LA MAISON DU DIABLOTIN

Certes, la renommée internationale du cinéma néo-zélandais se cristallise autour de la réussite de Peter Jackson, mais il est loin de se résumer à son imposante figure. En plus d’être un réservoir à acteurs et réalisateurs pour Hollywood (Russell Crowe, Sam Neill ou encore Andrew Niccol viennent de là-bas), le petit pays du bout du monde produit régulièrement des films de qualité, particulièrement dans le domaine du cinéma de genre. La comédie horrifique inédite HOUSEBOUND, disponible depuis peu en DVD chez nous, vient en faire une nouvelle fois la démonstration.

Suite à un braquage raté, la délinquante récidiviste Kylie Bucknell se voit condamnée à une assignation à résidence chez sa mère Miriam. La situation est d’autant plus pénible pour Kylie qu’elle entretient une relation tendue avec sa mère et qu’elle doit supporter ses élucubrations sur le fait que la demeure familiale serait hantée. Initialement sceptique, Kylie se voit rapidement confrontée à des phénomènes étranges qui la poussent à considérer que la maison renferme peut-être effectivement une présence hostile à ses occupants actuels. Premier film de son réalisateur Gerard Johnstone, HOUSEBOUND nous arrive précédé d’une réputation flatteuse acquise lors de son passage dans des festivals aussi prestigieux que le SXSW, le NIFF ou encore le FEFFS, dans lesquels il récolte un prix à chaque fois. Une véritable bête de festival donc, mais une fois n’est pas coutume, la qualité du film de Johnstone est véritablement proportionnelle à l’accueil triomphal qu’il a reçu dans les différents endroits où il a été présenté.

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Avec son mince budget et son principe de décor unique, HOUSEBOUND aurait facilement pu s’inscrire dans la vague de ces films de petit malin qui se reposent sur une seule bonne idée ou un hommage nostalgique pour bâtir leur récit. Mais Gerard Johnstone n’est visiblement pas homme à se placer au dessus de ce qu’il illustre. HOUSEBOUND ne tente pas de déconstruire les codes d’un genre, en l’occurrence celui du film de maison hantée, mais cherche au contraire à s’amuser avec, en emmenant finalement cette niche vers des rivages différents. Paradoxalement, c’est de cette déférence assumée que vient la principale faiblesse du film. Dans sa volonté de respecter les codes, Johnstone les suit au pied de la lettre pendant toute la première partie de son film. Passé une scène d’ouverture hilarante et une exposition efficacement brossée, HOUSEBOUND s’enferme dans un cadre on ne peut plus classique et multiplie les passages de flippe rebattues, jump-scares à l’appui, pendant près d’un tiers de son récit. Le spectateur impatient risque fort de lâcher l’affaire rapidement. Pire, il risque de catégoriser HOUSEBOUND comme un film d’horreur inefficace et sans originalité, de ceux qui pullulent sur le marché et ont tendance à dévaluer le cinéma d’horreur de manière générale. Ce serait une erreur car c’est dans son deuxième acte que Gerard Johnstone fait s’emballer la machine.

Au fur et à mesure que le récit progresse, HOUSEBOUND opère un changement de ton assez marqué vers la comédie. Ce basculement est habilement géré, amené de manière organique dans la narration et semble d’autant plus naturel qu’il se nourrit précisément des attentes et du conditionnement générés par cette entame des plus classiques. Le jeune réalisateur s’emploie dès lors à déjouer les attentes du spectateur de manière constante et travaille le genre au corps, notamment en re-contextualisant intelligemment les évènements de la première partie pour mieux nous surprendre avec une idée originale ou un gag bien placé. Dans le même mouvement, Johnstone tire le meilleur parti de son décor unique, qu’il visite de fond en comble dans le but de familiariser le spectateur en vue d’un final dantesque qui exploite à merveille la topographie des lieux. Et surtout, il pense à ancrer son récit sur des personnages qu’il dépeint de façon entière, sans jamais hésiter à aller contre les conventions du genre. Ainsi, d’entrée de jeu, l’héroïne est initialement présentée comme un personnage plutôt antipathique. Une méthode qui confère à HOUSEBOUND un supplément d’humanité bienvenu dans un genre tendant généralement à confondre ses protagonistes avec de la chair à canon, et qui transforme ainsi le film en objet précieux. Dans le morne paysage horrifique actuel, HOUSEBOUND creuse nettement son trou en offrant une véritable proposition de cinéma. On ne dira pas forcément qu’un auteur est né, mais il est certain que Gerard Johnstone frappe fort pour son coup d’essai. Hollywood ne s’y trompe pas, les droits du film ayant déjà été achetés en vue d’un remake qui nous semble inutile à ce stade, vu que l’original connaît une belle carrière à l’international. Espérons maintenant qu’un éditeur français aura le bon goût de se pencher sur WHAT WE DO IN THE SHADOWS, un excellent mockumentaire vampirique qui prouve, au même titre que HOUSEBOUND, qu’en matière de cinéma de genre, les Kiwis en ont encore sous le coude.

TITRE ORIGINAL Housebound
RÉALISATION Gerard Johnstone
SCÉNARIO Gerard Johnstone
CHEF OPÉRATEUR Simon Riera
MUSIQUE Mahuia Bridgman-Cooper
PRODUCTION Luke Sharpe, Michael Kumerich, Chris Lambert, Ant Timpson
AVEC Morgana O’Reilly, Rima Te Wiata, Glen-Paul Waru, Ross Harper, Cameron Rhodes, Ryan Lampp
DURÉE 107 min
ÉDITEUR Luminor Films
DATE DE SORTIE 20 Mars 2015 (uniquement en DVD)
BONUS
Bande-annonce

10 Commentaires

  1. Sanju

    Il semblerait que Wild side a acquis les droits de « What we do in the shadows »… Pour une sortie en VOD uniquement (dommage, ce film mérite mieux).

  2. ben

    Le cinéma néo zélandais a également produit deux excellents films en 2014.

    Parmi les meilleurs films de 2014 que j’ai vu au cinéma.

    The Dark horse et The Last Saint

  3. JZ

    Petite précision pour Russel Crowe, il est né en Nouvelle Zélande mais c’est plutôt en Australie (Ou sa famille a émigré) quand il était enfant qu’il a été découvert.

    Je fais chier? oui je sais. ^^

    • JZ

      Et j’ai mis ma parenthese au mauvais endroit, il fallait lire:

      mais c’est plutôt en Australie (Ou sa famille a émigré quand il était enfant )

  4. « …mais c’est plutôt en Australie (où sa famille a émigré quand il était enfant ) »

    Je suis chiant aussi donc il fallait plutôt l’écrire comme ça…

    • JZ

      Ah oui mais mon petit père les accents sur les u sur un QWERTY c’est pas évident. A moins que tu fasses référence a ma parenthèse mal placé, auquel cas c’est déjà corrigé (et oui c’est con qu’on puisse pas éditer sur ce site). 🙂

  5. Fest

    Ah c’est cool ça, j’avais peur que le buzz autour du film soit usurpé et visiblement non… Encore un bon petit truc à choper, merci.

  6. Vu et perso j’ai été assez déçu, le changement de ton quand ça passe à la comédie m’a fait carrément sortir du film, cela dit il y a quelques bonnes idées et c’est bien filmé, mais globalement ça ne casse pas trois pattes à un canard…

  7. Vu au NIFFF l’année dernière et franchement y’a pas de quoi s’extasier. C’est bien fichu, efficace, mais sans surprises et assez vite oublié.
    On lui préfèrera largement What We Do In The Shadows !

  8. Moonchild

    Au final pas inintéressant mais assez moyen, on peut reprocher au film les petits « twists » à répétition, les changements de direction successifs (ça commence comme une ghost story et puis …), sans doute pour palier à de sérieux moments d’essoufflement (d’où la nécessité de relancer la machine un peu trop souvent) ; de même, il peine à être pleinement convaincant dans les genres abordés (ghost story, comédie noire …).
    Après, rien de déshonorant, le film aurait même mérité une sortie en salles (vu les bouses qui y pullulent).
    Toutefois, si vous avez un peu d’oseille à mettre sur des direct to dvd récents, préférez Wolf creek 2 ou Oculus (The Mirror), notamment ce dernier …

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