LE BAL DES PIEDS TENDRES

Capitalisant sur le succès de TED, Seth MacFarlane poursuit sa carrière de réalisateur avec son second film, ALBERT À L’OUEST. Une traduction française absurde, qui n’a rien à voir avec le titre original mais qui révèle néanmoins toute la problématique de cette sinistre comédie située à l’époque du Far West.

Albert (Seth MacFarlane) est un jeune homme sans amour propre et pétri de contradictions. Un jour, sa lâcheté le pousse à se retirer d’un duel, et sa fiancée Louise (Amanda Seyfried) en profite pour le quitter et se retrouver dans les bras de Foy (Neil Patrick Harris), dont la virile moustache semble davantage l’inspirer. Bien décidé à la récupérer, il provoque Foy en duel, mais ne connaît rien au maniement du revolver. La belle Anna (Charlize Theron), dont il vient de faire la connaissance, décide de l’aider. En cours de chemin, Albert et Anna tombent amoureux l’un de l’autre, ce qui complique encore plus la situation étant donné qu’elle est toujours mariée à Clinch (Liam Neeson), le plus dangereux bandit de l’Ouest. Il suffit de résumer les enjeux d’ALBERT À L’OUEST pour démontrer qu’à quelques détails près, l’intrigue aurait facilement pu être transposée ailleurs qu’au Far West. D’ailleurs, le titre original, A MILLION WAYS TO DIE IN THE WEST (traduction : « Un million de façons de mourir dans l’Ouest ») ne dévoile finalement qu’un simple running gag du film, pas particulièrement inventif ou exploité qui plus est. À vrai dire, ALBERT À L’OUEST souffre des mêmes problématiques d’écriture que TED, ou que n’importe quelle œuvre de Seth MacFarlane, même si c’est moins flagrant sur des formats courts comme les séries FAMILY GUY ou AMERICAN DAD : chaque gag, chaque bon mot ne compte que dans le moment présent et se voit intégré au chausse-pied dans l’intrigue, même s’il n’a concrètement rien à faire là. La multiplication du procédé finit par nuire au déroulement narratif, tant et si bien que les véritables enjeux de l’intrigue semblent être développés dans le but de meubler entre chaque moment comique, sans aucune cohérence particulière. À titre d’exemple, dans ALBERT À L’OUEST, le duel contre Foy – qui occupe tout de même la première heure du film – est expédié par un gag scato qui tombe à plat et ne présente pas vraiment Neil Patrick Harris au sommet de sa forme comique.

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Dans la logique typiquement postmoderne du créateur de FAMILY GUY, l’un des moments les plus mémorables d’ALBERT À L’OUEST consiste – le temps d’un gag, c’est tout ce qui compte – à suggérer que le film se déroule dans le même univers que celui de RETOUR VERS LE FUTUR III, étant donné que Doc Brown (toujours interprété par Christopher Lloyd) y fait une apparition remarquée, lorsqu’Albert le surprend en train de fignoler la DeLorean dans une grange à l’abri des curieux. On peut apprécier le gros coup de coude aux fanboys (ou pas), mais la démarche révèle clairement l’un des soucis majeurs du film : le manque flagrant de cohérence de ce cadre cinématographique pourtant si familier. Et le premier responsable est évidemment Seth MacFarlane, notamment dans le choix de s’attribuer le rôle principal, dans un emploi de gentil nigaud aux névroses bien modernes même s’il ne vient pas du futur, lui. Loin d’avoir une carrure de vedette, MacFarlane a toujours su jouer de sa voix si particulière (le charisme de Stewie, Brian ou Ted lui doivent beaucoup) sans forcément avoir un talent comique suffisamment mature pour se mesurer à des comédiens bien plus expérimentés que lui (rien que dans ce film : Charlize Theron, Liam Neeson ou encore Giovanni Ribisi). De fait, ALBERT À L’OUEST ne repose pas sur une charpente suffisamment solide, et le manque de charisme de son personnage principal finit par rendre l’ensemble particulièrement pénible à suivre, d’autant qu’il ressemble à l’un de ses « vanity projects » que la presse américaine aime bien dézinguer à vue. Bref, si vous avez toujours voulu voir Liam Neeson se faire mettre une marguerite dans le cul, juste comme ça pour rigoler, alors peut-être que Seth MacFarlane aura visé juste pour vous. Moi, je vais plutôt me remater LE SHÉRIF EST EN PRISON tiens !

TITRE ORIGINAL A million ways to die in the West
RÉALISATION Seth MacFarlane
SCÉNARIO Seth MacFarlane, Alec Sulkin & Wellesley Wild
CHEF OPÉRATEUR Michael Barrett
MUSIQUE Joel McNeely
PRODUCTION Scott Stuber, Seth MacFarlane & Jason Clark
AVEC Seth MacFarlane, Charlize Theron, Liam Neeson, Giovanni Ribisi, Neil Patrick Harris, Amanda Seyfrid, Sarah Silverman…
DURÉE 116 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 02 juillet 2014

1 Commentaire

  1. Moonchild

    Je trouve la critique un brin sévère. Certes la narration est au forceps, les gags (parfois drôles, parfois lourdingues et éculés) se succèdent de façon assez mécanique, la prestation de Macfarlane est discutable (trop bavard à mon sens), mais on passe un moment plutôt agréable et pas ennuyeux.
    Et il vaut mieux se taper ça que des bouses comiques qui ont cartonné récemment, Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ou Triple alliance pour ne pas les nommer …

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