LE CABOT DANS LE CIEL

Contrairement à ce que voudrait une certaine logique économique, les fins de vie de nos consoles sont bien souvent l’occasion de voir débarquer de vraies pépites. On se souviendra ainsi que les dernières années de la PS2 furent marquées par une quantité de titres mémorables, tels que OKAMI, SHADOW OF THE COLOSSUS, GOD HAND ou GOD OF WAR II, qui contribuèrent largement à solidifier la légende de la plate-forme. La DS ne déroge pas à cette règle, et alors que le rideau commence à se refermer sur elle, sa ludothèque, déjà pas avare en excellents jeu, se voit encore étoffée de quelques perles. Aux rangs desquelles on peut désormais rajouter SOLATOROBO : RED THE HUNTER, qui vient prouver si besoin était que la portable de Nintendo en a encore dans le ventre.

Les plus anciens joueurs d’entre vous se souviendront peut-être de TAIL CONCERTO, sympathique petit jeu d’action-aventure sorti voici maintenant 12 ans sur Playstation première du nom. S’il n’avait pas mis, en son temps, le feu aux charts, TAIL CONCERTO aura au moins laissé un agréable souvenir à ceux qui s’y étaient essayé, et semble tenir une place importante dans le coeur de l’équipe de développement de CyberConnect 2, qui signait alors son premier titre et chercha à lui donner une suite pendant plusieurs années, en vain. Le temps passé entre-temps sur la série des jeux de baston sous licence NARUTO ULTIMATE NINJA (plutôt bons d’ailleurs) semble avoir porté ses fruits pour le studio en lui apportant l’assise financière requise puisque SOLATOROBO n’est rien d’autre que cette suite, spirituelle tout du moins. Si SOLATOROBO n’est en effet pas une séquelle directe à TAIL CONCERTO, les deux softs partagent cependant l’univers dans lequel se déroule l’intrigue ainsi qu’une base de gameplay similaire, et pour marquer le coup, plusieurs personnages de TAIL CONCERTO viennent faire des petits caméos dans l’aventure. Loin de certaines suites contractuelles, SOLATOROBO apparait ainsi comme le fruit d’un vrai travail de passionnés.

Dans un monde fait de villes flottantes dans le ciel et peuplé de chiens et chats humanoïdes, Red Savarin exerce la profession de Hunter, mélange entre l’homme à tout faire et le chasseur de primes. Lors d’une mission, il se retrouve en possession d’un mystérieux médaillon et sauve des griffes d’une organisation armée un jeune chat mystérieux. Cette découverte et cette rencontre vont marquer le début d’une grande aventure qui verra Red devoir sauver le monde de sa potentielle destruction et en apprendre plus sur son passé. Si le postulat de départ peut paraitre semblable à celui de nombres de J-RPG, il est cependant difficile de ne pas y voir l’ombre du grand Hayao Miyazaki. Et pour cause : que ce soit dans son personnage qui évoque immanquablement PORCO ROSSO ou dans son univers et son intrigue qui doivent beaucoup à LAPUTA, LE CHATEAU DANS LE CIEL, en passant par un chara-design (signé Nobuteru Yuki) qui renvoie à celui de la série SHERLOCK HOLMES, l’ombre du maitre de l’animation plane sur tout le jeu. Des références certes écrasantes, mais que CyberConnect 2 parvient à intégrer très consciemment, donnant ainsi à l’aventure une identité propre qui lui permet de s’extraire de l’ornière du JRPG standard. Car au-delà des éléments cités ci-dessus, c’est avant tout un état d’esprit que SOLATOROBO va emprunter à Miyazaki. A l’instar des oeuvres du maître, l’intrigue arrive en effet à parfaitement doser son mélange entre le léger et le dramatique et ne se départit jamais d’un optimisme, d’un esprit d’aventure et d’une croyance profonde en la nature humaine et son potentiel à la bonté. Par la même, SOLATOROBO parvient à dégager un charme constant, qui se retrouve jusque dans ses choix de design (les architectures délicieusement rétro de ses décors et le choix de donner aux personnages des noms francophones ainsi que de les faire s’exprimer par interjections dans la langue de Molière, cocorico) et son esthétique mélangeant superbement la 3D pixellisante de la DS à de superbes arrières plans en 2D chatoyante. En résulte ainsi l’impression de tenir un film du Studio Ghibli interactif dans le creux de sa main, et on ne saurait que conseiller à ceux qui piaffent d’impatience en attendant la future sortie de NI NO KUNI (le RPG de Level-5 réalisé en collaboration directe avec le studio) de se jeter sur SOLATOROBO dans l’intervalle.

Rafraichissant est donc le maitre mot qui préside à l’expérience dans toute sa conception, de son histoire simple mais prenante, bien racontée et sachant doser ses effets jusque dans son gameplay d’apparence basique (Red se balade dans un petit mecha et attrape des objets avec et énigmes comme combats reposent sur cette mécanique) mais qui permet au développeur d’introduire en permanence de nouvelles idées, et met le joueur dans un état de constante découverte. SOLATOROBO apparait ainsi comme un véritable bol d’air dans le milieu du JRPG, trop souvent sclérosé ces derniers temps par une tendance à se reposer sur des formules éculées et des intrigues revues, et prouve encore une fois que c’est bien sur consoles portables que le genre est en train de trouver un second souffle. Pour toutes ces raisons, et parce qu’un projet respirant à ce point l’enthousiasme et l’amour que les créateurs ont pour leur oeuvre mérite d’être soutenu dans le contexte actuel, on vous invite tous à ressortir la DS du placard et enfourner la cartouche de SOLATOROBO dedans, l’expérience mérite largement le détour.

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