LA PART ANIMALE

Neuf ans après LES CHRONIQUES DE RIDDICK, le personnage interprété par Vin Diesel fait son « petit » retour sur le devant de la scène avec RIDDICK, une nouvelle suite prenant la forme d’un retour aux sources. Était-ce vraiment nécessaire ?

Si on en croit les modestes chiffres de RIDDICK au box-office, les plus grands fans du personnage en titre sont encore ceux qui l’ont créé, à savoir David Twohy et Vin Diesel. Du moins, ce sont eux qui font tout pour le faire revenir sur le devant de la scène, alors même que les studios ont clairement signifié leur manque d’intérêt pour le projet, Universal en premier. D’accord, cela ne signifie pas que le personnage de Riddick n’a pas marqué les esprits, ni même qu’il ne fasse pas l’objet d’un culte mérité auprès d’une certaine frange de spectateurs. Mais objectivement, cette petite popularité est-elle vraiment suffisante pour relancer l’intérêt pour une franchise de science-fiction certes très attachante, mais néanmoins confuse et pas vraiment constante ? En effet en 2004, Vin Diesel déclarait que PITCH BLACK n’était que le commencement, une sorte de BILBO LE HOBBIT pour se mettre en jambe avant la grande fresque épique façon LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, auquel LES CHRONIQUES DE RIDDICK était comparé. Dans cette optique, comment catégoriser RIDDICK, retour aux sources modeste mais aussi pleinement conscient de son statut de suite retardataire ?

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On avait laissé Riddick sur un trône, devenant malgré sa volonté le roi d’un peuple de morts en sursis. On le retrouve – air connu – laissé pour mort sur une planète hostile, livré à lui-même quand il s’agit de survivre coûte que coûte. Et même si la frustration guette le spectateur qui découvre que l’excellent final du précédent film a été expédié au profit d’une situation déjà vue, il faut reconnaître que le début de RIDDICK rassure quant aux capacités de David Twohy, qu’on avait laissé sur ESCAPADE FATALE, thriller assez nul et fainéant, particulièrement indigne du réalisateur du formidable ABÎMES. Hormis l’habituelle voix-off d’outre-tombe de Vin Diesel, la première bobine de RIDDICK parvient à magnifier le personnage en titre en plusieurs petites scènes muettes qui rappellent pourquoi celui-ci est devenu culte. Et au terme de cette présentation efficace, le personnage finit par reconnaître ce que de nombreux fans ont pensé à la sortie des CHRONIQUES DE RIDDICK : il est devenu trop aimable et, pour s’en sortir, il doit désormais retrouver sa « part animale », pour reprendre sa propre expression. En quinze minutes, le ton est donné et le classement « R » du film, à l’image de PITCH BLACK, devrait permettre au personnage de retrouver sa radicalité et son comportement particulièrement individualiste. Sauf que… ce n’est pas du tout le cas !

Malgré une approche frileuse qui revient à se concentrer sur ses propres acquis, la véritable bonne idée de David Twohy est d’inverser les valeurs de PITCH BLACK, du moins dans la première partie de RIDDICK, et de faire en sorte que le personnage principal soit présenté de manière effective comme l’élément le plus dangereux de cette planète hostile. Pour cela, le réalisateur s’y prend en deux temps, le montrant d’abord apprivoiser une créature féroce (dans une relation qui n’est pas sans rappeler celle entre John Carter et Woola, avec une issue cependant moins familiale) pour ensuite le voir traquer les chasseurs de prime qui sont venus lui faire la peau. S’il est vrai que toute cette première heure fait office de mise en place un peu longue mais plaisante, c’est surtout dans la seconde partie que David Twohy révèle les limites du projet. Plutôt que d’étendre l’univers mis en place dans LES CHRONIQUES DE RIDDICK, le réalisateur préfère connecter son intrigue à quelques éléments de PITCH BLACK, dont l’intérêt est relativement limité puisqu’il s’agit, là encore, de faire machine arrière. De plus, il s’avère effectivement que Riddick sacrifie volontiers sa « part animale » quand il s’agit de se justifier sur son passé, préférant réserver un sort peu enviable (mais savamment calculé) aux pleutres et à ceux qui n’ont pas encore compris à qui ils avaient à faire. Pour en arriver à cette conclusion chaotique, David Twohy préfère donc se reposer sur une nouvelle menace bestiale, un prétexte en somme pour revenir au genre de PITCH BLACK (l’aspect horrifique est cependant très atténué), et mène tranquillement le spectateur vers un climax d’autant plus pépère qu’il est totalement incompréhensible et très mal amené. Pire encore, les cinq dernières minutes semblent provenir d’un autre film, tant que le personnage de Riddick est totalement contredit dans son essence.

Résumons donc la situation : plutôt que d’étendre l’univers qu’ils ont créé, David Twohy et Vin Diesel jouent la carte de la sécurité et préfèrent revenir aux valeurs sûres comme s’il fallait impérativement imposer, à nouveau, le personnage dans l’esprit des spectateurs, et notamment ceux qui ne le connaissent pas encore (et semblent s’en foutre totalement). Pour cela, ils décident de répondre à des questions que personne ne s’est vraiment posé, évitent soigneusement celles qui ont fait fantasmer les fans depuis le final des CHRONIQUES DE RIDDICK et parviennent ainsi, dans la dernière ligne droite, à trahir (ou du moins écorner, si vous êtes douillets avec le terme) l’essence même du personnage qu’ils aiment tant. D’accord, Vin Diesel et David Twohy ne sont peut-être pas les seuls fans de Riddick, mais ils sont certainement les premiers. Et vu les efforts qu’ils ont dû déployer pour lui offrir une nouvelle – bien que modeste – aventure cinématographique (trois FAST & FURIOUS de merde pour l’un, un exil cinématographique plus ou moins forcé pour l’autre), la question mérite quand même d’être posée : est-ce que cela ne valait pas le coup de faire le film qu’ils avaient vraiment en tête ? Il aurait certainement été meilleur que celui qu’ils estiment devoir faire pour pouvoir continuer à œuvrer dans leur franchise préférée…

TITRE ORIGINAL Riddick
RÉALISATION David Twohy
SCÉNARIO David Twohy
CHEF OPÉRATEUR David Eggby
MUSIQUE Graeme Revell
PRODUCTION Vin Diesel, Ted Field & Samantha Vincent
AVEC Vin Diesel, Jordi Molla, Dave Bautista, Katee Sackhoff, Matt Nable…
DURÉE 119 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 18 septembre 2013

5 Commentaires

  1. Persona non grata

    Opinion très personnelle : N’ayant pas encore vu le film je ne peux que réagir à l’article. Le problème qui semble plomber le troisième opus de la saga Riddick c’est que Twohy et Diesel ont voulu se plier aux attentes d’un public qu’ils n’avaient pas réussit à capter, plus que celui des fans (ils existent, j’en suis). Grosse erreur. Mais cela arrive trop souvent aux artistes et artisans du métier, et cela trahit un manque de confiance en sa propre vision de ce que doit être LE film, celui que l’artiste voudrait voir. Non celui que veux voir le public. Mon expérience perso m’a appris que ce n’est jamais bon de vouloir séduire le public sans audace, sans s’imposer, sans taper le poing sur la table en criant « Ceci est mon cœur, prenez-le dans la gueule! ». J’ai démarché pendant 4 ans avec des projets de films très personnels. Aucun d’eux n’a suscité de réactions encourageantes, bien au contraire. Alors j’ai cherché à faire ce que les autres attendaient, ou ce que je pouvais imaginer qu’ils attendaient. Aucun de ces projets ne m’ont enthousiasmé. A raison sans doute. Alors que je gardais un souvenir affectueux, un attachement fort, à mes premiers scripts (qui ne devaient pas être exempts de défaut, loin s’en faut, mais me ressemblaient) ces nouveaux venus me laisser de marbre. Comme une meuf que l’on baise sans aimer. Quand on planche dessus, on y est. Mais en dehors de ces moments de « travail », on n’y pense pas, on n’en est pas obsédé. On ne ressent pas le manque. C’est bien que restaient mes anciens scénarios. De vielles connaissances. Pas une vague relation. Ils étaient presque devenu des personnes au moment où ils sont apparu. Ils étaient comme des proches. Ces proches si proches que l’on perçoit la part d’étranger nouvelle que l’on retrouve chez nos plus vieux amis, ceux avec qui on a vécu de grands moments, mais que l’on a un peu perdu de vu… que la vie a séparé. On a coupé le cordon avec les bébés, mais que le lien est resté, et a pris un coté mystérieux (je vais me faire pourrir avec mon sentimentalisme état d’âmeux, qu’importe). J’étai comme un animal, et mes vieux scripts, de drôle de bêtes, qui ne ressemblaient à aucune autre, et que j’ai croisé presque par hasard dans la jungle de l’imaginaire. Je n’avais pas l’impression d’avoir enfanté des histoires, mais de les avoir rencontré, et apprivoisé. Pis, c’est peut-être elles qui m’ont apprivoisé, et ce serait arrogance de prétendre le contraire. On ne ressent pas ce type de sentiment avec un scénario que l’on a écrit sans ses tripes, sans écouter ses envies profondes, en se demandant ce qu’il convient de faire pour ne pas déplaire. Après plusieurs années à faire des photos je me suis recollé à l’écriture. En posant sur le papier ce que j’avais en tête, ce que je voulais voir, entendre, ressentir. Ecrire un film que je voulais voir, pas un film qu’il fallait montrer au autres pour leur faire plaisir. Ce désir s’est heurté a énormément de circonspection. « Nul », « trop gore » (même pas vrai), « pas assez français », etc. Les mêmes conneries qu’avant, mais au moins maintenant ça ne laisse pas indifférent. Il est dur de pouvoir imposer sa vision dans le milieu du cinéma, sauf si le succès place l’auteur sur un Piédestal qui lui permet de créer librement. Sans compte à rendre artistique. Twohy n’a sans doute pas suivit cette petite voix qui nous dit « Je veux ça et pas autre chose ». Qui fait délirer les auteurs dans les soirées arrosées, quand ils se livrent à des professions de foi soudaines et se foutent du « Qu’en dira t-on ». J’imagine Twohy, enivré, balançant à des snobs accros aux cocktails mondains : « Riddick ce doit être un trip radical ! Un retour à l’animalité de ce mythe en muscle ! Le spectateur doit être brutalisé par le film ! Emu par tant de bestialité ! Je vais faire une putain de parabole sur la nature humaine ! Tiens, j’vois bien Riddick (après qu’on l’ai vu en animal, puis en noir messie) en jouet du public. Pourquoi pas ? Il a été tellement humilié et boudé, c’est logique, non ? Vous imaginez Riddick subissant ce qu’on éprouvé les premiers chrétiens dans les arènes romaines ? Enlevé, mis à l’état de servitude, par des techno-aristos du futur habitants une planète où l’on contente le public avec des jeux barbares pour manipuler leurs instincts, puis jeté dans un labyrinthe avec tout plein de bestioles monstrueuses, des pièges et des chasseurs, fils de l’aristocratie, qui veulent lui couper les oreilles et la queue ! Pas besoin de blabla. Juste du spectacle pur, des images qui se gravent dans le crane, des twists pas croyables, et des méchants hallucinant. Il est où le sofa ? J’ai besoin d’en écraser là… »

  2. La critique est cool, le commentaire je suis déçu j’ai cru qu’il allait rencontrer Jésus avant la fin.

  3. Zhibou

    Critique qui ne me rassure pas (je n’ai pas encore vu le film). J’étais fou à l’idée d’un nouveau Riddick, tant j’aime le personnage est l’univers.
    Les gens me regardent bizarrement quand je crie mon amour du deuxième film.
    Oui il parfois un peu boursouflé et souffre de quelques défauts, mais ça reste pour moi le Conan du space opera (toute proportion gardée). En deux mots, le pied.
    À l’annonce de ce troisième film, j’étais donc très enthousiaste, quand bien même je savais que les ambitions serait moindre tant Universal est en froid avec la franchise. Mais au vu de la critique, c’est triste de voir que jouer la sécurité n’est pas faire plaisir aux fans de la première heure.
    Je compte toujours le voir malgré tout, histoire d’être sur.

    Au passage, il ne faut pas oublier l’excellent jeu vidéo « Escape from butcher bay » qui ne vole pas sa place d’épisode à part entière dans la saga (ou l’un des rares exemple de bon trans-média).

  4. Un film moyen qui n’apporte rien (ou pas grand-chose) à la série, et c’est même une régression quelque part (PITCH BLACK en moins bien et sans l’effet de surprise), bref à voir sans plus, même si ça reste sympa pour ceux qui aiment vraiment le personnage et l’univers…

  5. Judi

    Ayant vu le film hier soir, je suis en phase avec cette critique : le film est globalement inférieur au fabuleux Pitch Black et aux Chroniques… Notamment la fin, particulièrement décevante car dénuée d’intensité, voir d’enjeu… Néanmoins il ne faut pas noircir le tableau : comme mentionné, les vingts premières minutes sont réussies, la réalisation tiens parfaitement la route, la DA est plaisante et Riddick toujours aussi… Riddick (pour le coup je ne trouve pas qu’il y ai une trahison du personnage à la fin, mais que simplement il s’est humanisé et qu’il devra désormais faire avec, ce qui apporte une nouvelle dimension au bad guy). Et c’est au global pour les fan du perso un plaisir de le revoir au cinéma. J’espère simplement que la DC apportera des ajouts pertinents sur la mythologie du furyan et corrigera les problèmes (notamment la fin) comme ce fut le cas pour celle des Chroniques.

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