LE CAUCHEMAR CONTINUE

Le cinéma d’horreur n’a plus trop la cote à Hollywood, mais il existe une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. En effet, depuis le carton phénoménal de PARANORMAL ACTIVITY, Blumhouse Productions enchaîne les succès et se retrouve aujourd’hui à donner le « la » dans le genre qui nous concerne. Une situation peu réjouissante au regard de la qualité de leurs productions – dont AMERICAN NIGHTMARE 2 : ANARCHY est l’une des dernières en date.

INSIDIOUS, SINISTER, THE BAY : outre leurs budgets riquiqui, ces productions ont ceci en commun de proposer une approche aseptisée de l’horreur (mêmes pour les films classés « R ») et une soumission aux tendances en vogue, à commencer par celle du Found Footage. Des raisons qui expliquent sans doute les succès publics à répétition mais qui conduisent les amateurs d’horreur à tirer la gueule. La série des AMERICAN NIGHTMARE ne fait pas exception à la règle. Situé dans une Amérique néo-totalitaire, AMERICAN NIGHTMARE propose une toile de fond délétère où le taux de criminalité a chuté de façon drastique, suite à l’instauration par le gouvernement de « La Purge ». Événement annuel qui donne son titre original au film, « La Purge » offre quartier libre aux citoyens pendant 12 heures pour commettre n’importe quel acte criminel, meurtre compris, en toute impunité et sans que la police ou les services d’urgence ne soient autorisés à intervenir. L’idée demande un gros effort de suspension d’incrédulité, mais elle n’est pas dénuée d’un certain potentiel. Le scénariste/réalisateur James DeMonaco (responsable du scénario de ASSAUT SUR LE CENTRAL 13, le remake du film de John Carpenter par Jean-François Richet) rate pourtant complètement le premier film, puisque « La Purge » en question n’est qu’un prétexte pour faire un Home Invasion basique, aussi quelconque dans son déroulement que confus dans son discours. AMERICAN NIGHTMARE est donc un film de piètre qualité, mais il s’est avéré particulièrement rentable, étant donné qu’il a rapporté 90 millions de dollars de recettes dans le monde, pour une mise de départ de trois millions. C’est donc l’une des meilleures affaires de l’année 2013 et James DeMonaco est chargé de remettre le couvert sans plus attendre, avec la suite qui nous concerne aujourd’hui et qui vient de sortir en DVD et Blu-ray.

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Situé un an après les événements du premier film, AMERICAN NIGHTMARE 2 : ANARCHY se déroule lui aussi durant la nuit de « La Purge ». Cette suite convoque de nouveaux protagonistes, dont une mère et sa fille, ainsi qu’un jeune couple qui ne doivent leur salut qu’à l’intervention du mystérieux « Sergent » (Frank Grillo), un expert en maniement des armes à feu qui accepte de les aider en échange d’un service rendu. Mais si le « Sergent » arpente les rues de la ville durant la nuit de « La Purge », c’est parce qu’il a lui aussi un compte à régler, et il compte bien profiter de l’immunité accordée par le gouvernement pour assouvir sa vengeance. Nanti d’un budget supérieur, AMERICAN NIGHTMARE 2 : ANARCHY a au moins le mérite d’exploiter son concept de base, contrairement au premier film. En situant enfin l’action en extérieur, James DeMonaco se donne l’occasion de mieux décrire l’ampleur de « La Purge » et de conférer un rythme plus soutenu à son film par le biais d’une plus grande variété dans les situations rencontrées. Cette suite aborde la thématique sous-jacente de la lutte des classes de manière frontale et dans une optique revancharde appréciable, là où le premier film la balayait sous le tapis pour ne jamais s’en préoccuper. Mais AMERICAN NIGHTMARE 2 : ANARCHY se heurte rapidement aux limites de son auteur. Incapable de livrer une œuvre éminemment politique, James DeMonaco donne ainsi encore une fois l’impression de passer à côté de son sujet, la faute à un traitement trop timoré. Et s’il tire son film vers les rives du cinéma d’action plus que de l’horreur, le bonhomme ne fait pas montre d’un réel talent pour la mise en scène, à la fois dans la scénographie des fusillades comme dans l’exploitation cinégénique du Los Angeles nocturne.

On ne retiendra en réalité de cette œuvre oubliable que son interprète principal, Frank Grillo. Révélé par Gavin O’Connor et Joe Carnahan, Grillo ravive le souvenir d’une race d’acteurs que l’on croyait disparue, celle qui cumule prestance physique, visage taillé à la serpe et présence imposante à l’écran. Employé dans un rôle qui rappelle fortement le Punisher, le bonhomme est tellement charismatique qu’on se prend à rêver de le voir incarner Frank Castle de manière officielle. Sa seule présence au casting réussirait presque à élever le matériau, si ce n’est que James DeMonaco oublie de le mettre face à des adversaires à sa mesure (à ce titre, cette bonne vieille trogne de Jack Conley – aperçu dans PAYBACK – est honteusement sous-exploitée). Mais sa prestation puissante reste cependant un petit plaisir toujours bon à prendre pour les amateurs de trogne burinée. Plus consommable que son aîné, AMERICAN NIGHTMARE 2 : ANARCHY n’en reste pas moins une œuvre bien représentative d’un cinéma d’horreur moderne qui ne cherche jamais à vraiment rentrer dans le lard de son public. Le gâchis est d’autant plus regrettable au vu du concept et on imagine aisément ce qu’un John Carpenter ou un Paul Verhoeven auraient pu faire avec un tel sujet. Finalement, l’époque où l’horreur savait nous remuer et nous faire réfléchir est quand même bien loin.

TITRE ORIGINAL The Purge : Anarchy
RÉALISATION James DeMonaco
SCÉNARIO James DeMonaco
CHEF OPÉRATEUR Jacques Jouffret
MUSIQUE Nathan Whitehead
PRODUCTION Jason Blum, Andrew Form, Brad Fuller, Michael Bay
AVEC Frank Grillo, Carmen Ejogo, Zach Gilford, Kiele Sanchez, Michael K. Williams, Jack Conley, Edwin Hodge…
DURÉE 103 min
ÉDITEURUniversal Pictures Video
DATE DE SORTIE 23 Juillet 2014 (en salles) 24 Novembre 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
« Behind the Anarchy »
Scènes coupées

1 Commentaire

  1. Grillo est bien sur un Punisher potentiel , mais du fait de sa prestance dans Captain América 2 , c ‘est loupé … mais American nightmare est d ‘ un putassier .. digne d ‘ un téléfilm made in TF1

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