L’ADIEU AUX ARMES

Ce n’est pas un reboot. Ce n’est pas une suite directe non plus. Qu’est-ce que JASON BOURNE – L’HÉRITAGE alors ? Un film sur Jason Bourne, mais sans Jason Bourne ? Réponse aujourd’hui dans les salles !

Difficile de perpétrer une franchise, quand les principaux responsables de son succès ont décidé de quitter le navire. Sans Paul Greengrass et surtout sans Matt Damon, est-ce que JASON BOURNE – L’HÉRITAGE avait une chance de convaincre les aficionados de la série ? Il faut croire que oui, si on se réfère aux chiffres du box-office, puisque le film a tout de même atteint la barre des 200 millions de dollars au niveau mondial, en à peine un mois d’exploitation. Comment est-ce que Tony Gilroy (qui occupe ici le poste de réalisateur après avoir participé à l’écriture des trois précédents films) et le studio Universal s’y sont pris ? En faisant exactement la même chose !

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Le premier plan de JASON BOURNE – L’HÉRITAGE est exactement le même que le dernier plan de LA VENGEANCE DANS LA PEAU. Mais quand le corps immergé sous l’eau ressort à la surface, nous ne sommes plus dans la baie de Manhattan mais en plein milieu de l’Alaska. Et ce n’est plus Jason Bourne que le spectateur va suivre, mais Aaron Cross, un autre membre du programme Treadstone que le gouvernement va tenter d’éliminer par tous les moyens, suite aux révélations faites par Bourne justement. Un bon moyen de faire table rase et repartir sur des bases propres ? C’est bien ce que Tony Gilroy aimerait nous faire croire, et la bande-annonce ci-dessus aussi. Mais il ne faut pas se fier à cet enchevêtrement d’images qui suggère que l’intrigue de JASON BOURNE – L’HÉRITAGE se déroule pendant celle de LA VENGEANCE DANS LA PEAU. Tout au plus, les quelques séquences reprises du film de Paul Greengrass permettent seulement de mettre en place le point de départ de l’intrigue et de connecter ce nouveau film à la franchise. Pour le reste, il s’agit de raconter une nouvelle intrigue, également susceptible d’être suivie par des spectateurs qui ne connaissent rien à la précédente trilogie. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, JASON BOURNE – L’HÉRITAGE porte bien son titre : même avec Jeremy Renner et Tony Gilroy aux commandes, le film fait tout pour émuler le succès du précédent, en jouant clairement sur les attentes du spectateur au bon moment. Tony Gilroy tire exactement les mêmes ficelles que les précédents films, cumulant les scènes de complots diaboliques dans les arcanes du pouvoir, les enquêtes aux quatre coins du monde et les explosions de violence proprettes du personnage principal, PG13 oblige. Tout au plus, on appréciera que le réalisateur ait fait acheter un pied de caméra à la production, afin d’éviter la « shaky-cam » dégueulasse de Paul Greengrass, qui parasitait clairement les deux précédents films. Dommage toutefois qu’il ait oublié de l’employer durant l’inévitable poursuite en moto finale, qui se déroule dans les rues de Manille. Comble de cette volonté de satisfaire les fans sans jamais lourder les nouveaux spectateurs potentiels, JASON BOURNE – L’HÉRITAGE se termine lui aussi, comme les autres films de la saga, sur l’air de EXTREME WAYS de Moby, afin de s’assurer que la filiation est maintenue jusqu’au bout. Autant dire que l’intérêt de ce nouveau film est très limité, et même si Jeremy Renner tente clairement de tirer son épingle du jeu, JASON BOURNE – L’HÉRITAGE manque cruellement de personnalité. Un comble, vu le sujet principal de la trilogie sur laquelle il se repose entièrement.

TITRE ORIGINAL The Bourne Legacy
RÉALISATION Tony Gilroy
SCÉNARIO Tony & Dan Gilroy
CHEF OPÉRATEUR Kevin Thompson
MUSIQUE James Newton Howard
PRODUCTION Frank Marshall, Patrick Crowley, Jeffrey M. Weiner & Ben Smith.
AVEC Jeremy Renner, Rachel Weisz, Edward Norton, Stacy Keach…
DURÉE 136mn
DISTRIBUTEUR  Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 19 septembre 2012.

12 Commentaires

  1. Danny Trejo

    Super critique. C’est à se demander, vu le succès du film,si les studios n’ont pas raison de faire de la photocopie.

  2. Leto

    A la décharge du film et de son succès, Jeremy Renner fait quand même plus envie que Matt Damon !

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Kif kif bourricot Leto (et Renner, faudrait qu’il se choisisse une franchise, sinon il va finir comme Ben Affleck)

  3. jean pierre de chez Koff

    Finir comme Ben Affleck, tu veux dire à faire des remakes de films de Michael Mann ?

    Sinon vous êtes durs avec Damon, moi il me plaît (et pas que son cul, hein).
    Et puis vu que vous tous très envie d’aller voir ELYSIUM, vous serez bien obligés de vous le taper ! ah ah !

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Finir tricard de toutes les grosses productions hollywoodiennes pendant X années, à force d’enquiller les projets. Je l’aime bien Renner, mais bon, ça fait pas forcément envie de le voir dans Hansel & Gretel ou Avengers.

      Sinon, j’aime bien Matt Damon moi. Dans Team America par exemple 😀

      (Blague à part, il peut vraiment être excellent, comme dans True Grit par exemple, mais en héros d’action, ça n’a jamais fonctionné avec moi)

  4. jean pierre de chez Koff

    C’est vrai qu’Hansel et Gretel ça a l’air d’être visuellement somptueux, et narrativement brillant…
    Enfin, plus sérieusement Renner il a peut être pas forcément le choix avec la gueule qu’il a on doit pas tout lui proposer non plus… Le fait qu’il tourne chez James Gray prouve cela dit qu’il a d’autres ambitions que de jouer dans DAREDEVIL…

    Enfin je comprends tes doutes sur Matty en héros d’action, mais tout rasé avec son exosquelette dans les previews d’ELYSIUM, je trouve que ça le fait bien, moi…

    PS : sinon tu savais que son perso dans TEAM AMERICA, il a apparemment été écrit en collaboration avec lui ? Je l’ai appris récemment…

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      En fait, je savais que Damon et Clooney ont dit à Trey Parker et Matt Stone qu’ils auraient été très vexés s’ils n’étaient pas le film. Et d’après ce que j’ai compris, Damon avait des véritables dialogues. Et quand les réalisateurs ont vu la gueule de la marionnette arriver, ils ont décidés d’en faire un mongolien.

      • jean pierre de chez Koff

        D’après ce que j’ai lu c’est Matt Damon qui leur a proposé de réduire ses dialogues à son simple nom, en référence aux gens qui lui couraient après dans la rue en hurlant ce dernier de manière flippante pour réclamer un autographe.
        Et ça, ça prouve que Matt Damon est grand (et qu’il a de l’humour).
        Et je n’oublierais jamais la super pute qu’il joue dans LES INFILTRES. Qu’un mec aussi sympathique parvienne à si bien jouer un type méprisable, et de manière aussi sobre, moi je te l’échange contre tous les Daniel Day Lewis et leurs faux maquillages de président !

  5. Ouais ben c’est très mou du genou, et très mal filmé niveau scènes d’action. Et puis niveau incohérences, il y sont allez…

  6. jean charles koff

    J’en sors, bah Stéphane, je vois pas trop où il est le pied de caméra qu’ils ont achété (pour les dialogues ?).
    Sinon quel triste film…
    et le « climax » d’action, c’est tout simplement LE MÊME que dans le 3. Fou !

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Oui, parce que dans les précédents, dès qu’il va prendre un café, la caméra part en couille.

      Mais ceci dit, les séquences en Alaska par exemple, ça va aussi. Je veux dire, on comprend ce qui se passe.

      (et le coup de reprendre la scène d’action du précédent, c’est un classique dans la franchise, comme cette poursuite dans le 3, avec les plans similaires au second film)

  7. jean michel koff

    Ah oui d’accord, le pied pour les champs contre champs…
    enfin je vois ce que tu veux dire sur la récup’ formelle, mais là tu as la MEME CHOSE que dans le 3, à savoir :

    1) elle qui court au sol / lui qui court sur les toits d’un bidon ville avec un tueur à ses trousses et après une poursuite en moto… dans le 3 c’était elle qui court au sol / un tueur qui court sur les toits d’un bidon ville poursuivi par le héros.

    2) dans le 4 il y a une poursuite en moto en pleine foule AVANT. Maintenant elle est APRES (waouw !). Et en plus ils font des trucs que même Michelle Yeoh fait pas dans POLICE STORY 3 (le tueur saute sur une moto en pleine vitesse, pousse le conducteur et prend la moto : formidable stabilité de l’engin – heureusement que tout cela est filmé en longue focale sinon on aurait vu la voiture travelling…).

    C’est toujours rageant de voir des réals qui méprisent le cinéma d’action essayer d’en faire sans se fouler… comme cet espèce de Gilroy qui se croit malin (Michael Clayton, tu parles…), pfff.

    Enfin, quel nanar, plus j’y pense…
    Quant aux plans en Alaska, je préfère me retaper CLIFFHANGER (et pourtant…)

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