L’ARC-EN-CIEL APRÈS LA TEMPÊTE

Dans le monde entier, c’est un véritable succès mondial. Chez nous, c’est une sortie DTV. Malgré ses évidentes qualités, LES MUPPETS LE RETOUR de James Bobin ne méritait vraiment pas une sortie en salles ? Ben voyons !

Si la promo virale d’un film représente une quelconque indication de sa future popularité, alors celle de THE MUPPETS a vraiment tapé dans le mille. En une poignée de bandes-annonces, qui ont parodiés celles du MILLÉNIUM de David Fincher (voir ci-dessous) ou encore GREEN LANTERN, la nouvelle adaptation – chapeautée par le comédien Jason Segel et Nicholas Stoller, son comparse de SANS SARAH, RIEN NE VA – démontre que les personnages de Jim Henson ont encore une raison d’être appréciés au 21ème siècle. Et pour cause, puisqu’ils ont eux-mêmes été les précurseurs d’une mise en abyme parodique et postmoderne en leur temps, même si le terme n’était pas forcément encore employé à la fin des années 70 : les sketchs des « Cochons dans l’espace » (STAR TREK au jambon quoi !), les reprises humoristiques de chansons célèbres et détournées, les invités de marque qui n’hésitent pas à se moquer d’eux-mêmes (voire à reprendre leur passage dans le show au sein de leurs œuvres de fiction, comme Sylvester Stallone dans l’excellent générique d’ouverture de ROCKY III), voilà autant de preuves de la modernité évidente de Jim Henson et son équipe dans la façon d’aborder l’art ancien du marionnetisme dans l’émission télé LE MUPPET SHOW.

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Ce n’est d’ailleurs qu’à la disparition de Henson en 1990 – et la piètre reprise du flambeau par son fils Brian – que la marque, revendue à Disney, va clairement perdre de sa superbe, entre quelques films et téléfilms oubliables ou honteux (notamment L’ÎLE AU TRÉSOR DES MUPPETS) et un reboot télévisuel intitulé MUPPETS TONIGHT (voir la vidéo qui file des boutons ci-dessous), qui n’hésite carrément pas à bazarder Kermit pour le remplacer par Clifford, une sorte de crevette rasta pas vraiment charismatique. Le show ne durera que deux saisons, mais le mal est fait : les Muppets n’intéressent plus personne, pas même les enfants, et cela suffit pour décréter qu’ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, une création qui a fait son temps sans jamais parvenir à se renouveler et dépasser la mort du père.

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Ce constat, le film de James Bobin le prend en compte dès la première bobine, même s’il ne cherche pas à remonter à la source du problème. Au contraire, puisqu’il aborde le point de vue des fans (le personnage de Jason Segel, et son frère Muppet, le très touchant Walter) et s’évertue à démontrer la popularité toujours intacte des Muppets pendant tout le reste du métrage, en prenant quelques choix osés mais plutôt cohérents avec le matériau. D’une part, les problématiques humaines représentent une portion congrue de l’intrigue (et Jason Segel, malgré son statut de vedette, sait se mettre en retrait au profit des véritables stars du film), et d’autre part, les différentes réflexions sur le statut populaire – et l’humanité évidente – des Muppets se retrouvent mises en avant dans des séquences assez étonnantes. Le film prend ainsi la structure type des BLUES BROTHERS (il s’agit de reformer le groupe), avant de se terminer très logiquement sur un dernier acte qui repose entièrement (résolutions narratives mises à part) sur les mécaniques d’un nouvel épisode du MUPPET SHOW. L’idée est simple, mais encore fallait-il y penser. Et « simple » est d’ailleurs le maître-mot de cet épisode, que ce soit dans sa manière d’aborder les relations entre des personnages archétypaux (la relation amoureuse conflictuelle entre Kermit et Miss Piggy, qui se conclut dans un joli moment de tendresse), comme la représentation des Muppets dans l’inconscient collectif (avec leur pendant cynique et moderne, les « Moopets »). Au sommet de sa mise en abyme avec son propre matériau, LES MUPPETS LE RETOUR joue d’ailleurs avec la projection des spectateurs, qui se sont forcément reconnus dans les personnages en titre, et reprend donc cette notion enfantine à son compte pour une très jolie chanson intitulée « Man or Muppet ». Assurément l’un des moments les plus réjouissants de ce faux reboot, mais véritable hommage au travail de Jim Henson et ses comparses. Sachant que Jason Segel a déjà passé le flambeau pour se concentrer sur d’autres projets, espérons que la flamme sera maintenue par les prochaines personnes chargées de prendre la suite.

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PS : Notons que cette édition Blu-Ray est riche en bonus (dont des bloopers et les fameuses bandes-annonces parodiques), mais la plupart restent relativement anecdotiques, car ils mettent en scène les Muppets comme des véritables acteurs de chair et d’os. Un choix cohérent avec la logique postmoderne du matériau, mais on aurait aimé en apprendre plus sur la véritable confection du film.

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TITRE ORIGINAL The Muppets
RÉALISATION James Bobin
SCÉNARIO Jason Segel & Nicholas Stoller
CHEF OPÉRATEUR Don Burgess
MUSIQUE Christophe Beck
PRODUCTION David Hoberman & Todd Lieberman
AVEC Jason Segel, Amy Adams, Chris Cooper, Rashida Jones, Steve Withmire, Eric Jacobson…
DURÉE 103 minutes
ÉDITEUR The Walt Disney Company France
DATE DE SORTIE 23 novembre 2011 (en salles aux USA) 02 mai 2012 (en DVD et Blu-ray en France)
BONUS
« Le bêtisier le plus long de l’histoire des Muppets »
« Le making of des Muppets, vite fait ! »
« Le mal expliqué » : la chanson de Tex Richman version intégrale
« Un petit bout d’essai »
Scènes coupées
Bandes-annonces
Commentaire audio de Jason segel, James Bobin et Nicholas Stoller

3 Commentaires

  1. Macfly

    Ah ben tiens je me suis maté ça cette semaine. A deux trois détails près, j’ai été plutôt déçu par la première partie du film. J’aime pas beaucoup l’espèce de faux couple 50’s, c’est pas très drôle ni très intéressant… D’autant plus que Segel me lasse un peu dans son rôle de grand niais.

    Par contre le film prend vraiment son envol à l’arrivée des Muppets (qui effacent totalement le couple du film sur le dernier tiers). Et ouais le morceau « Man or Muppet » est carrément émouvant.

    Pis Animal a droit à son mini-arc. Et ça c’est bien !

    (Macfly)

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Ah ça y’est, L’ouvreuse vient cracher son venin de haters sous mes critiques !

      BRAVO ! ^^

      (Stéphane)

  2. Beat Kiyoshi

    Une des plus belles scènes de cinéma de 2011, directement sur ta télé en 2012 : http://www.youtube.com/watch?v=UZpgpNgVWGs

    Très gros taf de la team Flight of the Conchords (Bobin et McKenzie), d’ailleurs.

    (Beat Kiyoshi)

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