LA MARQUE DES COUPS

Projet ô combien casse-gueule que ce remake de l’uppercut filmique qu’était le OLD BOY de Park Chan-wook. Porté un temps par Steven Spielberg (on aurait bien aimé voir ça tudieu !), il atterrit finalement entre les mains de Spike Lee, qui s’est battu pour apposer sa patte sur ce projet condamné dès sa naissance par les gardiens du temple cinéphilique. Verdict mitigé et explications.

Pour beaucoup, Spike Lee partait perdant en s’attaquant au remake du traumatisant OLD BOY de Park Chan-wook (sorti il y a presque 10 ans) et en essayant de raconter à nouveau la terrible histoire de cet homme essayant de retrouver et de punir les gens l’ayant séquestré durant 20 années. Non pas à cause de son talent (que l’on peut difficilement remettre en cause) mais simplement à cause du statut du film coréen, récompensé dans une flopée de festivals et célébré par les cinéphiles du monde entier. Il faut dire que le remake est un exercice qui a généralement mauvaise presse, tant on a tendance à le considérer a priori comme quelque chose de sale et de bassement commercial. C’est oublier un peu vite que 1/ à moins de faire des films pour soi-même et quelques copains conquis d’avance, le cinéma EST un art commercial, et 2/ l’histoire du cinéma a prouvé que la redite d’une histoire peut être artistiquement intéressante, y compris parfois de la part du même cinéaste (Hitchcock qui a refait L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP et dont LA MORT AUX TROUSSES n’est rien d’autre qu’un remake de son CINQUIÈME COLONNE). Partant de là, quand bien même il était inspiré d’un grand film récent, le OLDBOY de Spike Lee, sur la seule base de la forte personnalité artistique de ce dernier, avait en soi son intérêt. Une fois la bête visionnée, qu’en est-il exactement ? Si le film est, comme on pouvait s’y attendre, particulièrement bien filmé et bénéficie en outre d’un casting très convainquant (duquel se dégage aisément la performance physique bestiale de Josh Brolin), force est de constater que le remake ne se hisse pas au niveau de l’original. Principalement pour une raison qui, de fait, met de côté les spectateurs n’ayant pas vu le film de Park Chan-wook : cet OLDBOY-là suit son modèle d’un peu trop près pour nous convaincre réellement de son intégrité et de sa réelle personnalité. Et pourtant, cela n’est pas dû au manque d’imagination et de point de vue du projet initial.

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Oldboy01Ici et là, on sent que Spike Lee essaie de se démarquer de son prédécesseur, notamment en dilatant la place accordée dans la narration à la période de captivité de son héros. En particulier à travers les programmes télévisés qu’on l’oblige à regarder, qui passent en revue les 20 dernières années de l’histoire américaine, avec la présidence de Bill Clinton, celle de George W. Bush et les attentats du 11 septembre, le cyclone Katrina (le film se passe à la Nouvelle-Orléans), entremêlées de cours de fitness bien racoleurs devant lesquels le personnage se masturbe. On sent pointer alors comme un discours, peu étonnant de la part du réalisateur, sur la passivité du citoyen américain face aux images dont on l’abreuve. Mais très vite, cependant, le film revient sur les rails tracés par son référent. On sent ainsi à plusieurs reprises la volonté, de la part du cinéaste, de s’accaparer le matériau de base, de le faire sien en le rendant à la fois plus politique et plus humaniste (notamment dans sa conclusion, moins sidérante mais beaucoup plus touchante – bien que tout aussi choquante). La vérité est que le distributeur américain a remonté le film contre l’avis de son réalisateur, évacuant apparemment tout ce qui tentait de s’éloigner de l’œuvre originale pour livrer au final une version permettant de programmer une séance supplémentaire par jour dans les salles. Spike Lee et Josh Brolin ont évoqué une version qui avoisinerait les 3 heures (soit une heure de plus que le Park Chan-wook) : dans ce cas, il manquerait donc une heure et vingt minutes de film. Ce qui est considérable. 80 minutes à l’intérieur desquelles doit certainement se cacher le vrai projet de Spike Lee. Aurons-nous la chance de visionner un hypothétique director’s cut pour nous faire une idée de ce que voulait réellement faire le réalisateur de DO THE RIGHT THING ? C’est peu probable vu le bide maousse du film au box-office US. On croise néanmoins les doigts, car tel quel, OLDBOY, malgré ses qualités évidentes, affiche des cicatrices beaucoup trop gênantes. À l’image de ce plan séquence monstrueux de la baston entre le héros et une nuée d’assaillants, relecture virtuose du fameux plan séquence en travelling latéral de Park Chan-wook qui devait faire trois fois la durée de son modèle et qui est finalement amputé à 70 % par une coupe bien grossière ruinant tout l’effet d’immersion. Un plan finalement à l’image du film que nous avons vu et de son héros, à qui l’on a volé une partie de ce qu’il était.

RÉALISATION Spike Lee
SCÉNARIO Mark Protosevich, d’après le film de Park Chan-wook
CHEF OPÉRATEUR Sean Bobbitt
MUSIQUE Roque Baños
PRODUCTION Doug Davison, Roy Lee et Spike Lee
AVEC Josh Brolin, Elisabeth Olsen, Sharlto Copley, Samuel L. Jackson, Michael Imperioli, Pom Klementieff…
DURÉE 104 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 1er janvier 2014

2 Commentaires

  1. jpk

    salut Arnaud merci pour l’article
    mais tu l’as vu où, en projo presse ?
    parce que j’ai l’impression qu’il passe même pas à Paris ?

  2. Moi

    Je n’ai pas vu le film, j’étais étonné par les reviews qui le descendent gllobalement en flammes. Pour du Spike Lee, ça parraissait étonnant. Avec 1h20 de moins, je comprends mieux.

    Les dstributeurs et producteurs, dont je ne remet pas en cause l’utilité ou la compétence par ailleur, feraient tout de même bien d’apprendre à laisser la fabrication d’un film à ceux qui savent les faire. Je conçois que çe soit difficile de gérer des budgets de plusieurs millions de Dollars, et qu’une large part d’égo puisse rentrer en compte, mais quand même, c’est pas la première fois.

    Quand ils en auront marre que leurs films se plantent, ils changeront peut-être de méthodes.

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