrait peut être que Spike Lee arrête de ce prendre la tête à vouloir toujours ce servir de ces soit disant conviction pour faire parler de lui,les gens n’oublient pas qu’il n’est plus le bon real qu’il été auparavant.et niveau polémique il a oublié son Miracle à Santa Anna qui historiquement était loin d’être juste,cela pour servir son propre message et sa cause.Donc regarde où tu pisses avant de mater la bite du voisin.

  2. Alexis

    Article long passionnant et intéressant

  3. vincent

    Petite précision, Spike lee (et pas seulement) dénonce le fait que le film traite de l’esclavage sous l’angle du divertissement.
    certaines élites américaines l’on dénoncer également d’autres ont apprécier le film.

    paradoxalement, je crois tout de même que les USA sont bien plus en avance que pas mal de pays en ce qui concerne la race.

    Ce pays a une pluralité dans sa représentation dans toutes les sphères ,médiatique, politique, etc..
    (un président noir avec un nom arabe Hussein Obama est impossible en France)
    bien sur chaque pays à sa spécificité, ils ne sont pas parfait, mais ils son beaucoup plus pragmatique et tolérant que la France

    la France est plus dans le déni, la France a aussi eu une histoire esclavagiste (Bordeaux,Nantes,Montpellier) sont des ports négriers, la Martinique, la Guadeloupe,Guyane et Haiti sont des anciennes colonies réduit en esclavage ,mais préfère l’occulter de sa mémoire..

    • ToT

      Une pluralité de groupes raciaux qui se tirent la couverture chez eux et ont un mépris royal des différences à l’étranger, ça ressemble à une définition très souple du progrès…

      Avec un président noir qui fait la même politique qu’un président blanc, le personnage de SLJ est un pamphlet politique à lui tout seul. Il ne me semble pas qu’envoyer des drones exploser des mômes (basanés) à l’autre bout du monde soit la marque d’une négritude particulière ou d’un pays pragmatique et tolérant.

      • vincent

        je ne confond la politique d’un pays et son président,
        je dis , encore un fois
        que les USA sont beaucoup plus tolérant que ce que l’on veut bien nous faire croire en France, la France donneuse de leçon qui devrait plutôt regarder devant sa porte.

        • vincent

          *je ne confond la politique d’un pays et son peuple

  4. Sarah Sherman

    Spike Lee et Quentin Tarantino sont aussi primaires l’un que l’autre. Deux grands ados dont le processus de pensée n’a jamais dépassé l’âge de 11 ans. Prendre pour référence cette flopée de westerns mal bâtis, mal photographiés, mal écrits, mal joués, en dit long sur l’âge mental de QT. Et l’entendre en parler est pire encore. Le malentendu vient, je suppose , du fait que les intellos lui sont reconnaissants de pouvoir regarder ses idioties immatures sans culpabilité puisque le type a droit à tous les tapis rouges. Un genre de bouc émissaire à l’envers.
    Von Shaft… Il faut l’entendre pour le croire! A ce stade , ce n’est même plus du second degré (QT ne sait pas ce que c’est), c’est du suicide scénaristique.

  5. julien

    Ma chère Sarah…rien que ce que tu écris me fait penser que tu n’as jamais vu plus d’un ou 2 films de Tarantino(oui le mec qui réinventé toute une grammaire cinématographique dans les années 90 ,qui maitrise les lignes de dialogues longues comme du zola et qui rendu au cinéma d’exploitation ses lettres de noblesse et qui a donné envie à des milliers de cinéphiles de se plonger dans ses propres références,que ce soit la blaxploitation ou le film de sabre…).

    Le western spaghetti c’est pas que Terence Hill (et mon nom est un personne est pourtant un chef d’oeuvre ,de la réalisation à la photographie en passant par la direction d’acteurs)…

    Et dire que Tarantino n’a pas de second degré…il faut le lire pour le croire…Je te laisse a tes a priori car il me semble bien que tu ne sais pas de quoi tu parles…

  6. Jean-Guy de Kerkozec

    Sarah, je suis bien d’accord avec vous. Tarantino a des yeux mais aucune perception. Il a une tête mais pas moins d’esprit. Le fait de se faire couronner Roi de la Culture Populaire en dit long sur un certain populisme puéril, fruit des fantasmes du gamin néophyte qui voit en les westerns, ou tout autre fruit des consciences régressives, un soupçon de politiquement incorrect d’une incroyable puérilité.

    Malheureusement, certains sont encore aveugles, quant aux présumés talents des prophètes factices.

    JG

  7. dud

    Excellent !

    Fan de JGdK !

  8. koff de compagnie

    Film virtuose par plein d’aspects, certes,
    avec certaines séquences incroyables,
    mais personne a trouvé ça trop long, trop bavard et un peu chiant ?
    et ne me dites pas « ah ouais t’aimes pas tarantino c’est tout » (l’argument qui tue), parce que si, justement. j’ai juste l’impression que depuis Inglourious Basterds, il tire un peu franchement sur la corde…
    Et moi le dernier acte, ça l’a pas fait du tout… la scène avec tarantino et michael parks est d’une nullité assez déconcertante…
    pareil pour la scène des cagoules du KKK, minable ! enfin désolé, hein, je m’attendais à une charge de malade avec des flammes dans la nuit, à la place j’ai un sketch des Inconnus, ça refroidit un peu…

  9. sam lowry

    « (Spike Lee)…les gens n’oublient pas qu’il n’est plus le bon real qu’il été auparavant »

    Les gens qui n’ont pas vu « la 25eme heure » alors !

    « mais personne a trouvé ça trop long, trop bavard et un peu chiant ? »
    c’est ce que QT fait depuis 3 films non ? 🙂 ,

  10. Tranquillo Barnetta

    Complètement d’accord avec les derniers avis. Le début est vraiment énorme, pas de soucis. La scène du KKK est la 1ère que je trouve ridicule au possible et qui sort vraiment le spectateur du film. A partir de là c’est fini. Toutes la partie à candyland est bavarde et chiante à mourir, et la scène avec Tarantino finit d’achever tout ça. Mais bon, puisque c’est Saint Quentin, tout le monde aime et on lui passe tout.

  11. koff de compagnie

    Moi ce qui me gêne vraiment c’est tous ces débiles qui se foutraient de notre gueule parce qu’on regarde des films de Umberto Lenzi ou de Sergio Corbucci en disant « comment tu fais pour aimer une merde pareille » mais qui se paluchent sur Django Unchained parce que c’est cool et puis c’est « ironique ».
    Enfin bon c’est pas la faute à Tarantino, il aime vraiment ces mecs là, mais les gens qui méprisent le cinéma d’exploitation et qui se prosternent devant la fausse bite de Jamie Foxx, t’as un peu envie de les punir.

    sinon je trouve que tarantino il s’avachit que depuis Inglourious basterds. J’adore Boulevard de la mort, perso.

  12. Sarah Sherman

    @julien. Je vais t’étonner: J’en ai vu au moins 5. J’ai même vu, aussi, des Corbucci, des Tonino Valerii, des Sergio Sollima, et même des Ferdinando Baldi (je sais, je suis héroïque), et une floppée de giallo et de CinéBis …
    Pas certaine que beaucoup, ici, puissent en dire autant.
    Et non, QT n’a pas réinventé la grammaire du cinéma. Je dirais plutôt qu’il la tue… si Spike Lee ne l’avait déjà fait avant lui !

    @Koff : D’accord. Sauf qu’ un Umberto Lenzi avait moins le melon que l’autre empaffé!
    Le problème avec QT c’est qu’il croit trop à sa palme d’or. Il est convaincu de l’avoir méritée… et de continuer à la mériter. Le mec, il peut dire sans se tenir les côtes : « Je suis à mon apogée »…
    Apogée de la connerie, ça, certainement.

    • LordGalean

      « Pas certaine que beaucoup, ici, puissent en dire autant. »

      hé ben dis donc, c’est beau l’humilité, ça va sinon le Melon ?

  13. koff de compagnie

    Je vois pas non plus pourquoi on s’énerverait sur Tarantino, qui fait beaucoup pour la reconnaissance du cinéma de genre.
    Et Sarah, tu y vas fort : qu’on n’aime pas QT, ok, et qu’il aie le melon, c’est plus que vrai, mais quand il parle de cinéma en général il est assez passionnant.
    Je te renvoie à cette interview fleuve et récente où il parle de ses choix sur Django et de la représentation de l’esclavage.

    http://www.theroot.com/views/tarantino-unchained-part-1-django-trilogy?page=0,0

    et sinon les westerns dont tu parles sont pas immatures. C’est simplement des séries B qui déboitent. C’est pas parce qu’on écoute Mötorhead qu’on est un crétin.

  14. Tranquillo Barnetta

    Ok pour tout ce qu’il a fait pour le genre et son refus de tout jugement de valeur entre tous les styles de cinéma. Et il est évident que sa passion et son amour de cinéma sont honnêtes. Mais on est là pour parler de son cinéma et sa personnalité ne devrait en aucun cas nous pousser à être indulgent avec lui. J’ai toujours eu du mal avec son cinéma même si je serais malhonnête de nier la qualité de Kill Bill ou Pulp Fiction entre autre. C’est simplement trop référentiel pour moi, il n’y a jamais d’implication émotionnelle ni de vrais personnages. Mais je reconnais à ces films d’immenses qualités.
    Par contre pour ses deux derniers films pour moi il est vraiment à côté de la plaque. Et j’ai la désagréable impression que par son simple nom il a bataille gagné avant même le film, les gens sont persuadés de voir un chef d’oeuvre et oublient tout esprit critique au distributeur de pop corn.

  15. koff l'écureuil

    TRANQUILLO : j’entends ce que tu dis, d’autant plus que je n’aime pas INGLOURIOUS BASTERDS (trop laid, trop con, trop long), et que je suis partagé sur DJANGO U., mais je sais pas si tu peux résumer l’avis de millions de gens à un effet de mode. Si ses deux derniers films ont autant marché (on est dans les 400 millions au box office international, quand même, c’est démesuré), c’est qu’il y a quelque chose qui résonne chez les gens, ce n’est pas juste une histoire de mode. d’autant qu’il y a beaucoup de bouche à oreille positif sur le film. S’il était moisi, il y a longtemps que les gens auraient abandonné.

  16. Sarah Sherman

    Ben si. La mode c’est justement ça : 3 milliards de crétins qui portent soudain le même tee shirt. Ton argument n’en est pas un. Le nombre n’a jamais donné raison ni de légitimité. Si c’était le cas, il y aurait toujours la peine de mort en France.
    Et d’accord avec Tranquillo : Un mec qui parle bien du cinéma ne fait pas forcément de bons films. Et on parle de ses films. Pas de ce qu’il en dit.
    En outre, ce qu’il déblatère sur John Ford est complètement au ras des pâquerettes, con, et tout sauf passionnant!
    Tiens, justement, John Ford qui, lui, parlait peu, mâchouillait son mouchoir et quand un journaleux lui parlait de la dimension émotionnelle de la pluie dans telle scène de « Fort Apache », il répondait « Il s’est mis à flotter au moment de la prise, l’a bien fallu faire avec ».
    Tarantino est un roublard et un fumiste. Tchatcher, blablater, il sait faire. Pour preuve : ses dialogues ineptes, bâtis exactement sur le schéma narratif des blagues de repas de mariage… Mais version interminable et soporifique.
    Parce qu’on devine toujours assez vite, et quasi inévitablement, ce que va être la chute.

    • koff

      La peine de mort en France !
      Tu penses pas que tu vas un peu loin ? C’est que du cinéma, et je suis pas certain que Tarantino soit ton pire ennemi… c’est un type au contraire beaucoup plus politique que ce qu’on dit, et je trouve ça plutôt pas mal qu’il attaque John Ford sur sa représentation des indiens, alors qu’aux USA, c’est toujours un tabou très fort (comme c’est le cas en France avec les arabes).

      Enfin c’est facile de focaliser sur une ou deux phrases chocs balancées par Tarantino quand le reste du temps, il dit des choses passionnantes.
      Enfin ce que je voulais dire sur son succès, c’est qu’il est difficile de placer ça sur la simple mode et le marketing. Tarantino, ce n’est pas Twilight ou Harry Potter, oui il y a une sorte de « brand » Tarantino, c’est sûr, mais c’est pas juste une mode. Il aborde un sujet fort de manière frontale, il propose un vrai film épique, haut en couleurs, avec des scènes puissantes, enfin un vrai moment de cinéma, pas un truc faible et sans saveur. Enfin je rappelle que je n’ai pas vraiment aimé le film, mais Tarantino a beau être très fier de lui, c’est un type que j’aime bien, et ne peut pas réduire son cinéma à un petit tas de boue et traiter tout le monde de beauf, c’est trop facile.
      Tarantino n’est pas Hitler, bien au contraire.

  17. Tranquillo Barnetta

    Honnêtement, le succès de ses films ne prouvent en rien leur qualité. L’exemple type c’est Burton. Un mec qui a été au sommet artistique et du box office pendant la première partie de sa carrière. Son nom est devenu synonyme de grand cinéma rêveur et poétique, une marque comme tu dis. Et maintenant qu’il est au niveau zéro de la créativité et ne fait que se caricaturer et se trahir, la grande majorité du public trouve toujours son cinéma aussi touchant. La représentation de son cinéma qu’ils se font les poussent à aimer le film avant même la sortie. Et les succès cosmiques de ces films nous montrent que ce sont des gens qui ne vont au cinéma que lors de ces films e Tarantino ou Burton, des gens qui ne connaissent pas les références de ces réalisateurs et ne vont pas voir les grands films qui sortent au cinéma dans le cinéma de genre ( au hasard des hommes sans loi qui est pour moi tout ce que Django aurait du être ).

    Et Tarantino est quand même persuadé de faire un grand film politique, et les critiques le suivent dans son délire en se perdant en analyse du film. Faut pas déconner, on voit juste un noir maltraité par les blanc se venger et tous les liquider. Y a aucune dimension politique dans Django, c’est ultra fun dans le meilleur des cas. 3 zigotos peuvent toujours s’amuser à recréer une polémique sur le mot nègre et sur l’esclavage, les médias peuvent même s’amuser à faire leur beurre dessus. La vérité c’est que la situation est complètement apaisée et digérée de ce point de vue là. Indiens mis à part, les ricains ont toujours su regarder leur histoire en face, souvent très rapidement même.

  18. koff

    « Honnêtement, le succès de ses films ne prouvent en rien leur qualité »
    Je dis pas le contraire, j’ai même répété trente fois que je n’avais pas vraiment aimé le film !

    Après, la manière dont il aborde son sujet de manière très violente, c’est couillu, je suis désolé, on peut pas lui enlever… Les colliers à esclave, la caisse enterrée dans le sol, tout ça, c’est fait de manière frontale, et ça met mal à l’aise plein de gens. le côté « nigger », oui, c’est un peu facile, mais quand même. Quant on lui a reproché de faire un emploi trop systématique des « dick jokes », judd apatow avait répondu « je veux guérir les américains du mot ‘bite’  » et le point de vue est intéressant (et drôle). L’ITV de samuel jackson montré par stef’ moiss’ est à ce titre éloquente. Il y a quand même un problème ce niveau là, et Tarentin Valentino (comme l’a dit une spectatrice à Cannes), il appuie là où ça fait mal…
    Après le film…

    Cela dit, le parallèle avec Tim Burton est pertinent. Mais abusif : perso j’ai jamais aimé Tim Burton (même Beetlefion ça me casse les couilles), et surtout Tarantino n’en est pas à faire Alice au pays des merveilles…

  19. Sarah Sherman

    Ouh diou! Ne me cherche pas sur John Ford et les Indiens, hein. Les Indiens , il leur filait du boulot , car, du pognon, ils en avaient plus que besoin dans les réserves où il venait les chercher! Souvent, même, il rajoutait des morts d’Indiens pour engager plus de gens. Il avait en particulier une grande estime pour un de ces vieux Indiens qui était le Chef Quelque-Chose (pardon, Chef,j’ai oublié ton nom). ça, c’est pour le côté pragmatique.
    Côté morale et postérité :
    La représentation de l’Indien dans tous ses derniers films (et même le dernier où le rôle de l’Indien est remplacé par un chef de guerre chinois), eh bien je souhaite à tous les bien-pensants de penser la même chose car c’est admirable. Sans chichis. Carré. Généreux. Il ne la ramène pas, Ford. Et quand il tourne le Sergent Noir, il te le filme tellement magistralement que la grandeur et l’honneur du Sergent Rutledge, ne font pas le moindre doute !
    Quant à mon exemple de la peine de mort, tu auras compris que je ne l’évoque que pour souligner que la foule n’a pas toujours raison. Et, tiens, ça me fait penser au lynchage, du coup… Ce n’est pas parce qu’une foule d’abrutis décide que Untel est un criminel (ou un génie) que cette foule a raison. Je ne voulais rien dire de plus.
    Tarantino, en matière de cinéma, est en effet mon pire ennemi. Je ne lui en veux pas d’être con. Je lui en veux de faire croire qu’il a une pensée.
    Et surtout qu’il a une pensée politique. Car de ce côté-là, désolée, mais il reste très très flou ! Je lui trouve même un penchant sinistre et inquiétant à se retrouver assez systématiquement du côté des bourreaux… et à s’en réjouir. Et qu’on ne vienne pas me parler de stylisation ou de grand-guignol, ils ont bon dos !
    Bon. Et puis, ses scénarios… pffff ô pôvre !!

  20. koff

    Bon, je capitule devant ton style et ton enthousiasme, même si je te trouve un peu indulgente avec Ford : c’est pas parce qu’il donnait des pennies à des indiens qu’il les respectait : les négriers faisaient la même chose ; deux balles, une soupe et hop, dégage ! Faut voir comment ils crèvent à la fin de la Prisonnière du désert : on se croirait chez Bugs Bunny (yyayayyayya ! ouïe je meurs !). Et la, merde, Tarantino a RAISON !!!
    Après, oui, bon, bref.
    Mais il est bizarre ton pire ennemi.
    Le mien c’est Christophe Honoré. Permets moi de me trouver plus cohérent avec moi-même.
    Enfin, merci pour la discut’s, j’aime bien quand ça s’embroche !!!

    • sarah sherman

      Touché!
      Le nom que tu cites est mon 2e pire ennemi. Ben quoi, on a le droit d’en avoir deux, non…?
      Pour te donner une idée : sur une île déserte, si on me donne à choisir entre l’intégrale de QT ou l’intégrale de l’autre. Je prends QT.
      En regardant ses films, au moins, j’entretiendrais ma soif de vengeance envers ceux qui m’auront obligée à choisir…
      Moi, je me trouve super cohérente au fond.

  21. Tranquillo Barnetta

    Tu vas voir qu’on va finir par être d’accord. Il a pas fait Alice, il a fait Inglourious Basterds, qui est quand même foiré dans les grandes largeurs, tu me contrediras pas. Ba au final la grande majorité du public s’est paluché dessus.

  22. koff

    Tranquillo : partiellement accordé.
    INGLOURIOUS BASTERDS est un gros téléfilm moche et bidon…
    MAIS : la scène de la taverne (jusqu’au gunfight), elle dure presque 30 minutes, et là, quand même, c’est la masterclass…
    Donc…

  23. LordGalean

    « Faut pas déconner, on voit juste un noir maltraité par les blanc se venger et tous les liquider. Y a aucune dimension politique dans Django, c’est ultra fun dans le meilleur des cas.  »

    euh quand même, faut pas exagérer, j’ai pas ultra adoré le film, notamment sa fin, mais je trouve pas que le film n’ait aucune dimension politique, (bien au contraire même). Et il a une dimension cinématographique qui va bien au-delà de ses références « pulp-blax-série B »etc…

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