LA JEUNE FILLE ET LA MORT

Absent des écrans depuis la sortie de GI JOE : LE RÉVEIL DU COBRA en 2009, le réalisateur Stephen Sommers refait surface. Un retour par la petite porte puisque son dernier film, ODD THOMAS CONTRE LES CRÉATURES DE L’OMBRE, est bien éloigné des blockbusters maousses auxquels il nous avait habitués depuis LA MOMIE. Une bonne façon pour Sommers de se remettre en selle après ses derniers échecs ?

Cuistot dans une petite ville de Californie, Odd Thomas (Anton Yelchin) a tout du jeune gars lambda, ne serait-ce son curieux prénom et son pouvoir particulier. Odd est en effet doué de dons médiumniques lui permettant de voir et communiquer avec les morts. Un pouvoir qu’il met au service du bien en mettant fin aux injustices qui empêchent les morts en question de passer dans l’au-delà. Il peut également percevoir les « Bodachs », des créatures que la mort et la souffrance humaines attirent. Un jour, il reçoit la visite d’un homme étrange, suivi par un nombre anormalement élevé de « Bodachs ». S’engage alors une course contre la montre afin d’empêcher une tragédie qui risque bien de dévaster la ville et d’emporter avec elle Stormy (Addison Timlin), la petite amie bien aimée de Odd…

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Avant d’être un film, ODD THOMAS CONTRE LES CRÉATURES DE L’OMBRE est un roman signé Dean Koontz ayant engendré une série qui compte aujourd’hui six livres et une poignée de romans graphiques. Une transposition cinématographique était donc inévitable, surtout à l’heure où Hollywood se jette sur tout ce qui porte de près ou de loin le label de littérature pour jeunes adultes afin de bâtir une méga-franchise dessus. À la différence des HUNGER GAMES et autres DIVERGENTE, ODD THOMAS échappe à un certain formatage. Produit en indépendant, le projet est porté à bout de bras par Stephen Sommers lui-même, qui y cumule les casquettes de producteur, scénariste et réalisateur. D’ailleurs, le concept central du projet se résume à une sorte de SIXIÈME SENS plus volontiers axé sur le mystère et sur une enquête ludique (le film de Shyamalan étant d’ailleurs explicitement cité dans les dialogues), ce qui se prête finalement bien aux forces dont Sommers avait su faire preuve par le passé. La bonne surprise d’ODD THOMAS CONTRE LES CRÉATURES DE L’OMBRE vient donc de ce que le film voit Sommers revenir à une certaine forme d’épure scénaristique. Là où VAN HELSING et GI JOE : LE RÉVEIL DU COBRA se sont lamentablement gaufrés en proposant des récits totalement alambiqués, Sommers vise ici une plus grande simplicité narrative, dans ses enjeux comme dans sa façon de dépeindre ses personnages et leurs relations. Il développe le récit de façon naturelle, en l’inscrivant dans la communauté qui entoure son héros pour lui donner une certaine crédibilité. Ainsi, même si les enjeux restent simples, voire simplistes, ils permettent néanmoins d’impliquer le spectateur, surtout par le biais du couple de jeunes héros du film. Certes, les deux personnages sont caractérisés de façon relativement mince et souvent à travers des dialogues qui frisent le mièvre, mais l’abattage des deux comédiens et l’alchimie qui se crée entre eux emporte le morceau au point de déboucher sur un final plutôt émouvant et plutôt surprenant dans la façon dont il est amené.

Hélas, si le Sommers scénariste a su se mettre au niveau de son sujet, on ne peut en dire autant de son alter ego réalisateur. Les mauvaises habitudes ont la vie dure et le responsable de VAN HELSING ne peut résister à son envie typique d’en foutre partout comme un gros sale, quand bien même il travaille avec un budget dix fois inférieur à ceux de ses derniers projets. En résulte une fréquente hypertrophie visuelle qui cadre mal avec un sujet appelant un traitement plus subtil et moins « m’as-tu-vu ». Inquiétants sur le papier, les « Bodachs » perdent ainsi toute crédibilité lorsque le réalisateur les réduit à une masse grouillante de CGI et les fait hurler face caméra tel les pygmées du RETOUR DE LA MOMIE. Le reste est à l’avenant, qu’il s’agisse d’une explosion que n’aurait pas reniée Michael Bay, ou encore d’une poursuite se terminant en baston filmée avec moult ralentis qui feraient presque passer Odd pour un super-héros tout puissant. Autant d’éléments incongrus qui finissent par sortir le spectateur du film et donnent l’impression que Sommers manque de confiance dans son récit, au point d’avoir recours à des artifices visuels qui n’ont rien à voir avec le contexte. Et ce, sans compter sur l’utilisation d’une voix off omniprésente et sur-explicative.

Avec ODD THOMAS CONTRE LES CRÉATURES DE L’OMBRE, Sommers fait un pas en avant pour deux pas en arrière. Malgré ses défauts, le film reste cependant plus digeste que ses dernières livraisons et ne méritait certainement pas son triste sort. Tourné en 2011 et victime d’une bisbille entre financiers, il est resté sur une étagère pendant presque trois ans avant d’intégrer le circuit de distribution américain en sortie limitée et en VOD en début d’année. Chez nous, c’est une simple sortie en DTV qui l’attend, et il y a donc peu de chances que le film engendre au cinéma une franchise similaire à son équivalent littéraire. Par ailleurs, des coupes importantes semblent aussi avoir été effectuées au montage, comme en témoigne le temps de présence extrêmement limité de personnages pourtant importants interprétés par les comédiens Patton Oswalt ou Leonor Varela, et aucun bonus ne vient évidemment éclaircir l’affaire sur l’édition qui nous concerne ici. Une chose est cependant certaine : Stephen Sommers va devoir se trouver un nouveau moyen de rebondir.

TITRE ORIGINAL Odd Thomas
REALISATION Stephen Sommers
SCENARIO Stephen Sommers d’après le roman de Dean R. Koontz
CHEF OPERATEUR Mitchell Amundsen
MUSIQUE John Swihart
PRODUCTION Stephen Sommers, Howard Kaplan, John Baldecchi
AVEC Anton Yelchin, Willem Dafoe, Addison Timlin, Gugu Mbatha-Raw, Patton Oswalt, Arnold Vosloo, Leonor Varela, Shuler Hensley…
DUREE 97 min
EDITEUR TF1 Video
DATE DE SORTIE 12 Novembre 2014 (en DVD et Blu-ray)

4 Commentaires

  1. Fest

    Merci pour ce papier qui me permet d’avoir des nouvelles de Stephen Sommers, réal que j’aime bien (un peu moins son GI JOE, trop bordélique à l’écran) pour sa générosité même si elle est parfois un peu trop débordante (ce qui semble se manifester ici dans l’usage des CGI, comme c’était déjà le cas sur LE RETOUR DE LA MOMIE du reste).

    J’avoue sans honte beaucoup aimer son VAN HELSING, énorme tour de montagne russes aux enjeux inutilement tarabiscotés mais tellement fun.

    Du coup je suis un peu triste de voir le tournant que prend la carrière du Monsieur, un peu comme pour McG avec qui il partage certaines qualités (et défauts)…

    Je compte donc bien choper dès que possible ce ODD THOMAS en Blu-ray en bon citoyen engagé que je suis !

  2. Fest

    PS : En plus pour ne rien gâcher la copine du héros a l’air franchement canon.

  3. Moi je l’ai vu, c’est vraiment excellent, ça fait penser à un Joe Dante de la grande époque 80-90’s, dynamique, bien filmé et même émouvant, à voir absolument, une honte qu’il ne soit pas sorti chez nous, jetez-vous dessus !…

  4. Fest

    Ayé, vu, gros coup de coeur.

    Pour le coup la critique pointe bien du doigt les problèmes du film (ambition démesuré au regard du budget, montage qui laisse penser que des bouts ont sauté) mais moi c’est les qualités qui m’ont sauté à la gueule.

    C’est pas compliqué je me suis immédiatement attaché aux personnage et je les ai pas lâchés jusqu’à la fin qui m’a fait verser ma petite larme (si si). Et puis mis à part quelques SFX c’est tout de même globalement très bien fichu, avec une belle photo et une réal fluide et sans accro (j’ai même bien aimé les ralentis, c’est du show pour le show quoi).

    ODD THOMAS pour moi c’est un peu le retour du film fantastique avec des ados après la pelleté de films fantastique pour ados (TWILIGHT et consort) et ça fait plaisir.

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