LE BAZAR DE L’ÉPOUVANTE

Premier long-métrage de Stiles White, OUIJA est avant tout la dernière production de Jason Blum, actuel pourvoyeur de films d’horreurs sans saveurs (PARANORMAL ACTIVITY et on en passe). Ce nouveau film se distingue-t-il un tant soit peu des œuvres roublardes produites à la chaîne par l’écurie Blum ? Ne laissons pas durer le suspense plus longtemps : la réponse est non, bien évidemment.

Les œuvres produites par Jason Blum inondent le marché du cinéma d’horreur depuis quelques années, et la recette du producteur semble infaillible, étant donné qu’il lui faut finalement peu d’argent pour boucler chaque projet, si l’on excepte évidemment le budget alloué au marketing. Qui dit petit budget, dit créativité maximale ? Pas vraiment dans le cas de Jason Blum, étant donné que le bonhomme décline presque à l’infini chacune des recettes qu’il a appliquées et qui ont fait leurs preuves, et ce au mépris de toute cohérence et de toute crédibilité scénaristique. Certes, au sein de ce système de production calculé pour une rentabilité immédiate, il lui arrive de produire quelques œuvres de qualités, fondamentalement personnelles et intègres (en l’occurrence, WHIPLASH et LORDS OF SALEM) mais autrement, la série des PARANORMAL ACTIVITY va connaître son sixième épisode cette année, James DeMonaco travaille sur une préquelle pour AMERICAN NIGHTMARE et on devrait avoir le droit à un troisième chapitre d’INSIDIOUS dans nos salles au mois d’octobre prochain. D’ailleurs, même lorsqu’il ne s’agit pas d’une suite, les œuvres produites par Blumhouse semblent comme aspirées par l’ensemble, proposant à chaque fois un canevas, des péripéties ou une atmosphère visuelle quasiment calqués les unes sur les autres. Bref, si vous cherchez l’originalité, passez votre chemin.

Cette répétition est encore une fois le cœur du problème : OUIJA ne propose rien d’autre qu’une énième déclinaison des mêmes codes horrifiques, sans aucun souci de crédibilité ni de personnalité. Le film de Stiles White conte ici l’histoire de Laine, une ado perturbée par la mort de sa meilleure amie Debbie, retrouvée pendue dans la demeure familiale. Debbie, accompagnée de Pete, l’ex-copain de la défunte, et de plusieurs de ses amis, tente tant bien que mal de percer le mystère de cette mort. Au cours d’une visite dans la maison de Debbie, Laine tombe par inadvertance sur un jeu de plateau, le Ouija, supposé permettre d’entrer en contact avec les morts. Or, pour reprendre la formule légale, « jouer à ce type de jeu comporte des risques » : ainsi, lorsque Laine l’utilise avec ses amis, c’est sans se douter qu’elle réveille l’esprit démoniaque qui rôde dans la maison et  va désormais s’en prendre à sa bande de potes et à elle-même. Vous l’aurez compris, OUIJA reprend de nombreux éléments utilisés dans certaines œuvres estampillées Blumhouse, tels que le passage entre la vie et la mort ou la bonne vieille séance de spiritisme (déjà présents dans SINISTER, les deux premiers volets d’INSIDIOUS ou encore PARANORMAL ACTIVITY). OUIJA pullule également de jumpscares agaçants, Stiles White se révélant incapable de faire monter la tension autrement que par ce moyen. De même, on ne peut pas dire que le cinéaste, également coscénariste, ait franchement approfondi ses personnages, proposant le portrait d’une jeunesse américaine plus stéréotypée, tu meurs. Enfin, last but not least, le récit prétend manifestement s’aventurer vers les rives du « fantastique à l’espagnol », proposant une évocation du deuil d’une lourdeur assez hallucinante. Comme si cela ne suffisait pas, le climax lorgne vers des films comme l’élégant MAMA d’Andres Muschietti et tente de produire une émotion qui n’adviendra jamais, retenue par le formatage même d’une œuvre beaucoup trop calibrée pour emporter un tant soit peu le spectateur.

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Au final, OUIJA révèle une nouvelle fois le véritable talent de Jason Blum : produire une œuvre cheap, nantie d’un budget de 5 million d’euros, et qui en a rapporté près de vingt dès son premier week-end d’exploitation aux Etats-Unis. Un tel tour de force ne nécessite manifestement nul travail de fond. Certes, c’est encore dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, mais cela reste de la soupe quand même !

TITRE ORIGINAL Ouija
RÉALISATION Stiles White
SCÉNARIO Stiles White & Juliet Snowden
CHEF OPÉRATEUR David Emmerichs
MUSIQUE Anton Sanko
PRODUCTION Michael Bay, Jason Blum, Andrew Form, Bradley Fuller & Bennett Schneir
AVEC Olivia Cooke, Ana Coto, Sarah Morris, Daren Kagasoff, Bianca A. Santos, Douglas Smith, Shelley Hennig…
DURÉE 90 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 29 avril 2015

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