LE COUTEAU DANS LA GORGE

Si l’on est désormais habitué à voir les blockbusters vidéoludiques aller puiser leur inspiration au cinéma, l’exercice est plus rare en ce qui concerne les jeux téléchargeables, plus enclins en général à creuser leur propre sillon. SHANK, dernier né des ptits gars de chez Klei Entertainment, se veut donc une exception à la règle en brandissant fièrement des références cinématographiques illustres, au point même d’en faire un véritable argument de vente. Le jeu évoluant par ailleurs dans un registre assez codifié, ces références suffiront-elles à le hisser au-dessus du lot ?

Lors de sa première présentation durant la Penny Arcade Expo 2009, SHANK avait immédiatement retenu l’attention des visiteurs par son enveloppe graphique. Non seulement car le jeu propose une 2D belle et chatoyante comme on en fait que trop peu de nos jours, réhaussée par des animations travaillées soulignant l’expressivité des personnages, mais aussi et surtout car l’esthétique globale du titre s’attache à recréer celle de tout un pan du cinéma 70s, le fameux « grindhouse » remis au goût du jour par les duettistes Tarantino/Rodriguez. On aurait cela dit tort de s’arrêter à cette impression de surface, SHANK ayant tout autant d’arguments à faire valoir du point de vue gameplay. Les développeurs prennent en effet le pari d’injecter un peu de nouveauté dans un genre extrêmement limité, via l’introduction d’un système de combat un poil plus complexe que dans la moyenne de ses représentants. Si on reste dans les faits loin de la profondeur des grands frères en 3D, la tentative a pour elle d’injecter une certaine variété bienvenue dans un jeu qui serait sans cela encore plus répétitif qu’il ne l’est déjà. Car SHANK n’évite malheureusement pas cet écueil coutumier du genre, la faute a un manque certain de diversité chez les ennemis et un level design plus linéaire tu meurs. La brève durée du jeu compense cela dit ce léger défaut en ne donnant pas vraiment au joueur le temps de s’ennuyer de toute façon, et on mentirait en disant que, répétitif ou pas, il reste assez satisfaisant du début à la fin de maraver du marlou de diverses manières bien sadiques. Les amateurs de tronçonnage de bide, de fourrage de grenade dans la caboche, d’étouffement à coup de chaînes, d’éviscérations au katana et de truffage de pruneaux à la gatling que nous sommes seront donc ravis.

Loin de se résumer à un gros défouloir à base de massacre à la chaîne, SHANK se targue également d’ambitions narratives, et sur ce point là il y a en revanche de quoi rester plus dubitatif. Passe encore que l’intrigue ne repose que sur un vague prétexte, mais on tique un peu plus en revanche devant les emprunts gros comme des maisons et prompts à pousser Orson Welles à dégainer une accusation de plagiat (et vous savez ce qu’il pense des « voleurs et des fils de pute… »). SHANK ressemble donc méchamment à un décalque pur et simple de KILL BILL, tant dans l’esthétique (le jeu multiplie notamment les passages de combat en contre-jour, à la façon de l’entrainement de The Bride par Pai Meï) que dans la narration (Shank butant l’un après l’autre les assassins hauts en couleur dont il fit partie et qui l’avait laissé pour mort, jusqu’à affronter son mentor au final). On voit d’ici arriver ceux qui nous diront Quentin Tarantino lui même est un cinéaste sous influences, à quoi on rétorquera que tout au moins lui arrive-t-il généralement à les transcender, là où SHANK ne fait que les régurgiter, dans une tentative un peu transparente de se mettre son public dans la poche. Alors certes, la forme du jeu ne se prête pas forcément au même type de travail d’introspection que celui effectué par Tarantino sur son dyptique, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’une telle repompe a quand même un petit arrière-goût de grosse flemme.  A se demander quel a bien pu être le vrai apport d’une Marianne Krawczyk (scénariste des GOD OF WAR) qu’on aura connu plus inspirée. Ceci n’empêche certes pas SHANK d’être un divertissement tout à fait honorable doublé d’un beat them up plutôt original, mais on ne saurait que conseiller à Klei d’injecter un peu de substance dans leur style au prochain coup.

6 Commentaires

  1. Adrien

    Bon article, mais juste un truc quand même. Prendre pour étalon de comparaison les scénars de God of War, ce n’est pas très judicieux, car si le tout est cohérent, ce n’est pas non plus super subtil (Kratos est enervé au début, on lui fait un coup de pute, il est encore plus enervé et donc il tue tout le monde).
    Mais merci de relayer ce genre de jeu, la 2D et le fun hardcore, c’est tout de même rare. Et puis on parle d’un jeu en téléchargement, pas du gros blockbuster.

  2. David

    En tout cas moi, je finis Undead Nightmare et après je vais me faire Shank par ce que tu m’en as donné envie Matt.

  3. Matthieu GALLEY

    Adrien> Ma comparaison avec God of War ne portait pas vraiment sur les subtilités respectives des deux jeux, en même temps. Disons que le parallèle m’a justement paru judicieux parce que la scénariste est la même, et que dans un cas on a un vrai travail de réappropriation des mythes dont s’inspire le jeu et dans l’autre une simple régurgitation plutôt flemmarde.

    David> Thanks 😉

  4. Adrien

    Oui en effet, je suis bien passé à côté de l’objet de comparaison, il fallait donc comprendre « Shank est à GOW, ce que Kill Bill est à Resident Evil 3 ».

    merci à toi,
    bon courage à toute l’équipe !

    Adrien

  5. Adrien

    Et merde… « Shank est à GOW ce que Resident Evil 3 est à Kill Bill ».

  6. Snowman

    Je viens d’essayer et c’est rigolo, mieux que Wet pour le côté « grindhouse » mais 12€99 c’est un peu exagéré, j’attendrais plutôt une baisse de prix (et une baisse de ma pile de jeux ^^) avant d’éventuellement me laisser tenter.

Laissez un commentaire