LA PEAU SUR LES OS

Après un premier opus mitigé et un détour par la 3DS pour un CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW – MIRROR OF FATE fraîchement accueilli (et récemment porté sur les plate-formes de téléchargement Xbox et PS3), voilà donc que nous arrive CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW 2. Le studio de développement espagnol Mercury Steam a-t-il cette fois réussi à laisser son empreinte dans l’histoire de la saga et à se hisser au rang d’un développeur de premier rang ? Pas sûr.

Si les développeurs de Mercury Steam ont réussi une chose sur le premier CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW, c’est bel et bien la conclusion. À travers un épilogue qui voyait le héros Gabriel Belmont devenir Dracula et se retrouver dans le monde moderne, le studio a su aguicher les joueurs pour une éventuelle suite. L’idée de transformer l’antagoniste traditionnel de la saga en protagoniste principal et de le placer dans un cadre radicalement opposé au classique décorum gothique opérait un double basculement riche en promesses, pour le gameplay comme pour la narration. Dès lors, l’échec artistique de CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW 2 peut se mesurer  précisément à l’aune de son incapacité à tenir ces promesses.

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Si CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW renouait d’une certaine façon avec le style des origines de CASTLEVANIA en proposant une aventure linéaire et découpée en niveaux, sa suite se targue quant à elle d’un retour à la formule plus récente dite du « Metroidvania », en vigueur depuis l’inégalable CASTLEVANIA: SYMPHONY OF THE NIGHT. On se retrouve donc avec un univers semi-ouvert, s’inscrivant dans un double cadre : d’un côté une ville moderne bâtie sur les ruines du château de Dracula, de l’autre le château lui-même qui revient dans des flashbacks prétextes à des plongées dans l’inconscient du personnage. Premier problème : contrairement aux précédents épisodes adoptant cette structure, le déroulement de CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW 2 reste désespérément linéaire, puisque l’exploration ne sert finalement qu’à récupérer des upgrades. Dans la mesure où il est possible de progresser en suivant le chemin imposé, on comprendra que l’intérêt de la chose est limité et concerne surtout les « complétistes » compulsifs. La décision d’opter pour cette structure aurait-elle été motivée par les critiques adressées au premier volet par certains fans ? Toujours est-il que les développeurs ne se montrent pas à l’aise dans l’exercice et se sabordent tout seuls en se privant dans le même élan d’une des grandes qualités du précédent jeu, celle d’offrir un véritable sens du voyage lors de l’aventure. En outre, si l’idée de proposer deux environnements distincts est séduisante, elle met surtout en relief le gouffre qui les sépare en termes de créativité. C’est vrai, le château rappelle les meilleurs points du premier jeu, avec une direction artistique impeccable et de superbes designs pour les ennemis. Mais la ville moderne est pour sa part d’une grande pauvreté, n’offrant que peu de variété dans le bestiaire à affronter et ne trouvant rien de mieux à faire qu’envoyer Dracula dans des décors communs tels que des laboratoires, des usines ou des entrepôts. Vouloir rompre avec la tradition ancestrale de la licence n’est pas une mauvaise idée, encore faut-il proposer quelque chose d’aussi grandiose en remplacement, plutôt que d’offrir une variante aussi peu imaginative.

Au diable les promesses liées à l’irruption de Dracula dans un contexte moderne. Reste que celles ayant trait à ce nouveau statut de héros (une première dans la licence) ne sont pas beaucoup plus tenues. Exception faite d’une scène située en tout début de jeu, les développeurs ne cherchent en effet jamais à tirer partie de l’ambiguïté inhérente au fait de jouer un monstre. Tel que représenté dans le jeu, Dracula reste assez proche de ce qu’était Gabriel dans le premier volet, un être certes torturé mais fondamentalement bon et motivé par l’amour pour sa famille. On en oublierait presque que c’est un vampire qui se trouve au centre de l’intrigue, si ce n’est que l’on doit fréquemment sucer le sang de nos victimes. Vendue comme une conclusion épique à la saga CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW, cette suite se paie des allures de soufflé qui se dégonfle. Entre les enjeux abandonnés en cours de route, les personnages aux agissements incohérents, les articulations narratives décousues (notamment pour les transitions hasardeuses entre les deux décors) et une conclusion qui se garde soigneusement d’aller au bout de la logique initiale, l’écriture représente un pas en arrière par rapport à celle, pas forcément fameuse, du précédent jeu. Au final, il apparaît que les développeurs n’auront jamais su quoi faire de leur personnage central et de son statut, au-delà de leur coup de poker initial. Pour preuve, certains choix de designs incongrus viennent contredire la nature du personnage, comme ces nouvelles phases d’infiltration complètement ratées : rigides et basées sur le principe du die and retry bête et méchant, ces passages sont d’autant plus incohérents qu’ils interviennent à un stade du jeu où Dracula est en pleine possession de ses pouvoirs. On sait aujourd’hui que Hideo Kojima, producteur sur le premier opus, n’avait pas fait grand chose à part apposer son nom sur le projet. Il est cette fois totalement absent du générique de cette suite, mais il aurait mieux valu que le studio aille chercher ses précieux conseils en la matière avant de prendre une décision aux conséquences aussi désastreuses.

On pourra malgré tout trouver quelques motifs de satisfaction à CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW 2. Le système de combat s’avère plutôt robuste et encourage à l’expérimentation en liant le leveling des armes à l’utilisation de tout l’arsenal de mouvements. Çà et là, on trouvera une phase de jeu inattendue ou un combat de boss bien troussé (voire même les deux dans le cas de l’affrontement contre le Toy Maker, le meilleur moment du jeu). Et la bande-originale d’Oscar Araujo fait des merveilles en assurant un aspect épique que tout le reste du jeu peine à atteindre. Mais le bilan est bien pauvre et ces qualités ne permettent pas de sortir du jeu sans un sentiment de gâchis. CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW 2 marque la fin du règne de Mercury Steam aux manettes de la licence et au vue du résultat, difficile de ne pas croire les récents rapports faisant état d’un développement difficile. À charge désormais aux futurs repreneurs de la licence de redresser la barre, mais à la longue on va finir par croire qu’une malédiction pèse sur CASTLEVANIA dès lors que la série s’éloigne de la 2D…

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Notre critique de CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW

TITRE ORIGINAL Castlevania : Lords of Shadow 2
GENRE Action-Aventure
ÉDITEUR Konami
DÉVELOPPEUR Mercury Steam
CONSOLE Xbox 360/Playstation 3/PC
DATE DE SORTIE 28 Février 2014

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