LE BON FILS

En matière de super-héros, il n’y a désormais point de salut en dehors des univers partagés. Marvel a d’abord ouvert la voie avec le succès commercial que l’on sait, et DC leur emboîte le pas, au cinéma (avec BATMAN VS SUPERMAN : DAWN OF JUSTICE et SUICIDE SQUAD l’an prochain) comme en animation. Après une décennie passée à produire des one-shots, la branche animation s’offre désormais un univers continu, dont BATMAN VS ROBIN fait partie puisqu’il fait directement suite au FILS DE BATMAN, sorti en septembre dernier.

Comme son prédécesseur direct, BATMAN VS ROBIN va chercher son inspiration du côté des comics. En l’occurrence, nous avons ici affaire à une double adaptation puisque pour son intrigue, le film opère un mélange entre la récente série « Batman & Robin » (scénarisée d’abord par Grant Morrison puis Peter Tomasi) et « La Cour des Hiboux », le premier arc de Scott Snyder sur la série principale BATMAN dont il est le scénariste attitré depuis 2011. La première sert ainsi de base quant à la peinture de la relation entre Batman et son fils biologique tandis que le second fournit au film son cadre narratif global. Suite aux évènements du FILS DE BATMAN, notre héros a donc pris en charge Damian afin d’en faire le nouveau Robin, mais continue à se heurter au caractère bien trempé de sa progéniture, elle même tiraillée entre les principes inculqués par la Ligue des Assassins et l’éducation que Batman tente de lui donner. Les choses se compliquent quand le duo croise la route de Talon, un mystérieux assassin à la solde de la Cour des Hiboux, une légendaire société secrète censée diriger Gotham dans l’ombre. Tandis que Batman essaie de démasquer la Cour, Robin est entraîné sur une pente dangereuse par Talon, en qui il voit un possible nouveau mentor.

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Compte tenu de la piètre qualité du FILS DE BATMAN, on ne donnait pas cher de ce BATMAN VS ROBIN qui paraissait répondre à un mandat commercial plus qu’à une réelle envie de poursuivre cette histoire. Cette suite s’avère pourtant en tout point supérieure à son aîné, ce qui peut s’expliquer par un changement de personnel sur deux postes clés. Il y a d’abord l’arrivée de J.M DeMatteis au scénario : vétéran du milieu des comics (il a notamment longtemps été à la tête de JUSTICE LEAGUE INTERNATIONAL), le bonhomme apporte avec lui un savoir faire indéniable en matière d’écriture pour le genre. Grâce à lui, le film exploite bien mieux son concept central que LE FILS DE BATMAN, notamment dans l’opposition des philosophies de Batman et Damian, qui devient ici le moteur principal du récit et nous permet de ressentir le tiraillement de Damien, là où le précédent film échouait totalement. Le personnage devient autre chose qu’un môme capricieux et gagne donc en épaisseur en même temps que son rapport avec Batman prend corps. Le repositionnement de Talon comme miroir et mentor potentiel de Damian joue également beaucoup dans cette réussite en rajoutant un niveau à la thématique de la paternité qui parcourt le film à travers les différentes associations entre personnages. J.M. DeMatteis opère un travail d’adaptation judicieux, reprend les meilleures scènes des œuvres dont il s’inspire – comme ce flashback du jeune Bruce Wayne qui tente de trouver un sens à la mort de ses parents ou encore à cette séquence où Batman est piégé dans un labyrinthe et manque de sombrer dans la folie – et parvient à leur donner sens dans le projet narratif global. En résulte un script dense qui donne lieu à un récit captivant mené sur les chapeaux de roues, et qui par ailleurs ne souffre jamais de sa courte durée contrairement à d’autres productions DC animées.

Déjà en poste en tant que réalisateur sur BATMAN : THE DARK KNIGHT RETURNS ou ASSAUT SUR ARKHAM, Jay Oliva est l’autre personne sur laquelle repose la réussite de BATMAN VS ROBIN. S’il s’impose à chaque film comme l’arme secrète de la division animée de DC, Oliva marque une nouvelle fois le coup en construisant un film visuellement impressionnant. Malgré le fait qu’il doive composer avec le style graphique contestable choisi pour les films de l’univers partagé, le réalisateur démontre qu’il n’a pas son pareil pour mettre en scène de l’action super-héroïque. Les affrontements qui parcourent le film sont tous impeccablement chorégraphiés et découpés et mettent en valeur les aptitudes des combattants et leurs styles de combat, traduisant là aussi les différentes philosophies des personnages. Et Oliva gère particulièrement bien la montée en puissance de son récit, qui culmine avec une invasion de la Batcave lui donnant l’occasion de produire quelques vignettes relevant du pur fantasme pour l’amateur de comic-book, notamment dans ce passage où Batman repousse des dizaines d’assaillants engoncé dans un mécha de combat ! À l’heure où de nombreuses figures importantes de DC Animation se sont éloignées de la branche, Oliva s’impose donc sans mal comme le nouveau golden boy du studio et démontre une forte propension à élever tout ce qu’il touche. Si nous étions jusque là peu convaincus par l’univers partagé de DC Animation, BATMAN VS ROBIN vient démontrer qu’il est parfaitement possible de réussir une œuvre dans ce cadre à priori restrictif. Ce faisant, il en expose aussi la limite puisque sa réussite vient à postériori dégrader encore plus LE FILS DE BATMAN en le rendant totalement hors de propos. Nous ne bouderons cependant pas notre plaisir et espérons que les prochaines œuvres relevant de cet univers sauront maintenir le même niveau qualitatif. Dans l’intervalle, les regards se tournent désormais vers le prochain JUSTICE LEAGUE : DIEUX ET MONSTRES, un one shot présenté sur cette édition DVD et Blu-ray, et qui s’annonce évènementiel puisqu’il marque le retour de Bruce Timm sur les personnages auxquels il a donné leurs lettres de noblesse.

TITRE ORIGINAL Batman vs Robin
RÉALISATION Jay Oliva
SCÉNARIO J.M. DeMatteis
DIRECTION DES VOIX Andrea Romano
MUSIQUE Frederik Wiedmann
PRODUCTION Sam Register
VOIX Jason O’Mara, Stuart Allan, Jeremy Sisto, Grey Griffin, Sean Maher, David McCallum, Kevin Conroy, Al Yankovic…
DURÉE 79 min
ÉDITEUR Warner Home Video
DATE DE SORTIE 22 Avril 2015 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
« Les secrets de Gotham City : la mythique Cour des Hiboux »
« Le talon des Hiboux »
Commentaires audio
À partir des archives de DC Comics : 4 cartoons bonus
Un aperçu de JUSTICE LEAGUE : DIEUX ET MONSTRES

2 Commentaires

  1. Dans le comics, je ne suis fan ni de Damian ni de la Cour des Hiboux (dont le premier chapitre se fermait sur une révélation bien trop racoleuse à mon goût). Mais si c’est réalisé par Jay Oliva, dont j’ai adoré l’adaptation de Flashpoint Paradox, alors ce film mérite que je m’y intéresse.

    • James Mellange

      Pour moi c’est l’inverse damians wayne eSt oripilen comme jamais je trouve la cours des hiboux sous exploiter vraiment c’est l’un des animé dc que j’ai moins apprécié

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