LE MONDE SELON MARVEL

Double actualité Marvel en cette fin de mois de mars. En plus de la sortie en salles de CAPTAIN AMERICA : LE SOLDAT DE L’HIVER, THOR : LE MONDE DES TÉNÈBRES débarque cette semaine en DVD et Blu-ray. Une bonne occasion de revenir dessus et tenter de comprendre ce qui fait courir la Marvel ces derniers temps…

De prime abord, on ne pourra pas reprocher à Marvel de sortir des sentiers battus lorsqu’il s’agit de choisir un réalisateur différent pour chacune de ses productions. Après tout, malgré leur succès dans d’autres domaines, Shane Black, Joss Whedon ou encore James Gunn ne sont pas encore des réalisateurs de blockbusters certifiés quand ils se lancent dans la confection d’AVENGERS, IRON MAN 3 ou LES GARDIENS DE LA GALAXIE. Leurs précédents travaux ont effectivement connu des sorties confidentielles, mais cela n’empêche pas le producteur Kevin Feige de leur confier des budgets à 200 millions de dollars pour mener les projets du studio à bon port. Il y a une logique derrière ces choix, et elle ne concerne pas uniquement le contrôle du produit. Dans le cas d’Alan Taylor, le fait que le réalisateur ait tourné certains des épisodes les plus appréciés de la série GAME OF THRONES le plaçait comme un candidat idéal pour la suite de THOR aux yeux de la production. Et si on peut accorder une qualité à THOR : LE MONDE DES TÉNÈBRES, c’est bien celle d’avoir abandonné l’esthétique totalement rococo et particulièrement fantaisiste de la purge signée Kenneth Branagh pour une imagerie certes plus générique, mais moins dégoulinante et agressive pour le regard du spectateur. Ceci étant dit, c’est probablement le seul point véritablement positif de cette suite insipide, mais qui a le mérite d’exposer et synthétiser le point de vue quasi-unilatéral que Marvel semble apposer sur ses propres productions.

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Après IRON MAN 3, THOR : LE MONDE DES TÉNÈBRES est le second film de la « phase 2 » de l’univers cinématographique de Marvel. Malgré cela, seule la présence de Loki, ajouté tardivement dans l’intrigue du fait de sa popularité grandissante, fait la connexion avec les événements mis en place dans AVENGERS. Et au-delà du fan service évident (dont l’habituelle scène post-générique), THOR : LE MONDE DES TÉNÈBRES oscille régulièrement entre plages d’humour totalement déconcertantes et pour le moins embarrassantes (on pensait voir un film comic-book, on tombe sur Stellan Skarsgard à poil) et grandiloquence mythologique aux ressorts particulièrement pauvres. Tel qu’il s’inscrit dans les films Marvel, Thor est ainsi présenté comme un futur roi aux allures de grand dadais généralement incapable de discerner les ruses de son frère illusionniste, et dont l’histoire d’amour avec une humaine ne dépasse jamais vraiment le cadre du soap opera pour aboutir vers quelque chose de touchant, étant donné que la romance est fréquemment perturbée par des éléments intempestifs (notamment le personnage ronge-tête de Kat Dennings), et ce jusque dans le plan final après le générique de fin qui juxtapose un baiser tant attendu avec un autre événement du film, histoire de ne jamais laisser s’installer la scène !

Avant cela, THOR : LE MONDE DES TÉNÈBRES cumule les manquements déjà constatés dans le film de Kenneth Branagh, notamment dans cette opposition entre la science et la magie : les scientifiques servent toujours de faire-valoir comiques, tandis que le Mjölnir fait plus que jamais partie de la panoplie mythologique du personnage en titre, sans que son emploi ait été corrigé à l’écran pour le rendre moins grotesque (comme si le marteau flottait dans l’air, sans effet de masse). Cet étrange contraste entre les deux mondes (comme s’il fallait ridiculiser la Terre pour rendre Asgard crédible) atteint son point de rupture dans l’un des pires raccourcis narratifs du film, lorsque le personnage de Jane s’aperçoit qu’elle a du réseau en recevant un appel sur son mobile, et découvre ainsi une faille dimensionnelle qui lui permet de revenir sur Terre ! Les meilleures idées du scénario (un combat final durant lequel les antagonistes traversent les dimensions à coups de roustes) n’aboutissent quasiment sur aucun danger, alors même que Londres ne semble jamais s’effondrer sous le poids de l’attaque des elfes noirs menés par Malekith. La preuve, Thor peut prendre le « tube » londonien pour revenir au combat en trois stations : HU-MOUR !

Malgré le fait que personne sur ce projet ne semble vraiment croire en l’histoire racontée, THOR : LE MONDE DES TÉNÈBRES reçoit néanmoins l’approbation des fans, qui semblent se contenter de quelques éléments des comics traités de loin comme de ce grand spectacle totalement déconnecté des émotions. C’est bien là le plus grand tour de force de Marvel : parvenir à articuler un discours cohérent et fédérateur, alors même que ses créations n’affichent certainement pas la même constance. En d’autres termes, on peut donc se demander si le studio se pare d’une pseudo subversion en engageant des cinéastes certes plébiscités, mais œuvrant plutôt en dehors du système hollywoodien, pour ensuite mieux les noyer dans la sempiternelle même formule, faite de gags et de destruction massive. On peut également supposer que les multiples citations de son catalogue permettent de masquer la déconstruction totale – volontaire ou non – de ses propres icônes. Enfin, on peut légitimement émettre l’hypothèse que le simple fait de marteler que cette méga-franchise a été pensée de A à Z cache une carence artistique bâtie sur de simples caméos montés en épingle. Dans un cadre à ce point réglementé par la notion de paraître, seules les grandes gueules peuvent encore arriver à faire valoir leur propos. Car au jeu des apparences et à la maîtrise des illusions, Marvel n’a finalement rien à apprendre des manigances de Loki…

À LIRE EGALEMENT
Notre critique de IRON MAN 3
Notre interview de Shane Black au moment de la sortie de IRON MAN 3
Notre critique de CAPTAIN AMERICA : LE SOLDAT DE L’HIVER

TITRE ORIGINAL Thor : The Dark World
RÉALISATION Alan Taylor
SCÉNARIO Christopher Markus, Christopher Yost & Stephen McFeely
CHEF OPÉRATEUR Kramer Morgenthau
MUSIQUE Brian Tyler
PRODUCTION Kevin Feige
AVEC Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston, Anthony Hopkins, Christopher Eccleston, Jaimie Alexander, Zachary Levi, Ray Stevenson, Idris Elba…
DURÉE 112 minutes
ÉDITEUR The Walt Disney Company France
DATE DE SORTIE 30 octobre 2013 (en salles en France) 26 mars 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
Commentaire audio
Deux frères : Thor et Loki
La musique Brian Tyler
6 scènes coupées ou rallongées
Édition unique Marvel : « Longue vie au Roi »
Bêtisier
Premières images : « Captain America – Le soldat de l’hiver »

2 Commentaires

  1. xenocross

    Excellente critique, même si vous pouviez allez plus loin dans le cassage en règle (vous avez pas parlé de ian, sidekick de kat dennings.) Et pour la scène de la grotte, je soupconnes fortement joss Whedon d’en être l’auteur car la prod a fait « appel à son aide » pour se débloquer dans le script.

  2. LordGalean

    Marvel (les comics) a toujours eu ce mélange d’humour un peu plat et de sérieux, m’enfin faut pas déconner, on atteint jamais le niveau des DC en termes de sérieux. Reprocher à un film Marvel ce qui fait la spécificité de la boite depuis ses débuts, je trouve ça vraiment trés étonnant ? (ya qu’à voir qui a racheté Marvel pour s’en convaincre ;))

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