L’ASSASSIN HABITE AU 47

Plus de six ans après HITMAN BLOOD MONEY, l’agent 47 revient avec un nouvel opus plus narratif, et plus accessible pour les nouveaux joueurs. Mais est-ce que le clone assassin n’aurait pas perdu un peu de son ADN en cours de route ?

Parmi les nombreuses tendances observées au cours de cette génération, l’une nous apparaît comme particulièrement démoralisante, et c’est la marginalisation progressive des jeux dits de « milieu de tableau ». Ces titres, équivalent ludiques des séries B que nous affectionnons tant, qui subissent de plein fouet la segmentation de plus en plus prononcée du marché entre gros blockbusters AAA et jeux indés en téléchargement. Ne possédant ni les productions values et les moyens marketing énormes des premiers et ne bénéficiant pas de l’aura d’originalité des seconds, ils subissent une désaffection de plus en plus prononcée de la part du public, quand bien même ils ont des qualités à revendre. Cette année, des jeux comme BINARY DOMAIN ou THE DARKNESS II auront ainsi fait les frais de cette triste situation en ne rencontrant pas un succès qu’ils ne méritaient pourtant pas moins que bien d’autres.

On comprendra dès lors que pour les développeurs et éditeurs en charge d’une franchise relevant de cette catégorie de jeux, il soit nécessaire de procéder à une montée en grade afin d’en assurer la pérennité. Indubitablement, c’est la situation face à laquelle s’est retrouvé IO Interactive au moment d’aborder le développement de ce nouvel HITMAN. Car si les précédents épisodes se sont attirés un noyau dur de fans fidèles, la franchise ne s’est pour autant jamais imposée comme un mastodonte des ventes. En outre, la situation du développeur a beaucoup changée dans l’intervalle de six années écoulées depuis la sortie de HITMAN BLOOD MONEY, le rachat d’Eidos par Square-Enix et la réception plutôt tiède des deux KANE & LYNCH entrainant dans leur sillage de nouveaux impératifs commerciaux. HITMAN ABSOLUTION se devait donc tout à la fois d’être un succès public, de remettre IO dans la course en prouvant que l’équipe était encore capable de livrer une réussite et d’être accessible aux nouveaux venus (condition sine qua non du succès sus-mentionné) tout en satisfaisant des fans qui rongeaient leur frein. Autant d’objectifs difficilement compatibles et dont les développeurs se dépatouillent on va le voir tant bien que mal.

Pour bien évaluer HITMAN ABSOLUTION, il convient avant tout de revenir sur certains des fondamentaux sur lesquels se basaient les précédents HITMAN jusqu’alors. La série a en effet toujours été à part dans le genre du jeu infiltration, en ce que son concept reposait plus sur le fait de se cacher au grand jour que d’échapper à la vigilance d’ennemis recherchant activement le joueur. Un contexte qui permettait aux développeurs de faire de chaque niveau des environnements grandement ouverts agissant plus comme de gigantesques puzzles au sein desquels le joueur était amené à expérimenter jusqu’à découvrir de lui-même la manière la plus efficace et silencieuse d’abattre ses cibles. Et en l’absence de réelle narration, les missions étant généralement indépendantes les unes des autres et le personnage de l’Agent 47 n’étant qu’une page blanche, ce sont les actions du joueur qui venaient créer des histoires, faisant ainsi de la série un des fleurons dans le domaine du gameplay émergent. Autant de composantes essentielles qui auront valu à la série l’affection de fans dévoués, et ce en dépit d’un gameplay rugueux aux entournures. Et s’il est important de rappeler ceci, c’est bien parce que dans sa quête d’accessibilité et donc de nouveautés, HITMAN ABSOLUTION tend à adopter un ethos assez différent.

Le premier changement notable, et sans doute le plus important, est de toute évidence l’emphase accrue placée sur la narration. Comme nous l’indique Tore Blystad dans notre interview, IO a pour cette épisode souhaité placer l’intrigue au cœur de l’expérience et donner à 47 un réel arc émotionnel, notamment en lui donnant cette fois une implication personnelle quant à sa quête. Pas forcément une mauvaise idée, puisqu’il en résulte effectivement que le lien qui se crée désormais entre les différentes missions permet une implication renforcée dans le récit de par la présence d’une structure dramatique nette. Et les qualités d’écriture habituelles propres à la série, à savoir une tendance prononcée à des moments d’humour noir savoureux et la capacité à créer des antagonistes réussis parce que délicieusement haïssables (d’autant plus quand ils sont comme ici interprétés par des acteurs de la trempe de Keith Carradine ou Powers Boothe) en sont également d’autant plus mises en valeurs. Cependant, l’inexpérience des développeurs à niveau tend malheureusement à se faire également sentir, dans la mesure où le scénario en lui-même, s’il assure au moins un jeu long, s’avère finalement assez peu passionnant à suivre. On pourra certes arguer du fait qu’un personnage aussi monolithique que 47 ne nécessite finalement pas de développement émotionnel, mais en faisant du cœur de l’intrigue la relation entre ce dernier et une jeune fille tout en ne cherchant jamais à la développer au-delà d’une motivation de surface, IO passe à côté de son sujet. Et l’on réalise bien vite que le jeu se repose avant tout sur son atmosphère travaillée (avec notamment un joli jeu de contrastes d’ambiances entre les différent chapitres) et sa galerie de personnages typés exploitation pour faire passer la pilule d’un déroulement scénaristique trop conventionnel et hésitant à aller au fond des choses (un virage plus fantastique se voit ainsi amorcé pour être quasiment aussitôt abandonné).

Une orientation narrative plus marquée qui en elle-même ne convainc donc qu’à moitié, mais qui devient d’autant plus problématique lorsqu’elle informe également le gameplay. Car les besoins du récit induisent une modification en profondeur du game design et de la façon d’aborder le jeu. Dans une bonne partie des vingt niveaux, 47 se voit ainsi plongé en territoire hostile et charger de relier un point A à un B en déjouant la surveillance de gardes ou de poursuivants à sa recherche. Accolé à un changement dans la façon dont fonctionne le système de déguisement typique de la série (désormais, les personnes dont vous portez le même uniforme qu’elles deviennent automatiquement soupçonneuses à votre encontre), ceci signifie que HITMAN ABSOLUTION devient désormais pour une bonne partie un jeu d’infiltration beaucoup plus traditionnel, dans la lignée d’un SPLINTER CELL ou d’un MANHUNT. Chose qu’il fait certes très bien, la refonte des contrôles et les nouveautés apportées par IO (notamment l’instinct qui fonctionne à la façon du detective mode des récents Batman) rendant le gameplay beaucoup plus instinctif, mais on peut raisonnablement penser qu’on est là face à un esprit bien différent et moins original que ce que nous donnait la série jusque-là, d’autant plus que les niveaux en question tendent parfois à verser dans un trial and error frustrant pour qui cherche à jouer la carte de la discrétion jusqu’au bout. On ne s’étonnera donc pas de constater que les moments où HITMAN ABSOLUTION brille tout particulièrement sont ceux qui le rapprochent le plus de ses prédécesseurs, quand les développeurs nous donnent un grand niveau (même si ceux ci sont désormais divisés en zones plus petites séparées par des checkpoints), une cible, et toute latitude quant à la façon de l’abattre, car c’est en leur sein que se déploie pleinement l’inventivité et la grande marge de manœuvre qui caractérise HITMAN plus que tout. Si l’on risque de revenir souvent au jeu, c’est donc essentiellement grâce à eux (et à la présence de nombreux défis à relever au sein de chaque niveau) et à leur brillante extension dans le mode Contracts, qui permet aux joueurs de ré-utiliser les différentes missions pour créer leurs propres assassinats et les partager avec la communauté.

Qu’on ne s’y trompe pas, HITMAN ABSOLUTION a des qualités à revendre, et l’on ne manquera pas de souligner également l’excellence de sa réalisation (le moteur Glacier 2 impressionne, particulièrement dans des scènes de foule affichant des centaines de personnages à l’écran sans le moindre hic technique) et sa mise en scène soignée. Pour autant, on ne peut s’empêcher de penser que s’il sera aisé pour les nouveaux venus de se plonger dedans, les aficionados de longue date risquent de tirer un peu la gueule devant ce qui ressemble fort à une dissolution partielle de l’identité très marquée de la franchise. C’est sans doute là la rançon du succès, puisque pour sa première semaine de vente, HITMAN ABSOLUTION s’est écoulé à trois fois plus d’exemplaire que HITMAN BLOOD MONEY. Voilà qui permet au moins d’assurer la bonne continuation des aventures de 47, et d’attendre un prochain épisode déjà annoncé sur next-gen et cette fois ci confié aux bon soins d’Eidos Montréal, en espérant que celui-ci replace les forces de la série  au centre de ses préoccupations.

TITRE ORIGINAL Hitman Absolution
GENRE Action / Infiltration
ÉDITEUR Square-Enix
CONSOLES Xbox 360 /PS3 / PC
DATE DE SORTIE 20 Novembre 2012

1 Commentaire

  1. D’après les vidéos de gameplay que j’ai vue, la série n’a malheureusement pas résister aux sirènes de la censure, la ou rien n’était censuré par le passé, ici, on ne voit même plus certaines executions, ce qui est quand même cencé être une récompence pour le joureur après avoir bien calculer sont meurtre !

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