LE COUTEAU DANS LA PLAIE

Trois ans après MACHETE, Robert Rodriguez donne une suite aux aventures du personnage d’ancien « federales » interprété par Danny Trejo.  Est-ce un bon moyen de capitaliser sur le succès modeste du premier film, ou le réalisateur a-t-il l’ambition de traiter son personnage avec le minimum d’intégrité requis ? Malheureusement, comme à l’accoutumée, le plus mexicain des cinéastes texans n’est pas à la hauteur de ses prétentions, c’est le moins que l’on puisse dire…

S’il est un cinéaste qui s’est bâti une réputation critique totalement usurpée grâce à certains projets « hype » et ses heureuses associations (Quentin Tarantino sur UNE NUIT EN ENFER et PLANÈTE TERREUR, Frank Miller sur SIN CITY), c’est bel et bien Robert Rodriguez. Et dire que ses œuvres ne tiennent plus la distance, à plus forte raison depuis qu’il a décidé de tout faire lui-même grâce à la magie du cinéma numérique, est un euphémisme. Adaptation de la fameuse bande-annonce potache présentée dans l’anthologie GRINDHOUSE, MACHETE nous avait été présenté comme un projet fun et décomplexé, rendant hommage à un certain cinéma d’action d’antan et auréolé de la présence de stars actuelles ou déchues (Michelle Rodriguez, Jessica Alba, Steven Seagal et même Robert de Niro). De loin, la proposition pouvait sembler alléchante, et même satisfaire les envies des fans. Il s’agira au final d’une œuvre de fossoyeur, qui enterre le cinéma bis auquel il prétend rendre hommage en le noyant sous une véritable couche d’incompétence filmique. De plus, la démarche de prendre des vedettes plus ou moins déchues révèle non pas la volonté de démontrer leur talent pour les ramener sur le devant de la scène (à la façon de John Travolta chez Tarantino par exemple), mais plutôt de les caser rapidement dans un emploi du temps afin de profiter de leur nom sur une affiche, sans jamais leur proposer un rôle à la hauteur de leur stature. Film bordélique et irritant, MACHETE a néanmoins rapporté quatre fois sa mise et s’offre même auprès des bisseux de tous bords une meilleure réputation qu’un EXPENDABLES, même si Danny Trejo n’affiche certainement pas la même forme physique qu’un Sylvester Stallone. Il n’en faut pas plus pour que Robert Rodriguez nous propose aujourd’hui ce MACHETE KILLS, qui a été tourné entre SPY KIDS 4 et SIN CITY 2 (prévu pour l’année prochaine). Qui a parlé d’impasse créative ?

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Dans la série « on prend les mêmes et on recommence », MACHETE KILLS se pose là. Un peu trop conscient des punchlines populaires du personnage, Robert Rodriguez les décline, comme une façon de définir la personnalité mutique et violente de son personnage principal. Dans MACHETE premier du nom, Danny Trejo affirmait sentencieusement que « Machete don’t text », une manière d’indiquer son anachronisme dans le monde contemporain. Cette fois, il prétend que « Machete don’t tweet », histoire d’enfoncer un peu plus le clou. Problème, cette façon de décliner à l’infini les vannes lourdingues qui constituaient l’épicentre de la distanciation parodique propre au film initial apporte un recul supplémentaire qui achève de rendre cette suite encore plus indigeste. De ce point de vue, Robert Rodriguez ne semble plus vouloir proposer quelque chose de nouveau ou d’audacieux, ce que semble suggérer l’état actuel de sa carrière, de manière générale. Mais de manière plus spécifique, on peut se demander à quoi sert cet ersatz d’hommage au cinéma de genre, si la suite d’un film déjà parodique et distancié tourne à vide et devient une parodie de la parodie échafaudée dans le premier épisode. À ce petit jeu, l’idée de créer un personnage de tueur invraisemblable supposé changer d’identité au cours du récit pour conserver son anonymat aurait pu se révéler amusante, si elle ne cherchait pas à justifier la méthode de casting roublarde du réalisateur. Avec un seul et même personnage, Robert Rodriguez se permet ainsi de rajouter Antonio Banderas, Cuba Gooding Jr et Lady Gaga sur son affiche à peu de frais, en leur proposant encore moins de rôle à jouer que sur ses précédentes productions.

Forcément, à ce stade de fainéantise intellectuelle et de gâchis artistique, on ne s’étonnera pas de l’indigence scénaristique de MACHETE KILLS, et notamment du fait que l’apparition de Mel Gibson pose problème, puisque son personnage de méchant surgit aux deux-tiers du film et le fait basculer dans une intrigue qui n’a plus rien à voir avec ce qui a précédé, et ce sans que ce virage ait été amorcé au préalable. Le cabotinage de la star de L’ARME FATALE concentre alors tous les regards, comme s’il avait été rajouté au projet à la dernière minute, et parvient même à égaler la performance de l’inénarrable Steven Seagal dans le premier opus, ce qui n’est pas peu dire. Mais tout ceci n’est pas très important, puisque même si Robert Rodriguez ne déploie aucun effort dans ce projet, il pense déjà à un troisième opus avec MACHETE KILLS AGAIN… IN SPACE dont il nous balance la fausse bande-annonce dès le début du générique de fin. Au programme, il faudra donc prévoir des punchlines similaires, balancées entre deux combats misérables à coups de sabre laser dans un vaisseau spatial, histoire de se payer la pomme de STAR WARS à peu de frais. Toujours est-il que ces films seraient tout de même moins catastrophiques si Robert Rodriguez tentait de faire preuve d’un minimum de minutie dans leur processus de fabrication, en évitant par exemple de cumuler tous les postes sur ses tournages. Mais après plus de 20 ans de carrière, on pourrait penser qu’il le savait déjà…

TITRE ORIGINAL Machete Kills
RÉALISATION Robert Rodriguez
SCÉNARIO Kyle Ward, Robert Rodriguez et Marcel Rodriguez
CHEF OPÉRATEUR Robert Rodriguez
MUSIQUE Robert Rodriguez & Carl Thiel
PRODUCTION Sergei Bespalov, Aaron Kaufman, Illiana Nikolic, Alexander Rodnyansky, Robert Rodriguez & Rick Schwartz
AVEC Danny Trejo, Jessica Alba, Mel Gibson, Michelle Rodriguez, Antonio Banderas…
DURÉE 108 mn
DISTRIBUTEUR Wild Bunch Distribution
DATE DE SORTIE 02 octobre 2013

2 Commentaires

  1. -Crom-

    il a l’air encore plus gorace que le 1 en tout cas!

  2. A voir donc?

Laissez un commentaireRépondre à -Crom-