LA TOTALE !

Faire un remake de TOTAL RECALL n’était pas forcément une mauvaise idée, mais encore fallait-il ne pas confier le projet à Len Wiseman, dont la spécialité est tout de même de vider les idées des autres de leur propre substance. Et ça se confirme en salles comme en Blu-ray, dans un montage plus long et revendiqué par le réalisateur.

Le TOTAL RECALL de Paul Verhoeven est l’un de ses films dont la popularité grandissante n’est plus à remettre en question au fil des ans. Bien sûr, sur le sujet de la schizophrénie appliquée à la science-fiction, il y avait peut-être matière à faire une œuvre plus cérébrale et moins rentre-dans-le-lard que cette version rythmée par les patates mastocs assénées avec aplomb par Arnold Schwarzenegger. C’est certainement ce qu’en aurait fait David Cronenberg à l’époque où il officiait sur le projet, au milieu des années 80. Quoi qu’il en soit, cette version de TOTAL RECALL est restée dans les annales pour son approche décomplexée, à la fois dans les designs outranciers des mutants, dans son approche relativement naïve du production design comme dans son emploi de l’ultra-violence, qui ne cesse de fasciner encore aujourd’hui, plus de vingt ans après la sortie du film. Len Wiseman aura beau s’en défendre en arguant qu’il adapte fidèlement la petite nouvelle de Philip K. Dick, son remake s’est fait en complète opposition du film de Paul Verhoeven, sans pour autant parvenir à se sortir de son ombre envahissante. Pourquoi ? Parce que cette nouvelle version n’existe finalement que pour profiter de la popularité du titre. En témoignent plusieurs passages en forme de citations, comme cette prostituée à trois seins (cachés dans la version salle, visibles dans la version longue) ou encore ce clin d’oeil foireux à la grosse femme rousse, qui se révèle en fait être le déguisement du personnage de Schwarzenegger pour passer les douanes martiennes (voir la vidéo ci-dessous). Difficile de trouver moment plus flagrant pour montrer comment Wiseman se tire une balle dans le pied en rappelant à tous l’intérêt de la séquence originale, qu’il refait à l’identique mais en supprimant littéralement ce qui en fait tout le sel pour le remplacer par… par rien de particulier en fait. On voudrait démontrer la supériorité évidente de l’original qu’on ne s’y prendrait pas mieux…

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Dans de telles conditions, difficile de ne pas faire jouer la comparaison, d’autant que tout le fonctionnement du remake est à l’avenant : les morceaux de chairs explosés dans l’original sont ici remplacés par des carcasses de robots, les personnages secondaires incarnent plusieurs fonctions dans un mélange plutôt étrange, avec des conséquences  narratives malheureuses (la méchante de Kate Beckinsale – Mme Wiseman à la ville – incarne à la fois les persos de Sharon Stone et de Michael Ironside, supplantant fatalement celui de Jessica Biel) et la réalisation annihile malgré elle les intentions ambigues de l’intrigue. On pense notamment à ce moment ou la caméra virevoltante de Wiseman compense le manque de carrure de Colin Farrell (en comparaison à Arnold du moins) pour accentuer les capacités quasi surhumaines qu’il déploie pour éliminer ses ennemis. L’absence de point de vue de la séquence étant révélé par cette caméra omnisciente, comment ne pas prendre ce qui se déroule pour acquis, d’autant qu’il s’agit une fois encore de proposer un passage « cool » au détriment du questionnement de sa signification ? Rien d’étonnant de la part de celui qui piquait (mal) des plans entiers à John McTiernan pour n’en tirer qu’une pâle photocopie débilitante (voir le traitement indécent reservé à John McClane dans DIE HARD 4, passé du héros réfractaire au connard conservateur et donneur de leçons). Relecture totalement inoffensive d’un blockbuster d’une autre époque, ce remake de TOTAL RECALL sacrifie donc totalement la notion schizophrène du film de Verhoeven, que ce soit dans le montage sorti en salles comme dans la version longue, assumée par Len Wiseman comme son director’s cut. Un exemple parmi tant d’autres dans cette version exclusive au Blu-ray ? La fameuse séquence de dialogue entre Quaid et Hauser ne voit plus Colin Farrell se donner la réplique à lui-même, puisque c’est désormais l’acteur Ethan Hawke qui interprète son alter-ego dans un caméo qui réussit l’exploit de ne rien changer à la perception générale de l’intrigue pour autant !

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Quand il ne remake pas directement TOTAL RECALL, Len Wiseman fait des œuillades à BLADE RUNNER et MINORITY REPORT (pour rester chez Philip K. Dick) ou encore I ROBOT et même DIE HARD 3, histoire d’en remettre une couche, et les quelques éléments intéressants de sa version (comme « la chute », ce tunnel qui relie un point de la terre à l’autre) ne servent là encore qu’à refaire des séquences déjà vues ailleurs et en mieux (une fusillade avec zéro gravité). Vu son sujet et la multiplicité des points de vue qu’il permet, TOTAL RECALL aurait pu donner un remake intéressant et différent du film de Paul Verhoeven. Le film de Wiseman est différent, c’est certain. Mais contrairement à l’œuvre de Verhoeven, il s’oublie aussi sec, et ce quelque soit la version que vous aurez choisi de regarder. Un comble, vu comment les producteurs et le réalisateur cherchent à capitaliser sur le titre du film…

TITRE ORIGINAL Total Recall
RÉALISATION Len Wiseman
SCÉNARIO Kurt Wimmer & Mark Bomback
PRODUCTION Neal H. Moritz & Toby Jaffe
CHEF OPÉRATEUR Paul Cameron
MUSIQUE Harry Gregson-Williams
AVEC Colin Farrell, Jessica Biel, Kate Beckinsale, Bryan Cranston…
DURÉE 118 mn (version cinéma) 130 mn (version longue)
ÉDITEUR Sony Pictures Home Entertainment
DATE DE SORTIE En Blu-ray : le 15 décembre 2012
BONUS
Commentaire audio de Len Wiseman (sur la version longue uniquement)
Total Recall – mode aperçu : coulisses (VOST) et informations texte (VF) en cours de visionnage (sur la version cinéma uniquement)
Bandes-annonces
Bêtisier (8’)
Science fiction contre science réelle
La conception de la chute
Action Totale  : 7 modules à propos des scènes d’action
Entrez dans Rekall : 5 scènes prévisualisées en animatique

2 Commentaires

  1. archevêque koff

    Gros nanar de fait !
    Dommage, il y avait de beaux plans de ville…

    Et sinon, oui, s’attaquer à pareil monument de bourrinage sans excuse, il fallait une grosse paire de c… Ce dont Wiseman est dépourvu ! Il faut qu’il arrête aussi avec ses personnages bien sapés, on se croirait dans une soirée vuiton, c’est grotesque… bondious, Colin Farrell est sensé jouer un ouvrier, pas une diva ! même ses tee-shirts de tous les jours sont moulants… et Beckinsale qui fait des galipettes en talons hauts ! pfff…

  2. Goldanus

    Juste pour préciser que l’on voyait bien les 3 nénés en salle (alors qu’il n’y a aucun mutant dans le film), par contre pour le cameo d’Hawk… O_o wtf??!! sauf erreur de ma part ça ça y était pas.
    Sinon le meilleur moyen d’apprécier le film s’est de se mater avengers avant…l’indulgence provoqué quoi (rien que pour la DA qui faisait plaisir à voir et pour une scène d’action assez bien troussé, même si ça pompe des idées partout)

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