LE DISCIPLE DE HONG KONG

D’abord conçu comme un titre à part entière avant d’intégrer – et quitter – la licence TRUE CRIME, SLEEPING DOGS revient à la source en changeant d’éditeur. Malgré cela, ce nouveau jeu en monde ouvert garde les complexes habituels de ceux qui se positionnent dans le sillon de GTA et maintenant ARKHAM CITY.

Sur le papier, il faut reconnaître que l’idée de situer un jeu en monde ouvert à Hong Kong – avec tout ce que cela comporte de missions référentielles au cinéma local de la belle époque – met l’eau à la bouche. Et les premières heures du jeu font la blague : à chaque croisement, on se fait pourrir en cantonnais par les automobilistes et les passants que l’on manque d’écraser, et l’environnement est retranscrit avec suffisamment de dépaysement, jusque dans la conduite à gauche qui demande toutefois un temps d’adaptation, reconnaissons-le. Malheureusement, si SLEEPING DOGS nous prend par les sentiments avec une ambiance encore peu exploitée sur console, il révèle très rapidement ses limites. L’idée d’incarner un flic qui s’infiltre dans une triade est excellente, notamment dans l’idée de faire évoluer le gameplay et le système économique typique des jeux en monde ouvert, mais en termes de motivation, le fait que le but premier de votre personnage (venger la mort de sa sœur) soit rapidement atteint empêche le joueur de se connecter à son parcours, si ce n’est de manière artificielle. Et c’est tout le problème de l’écriture de SLEEPING DOGS, qui joue sans cesse avec la frustration du joueur, en faisant apparaître et disparaître des protagonistes plus ou moins importants au fur et à mesure que l’intrigue avance et que les besoins du gameplay se font ressentir. Exemple frappant, même s’il concerne principalement les missions secondaires (mais un bon jeu en monde ouvert ne peut pas les négliger pour assurer son immersion) : les amourettes, qui sont généralement bouclées en une petite mission, que ce soit avec une touriste ou une petite geekette, afin de nous permettre simplement d’apprendre de nouvelles capacités (comme crocheter des serrures par exemple). Le souci, c’est que les jeunes femmes disparaissent carrément de votre répertoire une fois que la mission est accomplie, comme si elles ne servaient que le gameplay, plutôt que l’intrigue du jeu, ou tout du moins son aspect social. Ce que le joueur gagne en épuration du gameplay, il le perd en termes d’immersion, et même les plus gros rebondissements de l’intrigue n’ont aucune incidence réelle sur sa progression, puisque balancer ses potes aux flics n’a par exemple aucune répercussion. Ainsi, le fait que l’intrigue du jeu (notre personnage Wei Shen n’infiltre qu’une seule triade, et ne monte pas vraiment en grade par la force des choses) ne se marie pas harmonieusement avec le gameplay est probablement l’une des plus grosses problématiques de SLEEPING DOGS. Mais ce n’est pas la seule.

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L’impression de « déjà vu » guette le joueur au fur et à mesure qu’il devient évident que SLEEPING DOGS propose un gameplay systémique censé rassurer le joueur : les mêmes tâches (filature, baston, poursuite, fusillade) sont sans cesse proposées au joueur, mais sans forcément lui laisser le choix des armes. Ainsi, le simple fait de trouver un flingue est un véritable parcours du combattant, y compris après avoir fait monter les capacités de son personnage au maximum, et celles-ci sont généralement disponibles pour des missions précises. Le reste du temps, les bastons à mains nues (perfectibles, malgré un système emprunté à ARKHAM CITY, notamment dans le fait que les commandes prennent un temps fou à réagir après qu’un assaillant a porté le premier coup), ou tout simplement la fuite, sont régulièrement les seules issues possibles, et la notion d’enfermer la prise en main du joueur au lieu de lui laisser la possibilité de choix du mode opératoire est contraire aux principes de monde ouvert, aussi illusoires soient-ils. Du coup, l’envie de terminer l’intrigue principale est simplement motivée par la curiosité, plutôt que par la qualité générale et homogène de l’ensemble.

Ceci étant dit, SLEEPING DOGS tente régulièrement de cumuler les petites trouvailles, avec un esprit bon enfant qui transparaît ici et là, que ce soit dans les sessions de karaoké, les passants qui refusent de quitter le champ de votre appareil photo et auxquels il faut botter le train, ou encore dans les vols de sac à main, une petite idée qui aurait pu caractériser notre personnage comme un véritable chien de rue, afin de signifier sa progression dans l’intrigue. On se retrouve donc à évoluer dans un monde intriguant, que l’on aimerait vraiment parcourir de fond en comble, si ce n’est pour la rigidité du gameplay, mais aussi des développeurs vis à vis de leurs influences cinématographiques. Car pour un costume de Bruce Lee dans LE JEU DE LA MORT qu’on se plait à enfiler pour aller batailler dans les quatre fight clubs de la carte, SLEEPING DOGS cumule les occasions manquées. Certes, le jeu propose des courses poursuites endiablées digne du BAD BOYS 2 de Michael Bay quand il faut tirer dans les pneus de ses poursuivants pour les faire voltiger sur l’autoroute, mais quand il s’agit de puiser dans le panthéon du cinéma local, les développeurs ratent le coche. Par exemple, un manque se fait clairement ressentir lors d’une banale fusillade à couvert dans un hôpital de Hong Kong, alors que l’on pense évidemment au plan séquence dantesque du À TOUTE ÉPREUVE de John Woo. Même souci avec le système de parkour proposé par le jeu : on aurait espéré que le level design propose ainsi un parcours alternatif, digne des meilleurs films de Jackie Chan, afin de pouvoir sauter d’un building à l’autre dans une logique proche de celle d’un ASSASSIN’S CREED, mais c’est une option réservée à une mission-couloir en fin de jeu, afin de permettre à Wei de prendre la fuite.

Bref, il est évident que l’engouement suscité par SLEEPING DOGS est lié à l’affection des joueurs pour le cinéma de Hong Kong. Et la conjoncture fait également son affaire, étant donné que le jeu de United Front Games comble un vide généré par l’insupportable attente de GTA V. Mais malgré toute la sympathie que ses intentions peuvent générer, SLEEPING DOGS manque de souplesse et de réalisme, face à la hauteur de la barre fixée par ses principaux concurrents.

PS : notons qu’un DLC en mode solo sera disponible sur le XBLA et le PSN le 31 octobre : NIGHTMARE IN NORTH POINT. Dans ce petit rajout payant, il faudra se coltiner un boss des Triades qui revient à la vie… et ramène une armée de zombies avec lui. Classique, quoi !

MAJ : La bande annonce de NIGHTMARE IN NORTH POINT vient de tomber. On ne voit pas grand chose, mais l’ambiance n’est pas sans rappeler celle de films comme L’EXORCISTE CHINOIS de Sammo Hung, ce qui n’est pas pour nous déplaire !

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TITRE ORIGINAL Sleeping Dogs
GENRE Action-Aventure / Monde ouvert
ÉDITEUR Square Enix
DÉVELOPPEURS United Front Games
DISPONIBLE SUR Xbox 360 / PS3 / PC.
DATE DE SORTIE 17 août 2012.

1 Commentaire

  1. Entièrement d’accord avec cet article. Je rajouterais même un point qui m’a particulièrement énervé, à savoir le fait que le jeu évite toute immoralité. Par exemple, lorsque vous volez une moto, un casque apparait dans votre main que votre héros se dépêche de mettre sur le crane. Chaque scène de sexe est hors-champ…Le héros commet des actes répréhensible, mais est en réalité une balance…

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